Lutte anticorruption: le directeur de la SQ piqué au vif

Le directeur de la SQ, Richard Deschesne.... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Le directeur de la SQ, Richard Deschesne.

Photo: André Pichette, La Presse

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec travaillent sans aucune ingérence extérieure et ne reçoivent jamais de directives visant à épargner des membres du gouvernement, a déclaré vendredi le directeur général de la SQ, Richard Deschênes.

M. Deschênes a tenu à rencontrer La Presse à la suite des accusations d'ingérence gouvernementale exprimées dans une lettre anonyme à entête de la SQ dont nous avons fait état hier.

«La Sûreté du Québec est une excellente organisation policière, indique l'auteur de la lettre, qui affirme parler au nom de plusieurs policiers de la SQ. Cependant, j'ai le regret de vous apprendre qu'il n'y aura aucun membre du gouvernement actuel qui sera accusé par la SQ ou l'UPAC (Unité permanente anticorruption).»

Cette allégation a piqué au vif M. Deschênes, qui tient à la réputation d'intégrité et d'indépendance de la SQ. «Je ne mets pas en doute la provenance de la lettre, a-t-il dit. Je ne peux pas la mettre en doute: j'ai demandé à nos gens de faire enquête [pour savoir qui l'a écrite].

«Mais je trouve inacceptable et même injuste que l'intégrité d'un corps de police comme la SQ, qui est un leader reconnu dans la lutte contre la criminalité sous toutes ses formes, soit mise en doute par des insinuations dans un document anonyme.

«Personne n'est à l'abri des lois»

«La SQ n'est pas une police politique. Personne n'est à l'abri des lois. Il est impensable que la SQ puisse cibler des gens et en protéger d'autres, ou puisse empêcher que des enquêtes se fassent sur quiconque au Québec. Il n'y a pas d'ingérence politique pour faire - ou pour ne pas faire - quoi que ce soit.»

La même lettre affirme que plusieurs policiers «très bien placés» sont «convaincus que seule une enquête publique pourra aller au fond des choses et faire toute la lumière sur les liens occultes entre les industries de la construction, le financement des partis politiques et la corruption».

M. Deschênes reconnaît que les policiers, comme tous les citoyens, ont droit à leurs opinions. Mais il estime qu'ils n'ont pas à les exprimer en tant que membres de la SQ. «On a

5000 policiers à la SQ. Ils ont droit à leurs opinions politiques. Mais dans l'exercice de leurs fonctions, ils ne peuvent pas prendre position dans les débats politiques. Il est important d'appliquer notre devoir de réserve.»

Il répète que rien n'empêche la SQ d'enquêter sur des membres du gouvernement. «On l'a fait dans le passé, dit-il. On a déjà porté des accusations contre des députés. Vous savez qu'une enquête est en cours, à la demande même du gouvernement», a-t-il ajouté, en faisant allusion - sans le nommer - à l'ex-député libéral Tony Tomassi, qui s'était fait remettre une carte de crédit par l'agence de sécurité BCIA.

«Cette enquête suit plus que son cours. Le dossier a été soumis aux procureurs. Il n'y a pas eu d'interférence dans ce dossier ni dans aucun autre.»

La lettre donne certains détails très précis qui montrent que son auteur est très au fait du fonctionnement interne de l'escouade anticorruption Marteau. «Nos enquêtes sont orientées sur des cibles précises et nos enquêteurs doivent constamment en tenir informés leurs supérieurs de leur évolution, indique la lettre. Aucun membre du gouvernement ne sera enquêté sans que M. Martin Prudhomme, sous-ministre à la sécurité publique, ou que M. Robert Lafrenière, commissaire de l'UPAC, en soient informés.» Or, ces deux personnes travaillent sous les ordres du ministre de la Sécurité publique, souligne l'auteur.

«L'indépendance pour agir»

«Je n'ai rien à demander à un sous-ministre ou à M. Lafrenière, rétorque M. Deschênes. J'ai l'indépendance nécessaire pour agir. Les enquêteurs de l'escouade Marteau échangent des renseignements au sein de l'UPAC, mais ils ont un seul patron, et c'est moi.»

Toujours sous le couvert de l'anonymat, des policiers se plaignent de ce que leurs dossiers d'enquête traînent sur le bureau de Louis Dionne, directeur des poursuites criminelles et pénales. Selon eux, Me Dionne serait très «frileux» et refuserait de porter des accusations, même lorsque les preuves sont solides. Le directeur de la SQ réfute aussi cette allégation.

«Je n'ai pas de critiques à l'endroit de Me Dionne, dit-il. Bien sûr, on sait tous qu'il y a eu un manque de procureurs [en raison de négociations de travail qui se sont réglées cette semaine]. Je suis de ceux qui ont hâte que de nouveaux procureurs arrivent. Il y a déjà des dossiers qui les attendent.»

Par ailleurs, aucune compression budgétaire n'a été imposée à l'escouade Marteau, ajoute M. Deschênes. «Personne ne veut ralentir le travail de cette escouade, dit-il. Il y a déjà eu 57 chefs d'accusation contre 15 personnes. Et d'autres accusations seront portées.»

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