Conflit étudiant: les acteurs de l'ombre

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Le gouvernement de Jean Charest a décidé d'augmenter les droits de scolarité de 1625 dollars en cinq ans, une hausse décriée par des dizaines de milliers d'étudiants. »

Qui ne connaît pas Gabriel Nadeau-Dubois, Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins, véritables figures de proue du mouvement étudiant? Ou leurs opposants politiques, le premier ministre Jean Charest, l'ex-ministre de l'Éducation Line Beauchamp et celle qui l'a remplacée, Michelle Courchesne? Mais dans leur ombre, des dizaines de personnes, policiers, manifestants, politiciens, juristes et étudiants, ont marqué le conflit à leur façon. La Presse dresse le portrait de ces acteurs méconnus dont le rôle a aussi fait l'histoire.

Me LOUIS SORMANY: l'homme derrière la loi spéciale

La loi spéciale (78), c'est un peu lui. Le secrétaire adjoint responsable de l'éthique au Conseil exécutif a reçu le mandat du gouvernement de préparer le controversé projet de loi qui a été soumis, le 18 mai, au vote des députés après un marathon de 20 heures de débats. Habituellement, Québec a recours aux services d'avocats du secteur privé pour ses lois d'exception. Cette fois, le travail s'est fait à l'interne. Par le passé, Me Sormany a notamment travaillé de concert avec la commission parlementaire des institutions afin de réglementer l'assiduité aux travaux de l'Assemblée nationale. L'avocat a refusé de nous accorder une entrevue.

FORCE ÉTUDIANTE CRITIQUE: le groupe des extrêmes

«L'état brutalise. Les médias terrorisent. Nous sommes tous et toutes des fumigènes.» Voilà qui résume la vision du groupe militant étudiant Force étudiante critique. Formé le 20 novembre 2010, le regroupement plutôt extrémiste se veut «une tendance critique du mouvement étudiant». Selon lui, la CLASSE n'est pas assez radicale. Au moins une des accusées dans l'affaire des attaques dans le métro de Montréal, Vanessa L'Écuyer, fait partie de Force étudiante critique. C'est aussi ce groupe qui est derrière la manifestation contre les «médias délateurs» qui s'est tenue au palais de justice le 14 mai, date de la comparution des quatre «fumigénistes».

GILLES ET ALEXIS DUCEPPE: un rôle mystérieux

Gilles Duceppe refuse de dévoiler son rôle exact dans le dossier qui oppose les étudiants au gouvernement. «Je ne suis pas le dossier pour avoir une médaille. Je ne tire pas les ficelles. Je ne fais que donner mon opinion», affirme-t-il. Or, l'ancien chef du Bloc québécois est très au courant des détails. En avril dernier, il a contacté Léo Bureau-Blouin et Michel Arsenault, de la FTQ, pour leur rapporter une idée que son fils Alexis avait eue : chaque dollar épargné dans la gestion des universités servirait à réduire la hausse des droits de scolarité. M. Duceppe est en contact avec les leaders étudiants depuis bien plus longtemps. En novembre, il a discuté avec M. Bureau-Blouin, Martine Desjardins et 200 militants de la Fédération étudiante collégiale du Québec. Aujourd'hui, il est convaincu qu'une entente est proche et qu'un médiateur permettrait certainement de dénouer la crise.

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Laurent Proulx

Photo: Le Soleil

LAURENT PROULX: le recours aux tribunaux

Le 2 avril, Laurent Proulx a été le premier étudiant à obtenir une injonction lui permettant de poursuivre un cours d'anthropologie à l'Université Laval qui était touchée par la grève. «Mon combat a toujours été l'accès libre aux classes. Ça n'a jamais été celui de la hausse des droits de scolarité», raconte-t-il. Après son passage devant la cour, M. Proulx est devenu porte-parole du MESRQ et a également aidé d'autres étudiants à entamer des démarches pour obtenir des injonctions. Après l'adoption de la loi spéciale qui assure entre autres le libre accès aux établissements d'enseignement, il s'est retiré du MESRQ. En septembre prochain, il entamera ses études en droit.

FRANÇOIS-OLIVIER CHENÉ: le joueur de casserole

Si le bruit des casseroles résonne dans les rues du Québec, c'est grâce à lui. Ou à cause, c'est selon. «Je trouvais qu'il y avait un certain parallèle entre la loi 78 et l'origine de cette pratique, utilisée au Chili à l'époque où il était interdit de manifester», raconte l'enseignant de sciences politiques au cégep de Saint-Hyacinthe. Une simple invitation Facebook lancée à ses amis s'est transformée en véritable épidémie. Le premier soir, ils étaient 1000, le sixième, 11 000. Depuis, ça se répand. «Ma proposition initiale était de cogner sur les casseroles durant 15 minutes devant la maison. Des gens qui voulaient manifester plus longtemps ont commencé à marcher. C'est la beauté de ce mouvement. Il est collectif», dit l'homme qui tape sur sa casserole le plus souvent possible.

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Alain Simoneau

Photo: Olivier PontBriand, La Presse

ALAIN SIMONEAU: une voix connue

Le chef du poste de quartier 21 ne chôme pas depuis le début du conflit étudiant. Au moins 90 manifestations se sont déroulées sur son territoire, c'est-à-dire dans le centre-ville de Montréal. Le commandant Alain Simoneau s'est retrouvé à gérer les opérations sur le terrain. Au début des rassemblements, c'est lui qui communique les consignes et mesures de sécurité aux protestataires. Ces paroles sont d'ailleurs souvent enterrées par les cris, les bruits de sifflets et de casseroles. C'est également lui qui se promène à bord du camion muni de haut-parleurs et, surtout, qui annonce au microphone qu'un rassemblement est devenu illégal.

