Lac-Mégantic: un appel au politique lors de la messe commémorative

La cérémonie religieuse en mémoire des 47 victimes... (PHOTO MATHIEU BELANGER, REUTERS)

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La cérémonie religieuse en mémoire des 47 victimes a été présidée par l'archevêque de Sherbrooke, Luc Cyr, avec la collaboration du curé de la paroisse de Lac-Mégantic, l'abbé Steve Lemay.

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Tragédie à Lac-Mégantic

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Tragédie à Lac-Mégantic

Un convoi ferroviaire transportant du pétrole brut a explosé à Lac-Mégantic, le 6 juillet, faisant plusieurs morts et rasant la quasi-totalité du centre-ville historique de cette municipalité. »

Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Lac-Mégantic

Le vouloir et le pouvoir: voilà la salutaire combinaison dont Lac-Mégantic a besoin pour continuer dans la bonne voie, a résumé l'abbé Steve Lemay lors de la messe en hommage aux 47 victimes de la catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013.

>>> En photos: commémoration à Lac-Mégantic

«Je prie et je continuerai de prier pour que le soutien fraternel que vous nous offrez continue de s'exprimer en gestes et décisions concrets», a lancé dans un clin d'oeil le curé de la paroisse Sainte-Agnès à l'intention des nombreux politiciens qui se trouvaient dans l'église.

Ses ouailles - qui forment selon l'abbé Lemay «la plus belle paroisse du diocèse (de Sherbrooke)» - ont visiblement apprécié, applaudissant spontanément la remarque.

«Il a demandé au gouvernement de continuer, de se souvenir de nous, pas juste de se souvenir de la catastrophe et de continuer à améliorer notre sort», s'est réjouie Liliane Dubé, qui a assisté à la cérémonie pour rendre hommage à sa nièce et à deux cousins qui ont perdu la vie dans la tragédie.

La messe, a-t-elle tenu à souligner, était «extraordinaire».

Des photos des victimes entourées de dizaines de gerbes de fleurs avaient été disposées près du lutrin de l'archevêque de Sherbrooke, Luc Cyr, qui présidait encore une fois la cérémonie cette année.

Pendant la messe, un hommage a été rendu à la collectivité par divers gestes symboliques. Des offrandes ont notamment été déposées en référence à la terre, à l'eau et à l'air qui ont été pollués lorsque le train fantôme a explosé dans le centre-ville.

Le lieu de culte, qui peut accueillir 1100 personnes, était plein à craquer. Ceux qui n'avaient pu obtenir de place sur les bancs d'église se sont rabattus sur la projection extérieure sur écran géant.

À l'extérieur, la foule était nettement plus clairsemée qu'en juillet 2013. Mais cette fois, les personnes réunies aux abords de l'église ont pu visionner la cérémonie en s'installant sur une surface gazonnée qui était dissimulée derrière la haute barricade érigée autour de la zone sinistrée.

Comme l'an dernier, une haie d'honneur formée de pompiers, d'ambulanciers et de policiers venus du Québec, du Canada et des États-Unis se dressait de chaque côté de l'allée pour accueillir les dignitaires et les familles des victimes.

«Ça montre la solidarité entre tous les corps de métier. On est habitués à travailler ensemble, on travaille dans le même but, celui d'aider les gens et de sauver des vies. C'est une fraternité, une grande famille», a exposé Daniel Gingras, chef de division au Service des incendies de Sherbrooke.

Il se souvient encore du moment où ses hommes et lui sont arrivés sur les lieux du drame, entre 3 h et 4 h, dans la nuit du 5 au 6 juillet.

«C'était un désastre. C'est une intervention qui était hors d'envergure, plus grande que nature, sauf qu'on devait s'ajuster. Ça fait partie de notre métier de tous les jours», a-t-il affirmé avec humilité.

Paix, courage, espoir et foi

Au terme de la cérémonie, un monument commémoratif - un livre en granit où sont gravés les noms des victimes - a été inauguré. Des gerbes de fleurs ont été déposées. Puis, après une minute de silence, la mairesse Colette Roy Laroche s'est adressée à la foule.

