Lac-Mégantic: la détresse des résidents s'estompe tranquillement

En ville, les signes du désastre sont impossibles... (Photo Clément Sabourin, Agence France-Presse)

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En ville, les signes du désastre sont impossibles à éviter. Les rétrocaveuses et les camions à benne ont remplacé les touristes sur la rue Frontenac, où des équipes sont encore affairées à nettoyer le centre-ville dévasté, dont l'accès est protégé par une clôture.

Photo Clément Sabourin, Agence France-Presse

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Tragédie à Lac-Mégantic

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Tragédie à Lac-Mégantic

Un convoi ferroviaire transportant du pétrole brut a explosé à Lac-Mégantic, le 6 juillet, faisant plusieurs morts et rasant la quasi-totalité du centre-ville historique de cette municipalité. »

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Andy Blatchford
La Presse Canadienne
Lac-Mégantic

Yannick Gagné se remémore encore les visages de ses clients, au bar Musi-Café, dont plusieurs ont péri lorsqu'un convoi ferroviaire de pétrole brut a déraillé puis explosé dans le centre-ville de Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013.

Même un an plus tard, le propriétaire du pub se demande encore où ses clients étaient assis, ce soir-là, et où ils se sont précipités lorsqu'ils ont entendu l'explosion du convoi. Il se demande s'ils ont seulement eu le temps de réagir.

«Qu'est-ce qu'ils ont vu? Qu'est-ce qu'ils ont pensé?», se demande-t-il encore sans arrêt.

Alors que le premier anniversaire de la tragédie approche, les échos de l'événement hantent encore les gens de la communauté, dont M. Gagné, qui avait quitté son établissement moins d'une heure avant le drame.

Des 47 victimes, le tenancier estime que 30 se trouvaient dans son bar. Les mois qui ont suivi ont été remplis de nuits blanches, de stress énorme et de trous de mémoire.

«On a passé la pire nuit, le cauchemar de notre vie. Ç'a été l'enfer», se souvient-il en entrevue avec La Presse Canadienne, à quelques mètres de l'ancien Musi-Café. «Je ne voulais pas que les gens m'associent à ça toute ma vie, à l'endroit qui a brûlé, avec les morts. Ç'a été difficile à vivre.»

Il n'est pas le seul à composer avec ce traumatisme. Selon les services de santé régionaux, des centaines de résidents de Lac-Mégantic, une ville de 6000 habitants, ont reçu de l'aide psychologique depuis la catastrophe, et d'autres continuent de se manifester chaque semaine. La coordonnatrice clinique du service, Mychelle Beaulé, soutient que beaucoup des résidents traités souffrent d'un syndrome de stress post-traumatique et de divers symptômes comme des flashbacks.

En ville, les signes du désastre sont impossibles à éviter. Les rétrocaveuses et les camions à benne ont remplacé les touristes sur la rue Frontenac, où des équipes sont encore affairées à nettoyer le centre-ville dévasté, dont l'accès est protégé par une clôture. Le parc qui fait face au lac demeure inaccessible, tout comme plusieurs maisons et commerces à l'intérieur du périmètre dévasté.

Près du site de l'accident, des effluves de pétrole parviennent encore aux passants qui s'aventurent là où des millions de litres de brut ont fui des wagons pour s'infiltrer dans le sol, la rivière et le lac.

Commémorer ou oublier ?

Des événements auront lieu le week-end prochain pour souligner ce triste anniversaire, mais certains résidents quitteront la ville pour quelques jours ou resteront à la maison. Car pour certains, le retour en ville des médias et les événements de commémoration ne sont pas bienvenus.

Pour Réal Breton, qui a perdu sa fille Geneviève, à 28 ans, au Musi-Café, la seule évocation de ces préparatifs a été difficile. Il assistera tout de même à une messe.

Les parents de Geneviève Breton confient que l'année a été incroyablement difficile, mais qu'ils ont trouvé la force de compléter l'album de la jeune femme, une ancienne participante à l'émission Star Académie. Cet album, qu'elle avait entrepris peu avant sa mort, était son rêve.

L'écoute successive des chansons de sa fille a été une dure épreuve pour M. Breton. Sa voix lui rappelait sans cesse sa disparition. Le soir de la tragédie, la jeune femme était sortie du bar, mais y est rentrée aussitôt pour prendre une bouteille d'eau.

«Quand tu écoutes les chansons, ça ramène des émotions assez fortes, ça n'aide pas à oublier, affirme l'homme. Peut-être qu'à long terme, ça va se stabiliser.»

La mère de Geneviève, Ginette Cameron, se souvient qu'au départ, elle ne voulait pas partager la voix de sa fille, mais elle s'est ravisée: le projet lui tenait trop à coeur. Les profits des ventes d'albums iront au programme musical de l'école secondaire que la chanteuse a fréquentée.

Pierre Paquet, qui a perdu son frère Roger, âgé de 61 ans, planifie pour sa part assister aux célébrations, mais sa soeur et la fille de Roger prévoient quitter la ville. Son jeune frère, père de deux enfants, était un homme habile de ses mains, qui aimait jouer au golf entouré de ses amis. Nés à 15 mois d'intervalle, les deux hommes ont été élevés presque comme des jumeaux.

Lorsqu'on lui demande ce qui lui manque de son frère, il éclate en sanglots: «Lui», répond-il simplement, alors que des larmes coulent sur ses joues.

M. Paquet explique que son frère est mort dans sa maison, après que des flammes se furent rapidement propagées par le lac couvert d'hydrocarbures.

Yannick Gagné se souvient aussi de ces mêmes boules de feu, qu'il a vues de sa maison à environ 500 mètres du Musi-Café. Il se souvient de la chaleur intense qu'il a sentie, des gens qui couraient dans les rues, paniqués, dont une de ses serveuses qui a réussi à s'échapper du bar.

«Ç'a été une année à oublier», dit-il, bien qu'il eut vécu la naissance d'une fille, son troisième enfant. «Ç'a été des beaux moments, mais des moments difficiles aussi. Ça prend de la patience pour un enfant, quelque chose que je n'ai plus.»

M. Gagné est en train de reconstruire le Musi-Café à quelques mètres de son ancienne adresse, devant le chemin de fer qui traverse toujours Lac-Mégantic. Il espère que le nouveau bar sera prêt à ouvrir ses portes en septembre. Il affirme que des citoyens l'ont encouragé à reconstruire le pub pour retrouver un endroit où ils peuvent se réunir.

Il est aussi de plus en plus optimiste quant à l'avenir de la municipalité. «Je pense que tout est possible: il s'agit d'y aller doucement et intelligemment.»




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