Radios de Québec: l'heure est à la prudence

De nombreuses personnes ont rendu hommage lundi soir... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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De nombreuses personnes ont rendu hommage lundi soir aux victimes de l'attentat de Québec. Certaines d'entre elles n'ont pas hésité à critiquer les radios de Québec.

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« J'ai sonné l'alarme en 2015, mais comment isoler la radio parmi toutes les variables qui ont pu influencer le geste d'Alexandre Bissonnette ? » Comme tout le monde, Dominique Payette, professeure au département d'information et de communication de l'Université Laval, est assommée par l'attentat survenu dimanche à la mosquée de Sainte-Foy.

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Dominique Payette

Le Soleil, Patrice Laroche

Mario Cecchini, PDG de Radio-Nord Communication... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, archives LA PRESSE) - image 1.1

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Mario Cecchini, PDG de Radio-Nord Communication

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En 2015, elle a signé un rapport sur les médias de Québec - et surtout sur les radios de la capitale - qui a fait grand bruit et qui lui a valu une volée de bois vert.

Elle écrivait alors : « Parmi les groupes ciblés systématiquement : les personnes assistées sociales, Radio-Canada et les services publics, les musulmans pratiquants, les Autochtones, les artistes, les intellectuels, les personnes handicapées, les groupes communautaires, les féministes, les fonctionnaires du gouvernement du Québec, les représentants du mouvement étudiant... »

Mais hier, Dominique Payette n'avait que des questions et pas de réponses. Qui sait, Alexandre Bissonnette « aurait-il pu tout aussi bien viser les femmes ? Des gens dans un congrès syndical ? » « S'il ne plaide pas coupable et s'il y a procès, on en saura davantage. Mais là, à chaud... »

Pendant qu'ils étaient la cible de nombreuses critiques et que les animateurs étaient en mode défensif, les dirigeants des stations de Québec ont préféré se montrer discrets. 

« Cette semaine, en tant que médias, nous couvrons le terrible événement en continu. D'aucune façon nous ne souhaitons enlever de l'attention à cette histoire et à ses victimes, qui méritent tout l'espace médiatique possible, pour une pseudo-controverse qui divise plutôt qu'unir », a dit Mario Cecchini, PDG de Radio-Nord Communication (RNC), propriétaire de CHOI 98,1 Radio X.

Chez Cogeco Média, propriétaire du FM93, Christine Dicaire, directrice des communications et du marketing, a indiqué n'avoir aucun commentaire à formuler. Jean-François Leclerc, vice-président de Leclerc Communication, propriétaire de CJEC-FM (91,9FM, WKND) et CFEL-FM (102,1FM/CKOI), a également préféré ne pas faire de commentaires.

De son côté, Daniel Tremblay, directeur général de la station Énergie, a signalé qu'il ne se sentait pas concerné par le débat de l'heure, l'animateur Jeff Fillion ayant été congédié l'an dernier à la suite de son gazouillis sur le suicide du fils d'Alexandre Taillefer. Après avoir touché un temps à la radio dite d'opinion, M. Tremblay signale que comme le souhaitait le propriétaire Bell, « il y a eu évolution dans le mandat de la station » et qu'elle est redevenue aujourd'hui une radio musicale.

« DU SANG SUR LES MAINS »

En ondes, les animateurs, eux, ont commenté abondamment l'affaire. « Il y a un responsable et il est en dedans », a dit Jeff Fillion, exhortant les critiques à cesser de « faire la morale » aux radios de Québec. L'animateur Dominic Maurais a confronté Michel Juneau-Katsuya, ancien cadre du Service canadien du renseignement de sécurité, qui a affirmé à RDI que « certains animateurs » de Québec avaient « du sang sur les mains ».

M. Maurais a demandé hier des exemples et des noms précis d'animateurs à M. Juneau-Katsuya, qui s'est gardé de le faire, disant ne pas vouloir « donner la possibilité à des twits de lancer des poursuites ». M. Maurais a assuré « que personne à la station n'appuie des éléments de l'extrême droite », qui sont « dénoncés en ondes ».

En décembre, le Conseil de presse a retenu une plainte pour propos racistes à l'encontre de Radio X et de son animateur Dominic Maurais, épinglé pour des propos alors tenus par le collaborateur Jacques Brassard en 2015. « Si tous les musulmans ne sont pas terroristes, à l'heure actuelle, tous les terroristes sont musulmans. Est-ce que c'est vrai, ça ? », avait demandé Jacques Brassard. Et Dominic Maurais d'entériner les propos du collaborateur Jacques Brassard en répondant « oui ».

D'autres controverses

Les stations de radio de Québec ont depuis longtemps maille à partir avec les tribunaux pour les propos excessifs de leurs animateurs.

LA « GANG DE CROTTÉS » DE L'ADISQ

En 2001, l'animateur Jeff Fillion avait traité les dirigeants de l'ADISQ de « maudite folle, maudite pelote, maudite conne » et de « gang de crottés ». L'animateur et son ex-employeur de CHOI-FM ont été condamnés par la Cour d'appel à payer 183 000 $. Dans une autre affaire de diffamation, Jeff Fillion et l'entreprise Genex ont dû verser 150 000 $ au journaliste de TVA Pierre Jobin en 2007.

DES « FILS DES PILLEURS, DES CANNIBALES »

En mai 2003, Jeff Fillion avait suggéré en ondes de mettre fin aux jours d'un patient d'un hôpital psychiatrique. « Pourquoi, un moment donné, on tire pas sa plogue ? Non mais, il ne mérite pas de vivre. C'est un esti de paquet de troubles pour la société, ce bonhomme-là », avait-il déclaré. En novembre suivant, André Arthur avait affirmé que la majorité des étudiants étrangers de l'Université Laval étaient des « fils des pilleurs, des cannibales » de pays musulmans et « d'Afrique noire ».

DEMANDE DE RENOUVELLEMENT REFUSÉE

En raison des « propos offensants » des animateurs André Arthur et Jeff Fillion, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) avait asséné un coup de tonnerre dans la région de Québec en juillet 2004 en refusant la demande de renouvellement de licence de CHOI-FM Québec. La décision du CRTC avait provoqué une levée de boucliers, menant des milliers de personnes à manifester à Québec et à Ottawa. Or, malgré un revers en Cour suprême, CHOI n'a jamais fermé. La chaîne a toutefois été vendue.




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