«Ce que j'ai souhaité, depuis les derniers jours, à toute notre communauté, c'est de retrouver cette paix qui nous était chère (...) À chacun et chacune de vous, je vous souhaite de garder courage, de garder espoir et de continuer de croire que nous reconstruirons notre ville plus belle que jamais», a lancé celle que l'on a surnommée «la dame de granit».

La première magistrate de Lac-Mégantic a passé la dernière année à marteler sur toutes les tribunes que la voie de contournement ferroviaire constituait la pierre angulaire du plan de reconstruction de la municipalité - à la fois pour panser les plaies de la communauté meurtrie et pour éviter qu'un jour, l'impensable se (re)produise.

Deux petits groupes de citoyens ont tenu à le rappeler aux politiciens qui ont convergé vers leur ville en s'installant à l'extrémité de la nouvelle passerelle en bois qui surplombe la ville dévastée et que les dignitaires ont foulée à l'issue de la messe.

«J'aurais aimé lui montrer ça, à (Philippe) Couillard», a lâché une manifestante en pointant du doigt une section mal en point du chemin de fer qui traverse la ville.

Non loin de là, Gilles Fluet tenait entre ses mains une affiche sur laquelle on pouvait voir la photo d'une fillette étendue sur la passerelle en bois, le regard dirigé vers le centre-ville décimé. «Papa, est-ce que le train pourrait exploser encore ici?», était-il écrit dans le phylactère au-dessus de la petite.

«On insiste pour avoir une voie de contournement qui (ferait en sorte qu') une pareille catastrophe ne se passerait pas en ville», a lancé le résidant de Lac-Mégantic.

Lors de sa prise de parole, après la messe, le premier ministre Philippe Couillard s'est engagé au nom de toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée nationale «que le travail de reconstruction, la protection de l'environnement, l'aide aux proches des victimes, tout cela va continuer».

Ni M. Couillard, ni les nombreux ministres qui l'accompagnaient n'ont voulu répondre aux questions des journalistes par la suite.

Il reste que de façon générale, l'ensemble des politiciens présents ont fait preuve de prudence en abordant la question de la reconstruction - plus particulièrement celle de la voie de contournement.

Invité à commenter l'inadéquation de certains programmes d'aide et la lenteur de la progression des travaux, le chef intérimaire de l'opposition officielle, le péquiste Stéphane Bédard, a refusé de jeter le blâme sur le gouvernement libéral, élu en avril.

Il a cependant nié que le Parti québécois, qui était au pouvoir lorsque la catastrophe s'est produite, aurait pu faire mieux. L'ex-première ministre Pauline Marois a été «exemplaire», a-t-il insisté.

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, ne s'est pas gêné pour critiquer la lenteur de l'évolution des travaux.

«Je comprends que ça ne sera jamais pareil ici, mais en même temps, il faut arrêter de voir des trous, arrêter de voir une situation temporaire. Il faut reconstruire. J'entends beaucoup de plaintes sur les délais», a-t-il souligné, s'engageant à talonner le gouvernement sur cette question dès la rentrée parlementaire automnale.

Quant aux maires des villes de Québec et de Montréal, ils ont parlé d'une seule voix, rabrouant les journalistes qui insistaient trop à leur goût sur le dossier de la voie de contournement.

«Que Colette (Roy Laroche) nous dise ce qu'elle veut, et on va l'appuyer. Nous autres, on travaille avec Colette», a tranché M. Labeaume.

«Pis là, Colette, il faut qu'elle prenne des vacances, a renchéri M. Coderre. Elle a travaillé très fort. Je pense que c'est une femme exceptionnelle, mais là, on va lui dire de décrocher un petit peu».

Son complice de la Vieille-Capitale a ensuite souligné qu'il faudrait continuer à soutenir Lac-Mégantic et ne pas les perdre de vue après ce funeste premier anniversaire. Les citoyens rencontrés au cours du week-end ont formulé le même souhait.




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