«Si on ne fait plus de collusion, les petits vont tous mourir»

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Le directeur général de Pavages Maska, Serge Daunais

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La collusion dans l'industrie de l'asphalte existe toujours et sans elle, les petits joueurs risquent de disparaître, a déclaré aujourd'hui devant la commission Charbonneau, le directeur général de Pavage Maska, Serge Daunais. Le témoin admet aussi s'être fait remboursé par son entreprise pour des dons aux partis politiques.

Entre 1999 et 2012, Daunais a fait des dons de 9640$ au PLQ, 1460 au PQ et 660 à l'ADQ. Lorsqu'il contribuait au PLQ, c'était principalement à la caisse de « son député » Pierre Paradis. Daunais ne trace cependant aucun lien entre ses contributions politiques et les contrats qu'il a remportés au ministère des Transports (MTQ). Il arrivait cependant qu'il contacte Pierre Paradis, avocat de formation et vieille connaissance, pour lui demander des conseils juridiques. « Ça ne me dérange pas de lui donner un p'tit coup de fil », a-t-il déclaré.

Partage des territoires

À l'instar de l'ex-PDG du constructeur de routes Sintra la semaine dernière, Daunais a aussi confirmé l'existence d'ententes de partage des territoires dans l'industrie du pavage. « On se respecte », a-t-il résumé. « Il ne faut pas trop piler sur le territoire des autres parce qu'ils sont plus pesants.»

Le partage des territoires permettrait d'engranger 1% à 2% de profits additionnels, estime l'ancien opérateur de machinerie lourde.

Entre 1997 et 2002, Pavage Maska a remporté 174 contrats du MTQ pour une valeur de 131 millions $.

Pavage Maska est un joueur important dans le secteur de la Montérégie-Est, où est situé la majorité de ses centrales d'enrobés bitumineux. Dans cette région, l'entreprise parvient à se classer tout juste derrière les deux géants de l'industrie: Construction DJL et Sintra.

« C'est la distance qui fait le prix du bitume. Si on ne fait plus de collusion, les petits vont tous mourir », a expliqué Serge Daunais.

La juge France Charbonneau lui a ensuite demandé s'il avait déjà réalisé des soumissions de complaisance. « Ben oui », a-t-il laissé tomber. Cette pratique aurait aujourd'hui cessé, assure-t-il. Le partage des territoires n'est cependant pas chose du passé.

Entre 1997 et 2001, Daunais discutait avec des compétiteurs environ 2 à 3 fois par année pour décider qui remporterait tel ou tel contrat. Ils s'entendaient alors pour fixer les prix des soumissions.

Il confirme avoir déjà «collusionné» avec des dirigeants de Sintra, DJL, Construction Bernier et Baillargeon Ltée.

Daunais a exposé la technique des « deux enveloppes » qui consiste à se présenter lors du dépôt de soumissions avec deux offres. Le premier prix a été fixé à la suite d'un processus de collusion. Le deuxième est plus compétitif.

« C'est exactement la même soumission, mais tu changes ta marge de profit. Quand tu ne connais pas les joueurs qui déposent, tu déposes la plus basse. »

Serge Daunais a travaillé chez Sintra jusqu'en 1984. Il est ensuite passé chez DJL où il a oeuvré jusqu'en 2002 pour devenir directeur général de Maska.

Depuis 2012, Maska est détenue à 40% par Sintra. Maska appartient à Claude Chagnon. Ce dernier possède aussi ABC-Rive-Nord et Entreprises Claude Chagnon.

Nouveau témoin

En fin de journée, la commission a commencé à entendre le témoignage de Guy Desrosiers, comptable de formation et enquêteur de la commission. Il est venu livrer les résultats d'une recension de 10 études portant sur le MTQ. Il poursuivra son témoignage demain.




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