Dans quelle direction ira le vote musulman?

Une femme portant le niqab, dans le quartier... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE)

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Une femme portant le niqab, dans le quartier de Thorncliffe Park, à Toronto.

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(TORONTO) Quel impact aura le débat sur le niqab sur les résultats électoraux dans la grande région de Toronto? Les avis sont partagés, mais la réponse pourrait dépendre en partie du succès que connaîtront les efforts pour mobiliser le vote musulman.

Un million de personnes de religion musulmane vivent au Canada, dont plus de 400 000 à Toronto. Un demi-million sont habilitées à voter.

Pour plusieurs membres de cette communauté, la position du Parti conservateur dans ce débat sur le niqab est une goutte de plus dans un vase qui débordait déjà depuis un bon bout de temps.

Des mesures telles que le projet de loi antiterroriste C-51, le projet de loi C-24 sur la révocation de la citoyenneté de personnes reconnues coupables de terrorisme et, plus récemment, la promesse de créer une ligne téléphonique pour signaler des comportements barbares de membres du voisinage ont été dénoncés comme ciblant directement et injustement les musulmans.

Or, la communauté a un faible taux de participation électorale: environ 45% lors de la dernière campagne, soit 15 points de moins que la moyenne canadienne.

Des organismes et leaders de la communauté, dont Canadian Muslim Vote ou l'imam Omar Sudebar à Brampton, ont donc entrepris de les encourager à se rendre aux urnes et parfois même à voter de manière stratégique pour chasser les conservateurs.

«Je m'attends à une très grande participation des musulmans, cette fois-ci, à cause de ces enjeux», dit l'imam Sudebar.

Selon un vaste sondage mené par la firme Ipsos Reid au terme de la dernière campagne, seulement 12% de leur vote est allé aux conservateurs. La situation n'est pas près de changer, selon l'imam qui officie à la mosquée de Makki Masjid. «Je n'entends vraiment pas beaucoup de gens dire qu'ils vont voter conservateur cette fois-ci», dit-il.

Appui important

Dans l'ensemble de la population, l'appui à l'interdiction de porter le voile lors des cérémonies de citoyenneté et même dans la fonction publique demeure élevé, tant chez les personnes nées au Canada que chez celles nées à l'étranger.

Le Local Parliament Project, qui émane de l'Université de Toronto et sonde les Canadiens sur divers enjeux durant la campagne, indiquait récemment que 72% des Canadiens (et 70% de ceux nés à l'étranger) appuient une telle interdiction lors des cérémonies de citoyenneté. Les deux tiers des répondants, immigrants ou non, appuient aussi la mesure dans la fonction publique.

«Sur les questions d'intégration, je vois chez la plupart des nouveaux Canadiens une attitude plus pro conservatrice, plus pro intégration, note le ministre fédéral du Multiculturalisme, Jason Kenney. Il n'y a pas beaucoup d'indulgence au sein de la majorité des immigrants pour ceux qui refusent d'accepter les normes canadiennes dans notre vie commune.»

L'architecte des démarches du Parti conservateur pour courtiser le vote des minorités culturelles et religieuses souligne d'ailleurs qu'il n'y a pas «une communauté musulmane, mais des communautés musulmanes» et que tous les musulmans ne voient donc pas la question du même oeil.

Raheel Raza est tout à fait d'accord. La présidente de l'organisme torontois Muslims Facing Tomorrow plaide pour une interdiction pure et simple du niqab et de la burqa sur la place publique au Canada. Ils «n'ont rien à voir avec l'islam, a-t-elle écrit dans une lettre ouverte au Toronto Sun. Ce sont les drapeaux politiques des Frères musulmans, du groupe armé État islamique, des talibans, d'Al-Qaïda et de l'Arabie saoudite».

Moins d'impact qu'au Québec

Le débat est bel et bien lancé à travers le Canada et en particulier dans la grande région de Toronto, où il est difficile d'ouvrir la télévision, la radio ou un journal sans en entendre parler.

Malgré tout, plusieurs estiment que l'enjeu ne sera pas déterminant dans l'urne, à tout le moins dans la grande région de Toronto. «Le gros du mouvement dans les intentions de vote sur cette question a été observé au Québec, estime Darrell Bricker de la firme de sondages Ipsos Reid. Dans le reste du pays, l'impact n'est pas aussi important. L'économie demeure l'enjeu proéminent des élections.»

Il ajoute que l'influence du vote des communautés culturelles a tendance à être exagéré, «surtout celui des musulmans».

Le politologue de l'Université de Toronto juge quant à lui que ce débat «n'a certainement pas nui à Stephen Harper dans la grande région de Toronto».

Mais Amira El-Ghawabi, directrice des communications du Conseil canadien des musulmans, ne partage pas ces impressions. «Je crois que ce discours négatif autour de l'Islam et des musulmans n'a pas seulement encouragé les musulmans canadiens à participer à ces élections et à voter, mais aussi tous les Canadiens et ceux qui sont profondément troublés par le ton de ces élections.»

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