La mafia sicilienne s'en va à vau-l'eau

Les funérailles de Nicolo Rizzuto, assassiné mercredi dans... (Photo: Ivanoh Demers, Archives La Presse)

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Les funérailles de Nicolo Rizzuto, assassiné mercredi dans sa résidence, symbolisent en quelque sorte la mort du clan Rizzuto, déjà fragilisé par plusieurs incidents violents au cours des derniers mois.

Photo: Ivanoh Demers, Archives La Presse

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André Noël
André Noël
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La mafia sicilienne éprouve des difficultés non seulement au Canada, mais aussi en Italie, où elle a été supplantée par la mafia calabraise, affirme Francesco Forgione, qui a présidé la commission parlementaire antimafia en Italie entre 2006 et 2008.

L'analyse de M. Forgione apporte un éclairage global sur les relations entre la Cosa Nostra de Sicile et la 'Ndrangheta de Calabre, une province du sud de l'Italie (dans la «botte»). Des relations faites d'alliances et de rivalités. La Cosa Nostra a subi des revers importants, tandis que la 'Ndrangheta connaît un essor mondial.

«Au début du XXIe siècle, Cosa Nostra semble avoir perdu ses repères, tout en se montrant attirée par de nouvelles possibilités de gains», écrit M. Forgione dans son tout nouveau livre, Mafia Export: comment les mafias italiennes ont colonisé le monde.

«Sur la scène internationale, Cosa Nostra a perdu le rôle et le respect qui, pendant des décennies, en avaient fait la première des organisations criminelles à l'échelle de la planète: un modèle dont toutes s'inspiraient pour concevoir leur croissance et leur expansion.»

Selon lui, la 'Ndrangheta est devenue la première mafia mondiale. Organisée en 155 familles de sang structurées comme des entreprises, elle a des colonies sur cinq continents, ajoute l'auteur.

M. Forgione consacre plusieurs pages à la description du paysage mafieux canadien. «L'histoire du Canada est aussi l'histoire d'une coexistence difficile entre Siciliens et Calabrais», rappelle-t-il en soulignant le conflit sanglant entre le clan sicilien des Rizzuto et le clan calabrais des Violi à Montréal, il y a 30 ans.

Les Rizzuto ont alors pris le pouvoir, mais cela n'a pas empêché les familles de la 'Ndrangheta de se répandre dans tout le Canada. Les familles originaires de Siderno, bourgade de la province de Reggio de Calabre, se sont bien implantées en Ontario.

«Le Canada est comme la Calabre: les clans de la 'Ndrangheta se sont partagé le territoire de la même façon que leurs zones d'influence d'origine, situées entre Reggio de Calabre, la mer Ionienne et la mer Tyrrhénienne. À Montréal, à Woodbridge (en banlieue de Toronto), à Toronto, à Winnipeg, les Calabrais ont organisé les clans, puis ont constitué les organes de commandement: les locali... Le territoire canadien est toujours divisé en zones de compétences territoriales: six régions et six représentants, placés sous l'autorité d'un capo crimine.

«Quels que soient les organes actuels de coordination et de commandement, hérités du vieux groupe de Siderno, il est certain que le poids des locali et des boss canadiens est un des traits constitutifs de la présence mondiale de la 'Ndrangheta. Leurs représentants ne sont plus ces lointains émigrés qui régnaient sur leur seul territoire et que l'on revoyait une fois par an lors de la réunion dans les montagnes de Polsi (en Calabre). Aujourd'hui, ceux-là sont informés en permanence de ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (en Europe) et participent directement, au même titre que les autres boss calabrais, à toutes les décisions stratégiques de la mafia sans frontières.»

Coût social

Peu importe qu'elle vienne de Sicile ou de Calabre, la mafia doit être combattue avec force par la société, et ce, partout sur la planète, plaide M. Forgione.

«La corruption et la criminalité représentent les questions les plus graves de l'actuel modèle économique et social. La corruption et les mafias sont responsables d'un coût social qui est de moins en moins supportable pour le monde: elles gaspillent les ressources, détruisent et polluent l'environnement, violent les droits de l'homme, compromettent la démocratie.

«L'histoire nous enseigne que la politique peut et doit exister sans la mafia, mais que les mafias ne peuvent exister sans le concours et la collusion de la politique. C'est la leçon tirée d'un siècle et demi d'histoire de l'Italie, et qui vaut pour le monde entier.

«Sans la protection de la politique et des institutions, sans les services rendus par certains réseaux de la bonne société, les mafieux seraient simplement restés des criminels, dangereux, mais ordinaires. Aujourd'hui, ils se retrouvent parmi les acteurs les plus modernes et les plus dynamiques de la finance et de l'économie globale.

«Nous avons appris à comprendre que, comme tous les phénomènes humains, les mafias ont eu un début et peuvent avoir une fin. Pour y parvenir, il faut un engagement et une responsabilité collectifs.»

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