De minutieuses fouilles au grand froid

(L'Isle-Verte) À genoux à fouiller dans les débris avec de petits outils, tamisant et palpant le moindre petit morceau calciné, à la recherche de restes humains, pendant 12 heures.

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À la différence qu'il fait ici un froid polaire, c'est un triste sentiment de déjà vu pour  plusieurs travailleurs qui fourmillent dans les ruines de la Résidence du Havre de L'Isle-Verte, quelques mois après avoir effectué le même boulot à Lac-Mégantic. 

Ils ont jusqu'à maintenant découvert 17 corps, et 15 sont toujours manquants. 

Après les familles des disparus lundi, les journalistes ont pu s'approcher pendant quelques minutes de la scène autrement jalousement gardée par la Sûreté du Québec, qui a installé des clôtures opaques tout autour des décombres.

Chacun des 50 travailleurs, qui sont des pompiers, des techniciens spécialisés en scènes d'incendie, des opérateurs de pelle mécanique, des scientifiques du Laboratoire de science judiciaire et de médecine légale, a son rôle bien défini.

Les débris libérés de la glace et séchés sont examinés par des policiers. Tout ce qui ne recèle aucun intérêt pour l'enquête et la recherche de dépouille est mis de côté. Des pompiers raclent et pellettent le tout en retrait. Une pelle mécanique maniée avec grande délicatesse récupère les débris inutiles et les sort de la scène. Les objets pouvant avoir un intérêt dans la quête de la cause de l'incendie sont déposés dans un conteneur et seront analysés plus tard.

Quand un travailleur trouve un élément qui pourrait appartenir à un corps, et qu'il n'est pas certain, des pathologistes sont sur place pour confirmer ou infirmer l'intérêt de la trouvaille.

Jusqu'à maintenant, 17 corps ont été retrouvés.

Le responsable de la scène est le lieutenant André Duchesne, de la Sûreté du Québec.

«On avance pouce par pouce sur la scène pour trouver des corps. À partir du moment où un corps est découvert, le pathologiste et les membres du bureau Coroner viennent superviser la sortie du corps, qui est ensuite transporté au Laboratoire de science judiciaire et de médecine légale à Montréal pour autopsie», décrit-il. Il précise que certains corps sont trouvés entiers, et que dans d'autres cas, on doit se contenter de restes.

La SQ baptise ses opérations lors de catastrophe avec des noms d'insectes, des noms prédéterminés, sans lien avec la nature de l'évènement. Lac-Mégantic avait été baptisé opération Bourdon. L'Isle-Verte, c'est Papillon.

Le lieutenant Duchesne et la plupart des techniciens sous sa gouverne ont participé aux deux opérations.

«À Mégantic, la difficulté, c'était la chaleur. Ici c'est le froid. Mais je pourrais vous dire qu'on est très bien équipés. On a des périodes de repos en soirée qui font du bien. On peut faire sécher les bunkers (nom donné aux habits que portent les pompiers et policiers sur les scènes d'incendies). Le personnel est engagé, travaille depuis jeudi, et ça va continuer tant et aussi longtemps que ça ne sera pas terminé», explique le lieutenant.

Il ne sait dire si une des scènes a été plus difficile pour son groupe. 

«À Mégantic, la superficie de la scène était plus grande. Ici c'est plus concentré, mais la glace a causé beaucoup de problèmes au début», dit-il, ajoutant que les enseignements de Lac-Mégantic servent les policiers à L'Isle-Verte.

«Les mêmes personnes gèrent la scène. Avec l'expertise de Mégantic, nous avons appliqué la même structure ici», affirme-t-il.

Il assure que les gens qui fouillent les décombres le font avec la plus grande minutie par respect pour les corps des défunts.

«On veut remettre les dépouilles aux familles, c'est notre priorité», poursuit-il.

À Lac-Mégantic, où les travaux se poursuivaient jour et nuit dans la première semaine, on avait pu observer un certain épuisement et certains policiers avaient les nerfs à fleur de peau.

«Ici le moral est excellent, ça va très très bien. Le matin, les gens sont ici vers 6h30, ils repartent vers 18h le soir. Ils prennent un petit bouillon chaud en avant-midi, arrêtent 45 minutes pour dîner», raconte le lieutenant Duchesne. Il dit qu'il serait impossible de poursuivre les travaux à la noirceur, que le risque de passer à côté d'éléments importants serait augmenté.




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