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La Californie force les acériculteurs québécois à renouveler leur équipement

Le plomb est naturellement présent dans la sève... (Photo Robert Skinner, Archives La Presse)

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Le plomb est naturellement présent dans la sève de l'érable, mais l'équipement des acériculteurs qui en contient peut en transmettre au sirop durant la transformation.

Photo Robert Skinner, Archives La Presse

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Les érables ne coulent pas encore, mais plusieurs producteurs de sirop travaillent fort dans leurs érablières ces jours-ci. C'est que les acériculteurs du Québec devront pratiquement éliminer le plomb de leur équipement en vertu d'une entente signée en Californie.

Les érablières qui ont plus de 20 000 entailles doivent faire ce travail d'ici la fin de l'année, sans quoi leur sirop ne pourra plus traverser la frontière. 

En 2013 et 2014, un organisme californien, la Mateel Environmental Justice Foundation, s'est attaqué au sirop d'érable après avoir découvert qu'il dépassait les normes de l'État en teneur de plomb. La Californie ne tolère que 11 microgrammes de plomb par kilo de sirop. Ici, Santé Canada permet 500 mcg (ou 500 ppb) pour la même quantité. L'industrie québécoise s'est elle-même imposé une limite de 250 ppb. 

Le plomb est naturellement présent dans la sève, mais l'équipement des acériculteurs qui en contient peut en transmettre au sirop durant la transformation.

La Mateel Environmental Justice Foundation a déposé deux poursuites. Elle s'attaquait aux grandes chaînes comme Costco ou Walmart, mais ciblait aussi des fournisseurs de sirop du Québec et des États-Unis. La coopérative Citadelle et les Industries Bernard et fils étaient sur la liste des «contrevenants». Pour régler le dossier, les industriels québécois ont convenu de revoir le matériel utilisé en acériculture, selon un calendrier précis.

«Chaque industrie a ses enjeux. Il faut s'adapter aux demandes de la clientèle et être très transparent.»

Daniel Dufour
directeur général du Conseil de l’industrie de l’érable

Il n'y avait qu'une autre option : garder le même équipement, mais apposer une étiquette disant que la consommation de sirop peut poser un danger pour la santé. « Cette dernière avenue a été rejetée par l'ensemble de la filière acéricole québécoise, puisqu'elle entrait en contradiction directe avec la stratégie de mise en marché misant sur les bienfaits du sirop d'érable pour la santé », écrit l'ingénieur Martin Pelletier, dans un guide préparé à l'intention des producteurs par le Centre Acer, une référence en acériculture. 

C'est un enjeu majeur pour les producteurs québécois. « Très peu d'érablières n'auront pas à changer des morceaux de leur équipement », estime Paul Rouillard, de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. 

Le Québec est le plus grand exportateur de sirop d'érable du monde. Six conserves de sirop sur dix sont exportées aux États-Unis : en 2016, la province y a envoyé 61 millions de livres de sirop. Un exportateur ne peut pas vivre sans la Californie, car le sirop passe souvent par les grandes chaînes, explique Yves Bernard, président des Industries Bernard et fils. Se priver de la Californie, c'est donc se priver de tout le marché américain. « Heureusement, les grandes érablières sont déjà bien équipées avec du matériel récent sans plomb », dit Yves Bernard. 

LA NORME CALIFORNIENNE 

Les dangers du plomb ne sont plus à prouver. C'est pourquoi il a été retiré de notre environnement. On pense évidemment à l'essence sans plomb et aux peintures. « Les concentrations de plomb dans le sang ont diminué de plus de 70 % au Canada depuis 1978-1979, mais le plomb est encore largement présent au sein de la population canadienne », conclut un document de Santé Canada qui précise que l'eau et les aliments sont aujourd'hui les principales sources de consommation de plomb, pour un adulte moyen. 

Dans le cas du sirop, la norme californienne suit la quantité de plomb que l'on retrouve naturellement dans l'eau, bien que la consommation de sirop d'érable soit occasionnelle pour la plupart des gens. 

« Ce n'est pas farfelu », dit Sébastien Sauvé, professeur au département de chimie de l'Université de Montréal. Selon lui, la quantité de plomb dans le sirop ne pose pas un risque direct à la santé humaine, mais l'accumulation de plomb dans le corps, oui. Si l'on peut réduire le plomb contenu dans le sirop par les éléments qu'on contrôle, comme l'équipement, c'est une bonne idée de le faire dit-il. « Il y a encore beaucoup plus de plomb qu'on le pense dans l'environnement, dit Sébastien Sauvé, dans l'eau notamment. » 

OÙ EST LE PLOMB ?

La teneur en plomb est déjà testée par les acheteurs de sirop en vrac au Québec. Le sirop qui dépasse les normes établies par Santé Canada est détruit. Celui qui dépasse les normes québécoises ne peut pas être vendu en grandes quantités, mais peut être commercialisé en petits contenants. Les producteurs qui vendent directement leur sirop à leurs consommateurs en petites quantités ne sont pas soumis aux nouvelles règles. 

L'imposition de la norme californienne apporte néanmoins un vent de changement dans les érablières québécoises. 

Bien que personne ne saute de joie à l'idée de renouveler son équipement, à ses frais, plusieurs producteurs prennent la chose avec philosophie, explique l'ingénieur forestier Patrice Bertrand, conseiller pour le secteur acéricole dans la région de Québec depuis 20 ans. 

« Beaucoup se disent que de toute façon, ils auraient dû changer leur équipement », dit-il. À l'opposé, certains petits acériculteurs décident de cesser de faire du sirop plutôt que de dépenser pour renouveler des pièces, dit Patrice Bertrand.

Dans les Laurentides, l'ingénieure forestière Andrée Gagnon, qui conseille les acériculteurs, s'attend aussi à ce que de petites érablières décident de cesser leurs activités. C'est d'autant plus triste, dit-elle, que ces érablières existent depuis quatre ou cinq générations et utilisent de l'équipement patrimonial. « Selon les normes canadiennes et québécoises, c'est tout à fait conforme, dit Andrée Gagnon, mais les normes californiennes sont extrêmement sévères. » 

Il est impossible de chiffrer l'investissement nécessaire par érablière, explique Vallier Chabot, des Équipements d'érablières CDL, de Saint-Lazare. Il faut y aller au cas par cas : pour certains, une seule composante à changer peut coûter 10 000 $, alors que des producteurs qui ont de l'équipement plus récent vont plutôt bien s'en tirer, explique-t-il.

Le plomb est souvent utilisé en alliage avec d'autres métaux. Les pièces soudées avec un alliage d'étain et de plomb devront être remplacées, mais il sera possible de conserver du plomb avec du laiton ou du bronze, s'il ne dépasse pas 8 % de la pièce. 

Les contaminations au plomb sont très rares, explique Andrée Gagnon. « Les producteurs savent qu'il faut limiter le temps de contact entre les soudures au plomb et l'eau d'érable. »

Certains acheteurs ont déjà commencé à faire signer des déclarations sous serment aux producteurs lorsqu'ils vont chercher leur sirop, afin de s'assurer que les équipements des érablières sont conformes. Les exportateurs ont la responsabilité de s'assurer que les normes sont respectées et que s'il reste du plomb dans le sirop, il est uniquement de source naturelle. 

Le Centre Acer a établi que 90 % des sèves produisent naturellement un sirop qui contient moins de 33 ppb de plomb.




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