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Paul-Émile Auger

Photo: Le Soleil

PAUL-ÉMILE AUGER: le quatrième leader étudiant

Le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec n'a pas la notoriété des Desjardins, Bureau-Blouin et Nadeau-Dubois. On ne le voit pas quotidiennement à la télé. Il n'est pas le centre d'attention de toutes les manifestations auxquelles il participe. Pourtant, Paul-Émile Auger a collaboré aux négociations avec le gouvernement au même titre que les autres leaders étudiants au nom de ses 70 000 membres des Universités McGill, Laval et de Sherbrooke et dont quelque 14 000 sont en grève. «On est moins visibles, mais on a quand même réussi à se tailler une place à la table à force de représentations», dit-il. À 23 ans, l'étudiant à la maîtrise en sociologie a déjà une longue carrière de militant au sein des associations étudiantes. Par son champ de recherche, il s'intéresse à la transformation des universités.

CUTV: manifestations en direct

CUTV existe depuis la fin des années 60. Pourtant, plusieurs personnes ont entendu parler de la chaîne de télévision des étudiants de l'Université Concordia pour la première fois durant le conflit étudiant. Dans les manifestations, l'équipe de 4 à 10 personnes ne passe pas inaperçue avec un sac à dos muni d'un écran de télévision et une caméra dotée d'un support pour les épaules. CUTV a diffusé en direct plus de 50 manifestations. En moyenne, entre 3000 et 5000 personnes se sont branchées à CUTV lors des couvertures en direct. La direction de la chaîne de télévision ne s'en cache pas: elle s'oppose à la hausse des droits de scolarité. «Notre mandat du CRTC est de représenter la voix des communautés sous-représentées par les médias de masse en leur donnant une plate-forme pour s'exprimer», explique Laura Kneale, directrice de CUTV.

Me DENIS POITRAS: l'avocat des manifestants

Avant le début des rassemblements, les manifestants sont nombreux à inscrire, sur un bras ou sur une main, un numéro de téléphone. Il s'agit de celui de Me Denis Poitras. L'avocat défend depuis 20 ans les personnes qui se font arrêter dans le cadre de manifestations. Me Poitras a notamment défendu des gens arrêtés lors du commando-bouffe au Reine Elizabeth en 1997, des personnes qui s'étaient enchaînées dans le bureau de Paul Martin lorsqu'il était premier ministre ou encore des manifestants appréhendés lors du Sommet des Amériques. Depuis le début du conflit étudiant, au moins 800 personnes ont pris contact avec lui. «Il y en a qui aimeraient mieux qu'on manifeste juste sur nos balcons ou dans nos salons pour que ça dérange moins. Mais une manifestation, c'est fait pour ça. Il faut que ça dérange», affirme-t-il.

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Anarchopanda

Photo: Bernard Brault, La Presse

ANARCHOPANDA: la mascotte devenue célèbre

L'homme sous le costume de panda a participé à plus de 60 manifestations avant d'enfiler un déguisement de mascotte. Après avoir vu trop de coups de matraque et respiré trop de gaz lacrymogènes, l'enseignant en philosophie s'est mis à rêver de dizaines de mascottes qui désamorceraient la tension durant les manifestations. Ses collègues ont trouvé l'idée bonne, mais aucun n'avait envie de se retrouver sur la ligne de front. L'enseignant a donc mis son plan à exécution en dénichant un déguisement «pas trop cher», sur l'internet. «Je ne suis pas un porte-parole, je ne dirige pas les manifestations, je ne suis qu'un manifestant de plus. J'ai un costume de mascotte, mais je l'utilise pour essayer de calmer l'antiémeute et de faire comprendre aux policiers qu'ils ne sont pas obligés de frapper des étudiants et de faire des arrestations massives.»

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Francis Grenier

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

FRANCIS GRENIER: le martyr

La vie de ce cégépien de 22 ans a basculé, le 7 mars dernier, lorsqu'il a été grièvement blessé à un oeil en participant à la deuxième manifestation de sa vie. Le soir même, sa photo a été envoyée dans tous les médias par les associations étudiantes. Il est vite devenu le premier symbole d'une brutalité policière que plusieurs manifestants dénoncent. C'est une grenade assourdissante lancée par un agent pour disperser la foule qui aurait explosé tout près de son visage. «Ma vie ne sera plus jamais la même», dit le jeune homme qui, près de trois mois plus tard, ne voit toujours pas de l'oeil droit. Il intentera une poursuite en dommages contre la Ville de Montréal et son service de police. «On doit pouvoir manifester et faire confiance aux policiers», dit-il.

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Arielle Grenier

Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

ARIELLE GRENIER: la gloire et l'ombre

Son carré vert épinglé à sa veste, Arielle Grenier a fait une tournée des médias pour défendre la hausse des droits de scolarité. Le 23 février, elle a fait la une de La Presse. Le dimanche suivant, elle a été invitée à l'émission Tout le monde en parle avec Gabriel Nadeau-Dubois. Après avoir été sous le feu des projecteurs, la porte-parole du Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec (MESRQ) a décidé de retourner dans l'ombre. «J'ai les reins solides, mais certaines personnes ont pris le conflit trop au sérieux. J'ai beaucoup appris sur la nature humaine», confie-t-elle. La jeune femme fait toujours partie du MESRQ. Elle songe à poursuivre ses études en sciences politiques à l'Université McGill ou d'Ottawa pour éviter que ses cours ne soient encore perturbés par une grève en septembre.




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