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Cannabis au volant: un fléau qui s'annonce difficile à enrayer

Québec songe à imposer une « tolérance zéro » sur... (Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse)

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Québec songe à imposer une « tolérance zéro » sur la présence de THC dans la salive des automobilistes pour enrayer le fléau du cannabis au volant.

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse

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Imposer une « tolérance zéro » sur la présence de THC dans la salive des automobilistes pour enrayer le fléau du cannabis au volant - comme songe à le faire le gouvernement du Québec - pourrait déraper et créer un système « inéquitable », expliquent des experts interrogés par La Presse.

Pas comme l'alcool

Avec l'alcool, le problème de la détection est simple : le taux d'alcool dans le sang et le taux d'alcool dans l'haleine sont proportionnels. « Avec le cannabis, c'est plus compliqué, explique en entrevue Doug Beirness, associé de recherche principal au Centre canadien de lutte contre l'alcoolisme et la toxicomanie. Contrairement à l'alcool, qui est soluble dans l'eau, le cannabis se dissout dans les tissus adipeux. C'est très, très différent. La concentration de THC dans la salive a très peu à voir avec la concentration de THC dans le sang. Et il y a beaucoup de contamination orale. Le THC reste dans la bouche assez longtemps et peut donner une lecture élevée sur les tests, alors que son taux dans le sang est très bas. »

THC dans le cerveau

La meilleure façon de mesurer l'influence du THC sur une personne est d'analyser un échantillon des tissus de son cerveau. « Ce n'est pas pratique pour les policiers de faire ça, même au poste de police ou même dans un hôpital, quoique ça pourrait avoir un effet dissuasif..., dit à la blague M. Beirness. Les concentrations de THC dans le sang ou la salive ne sont pas représentatives de la concentration dans le cerveau. Or, c'est la concentration dans le cerveau qui affecte la performance. On parle ici d'un problème fondamental. »

Deux poids, deux mesures ?

Pour Jean-Sébastien Fallu, professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal, le cannabis au volant pose des dangers réels. « Or, l'alcool pose des dangers beaucoup plus grands encore. Alors quand on parle de tolérance zéro pour un produit qui cause moins de problèmes, alors qu'il n'y a pas de tolérance zéro pour l'alcool, produit plus problématique, on est dans une incohérence. On n'est plus dans la science, on est dans l'idéologie. » Dans un barrage policier, par exemple, une personne qui consomme du cannabis thérapeutique pourrait se faire arrêter et avoir un dossier criminel, alors que son comportement au volant était impeccable.

Technologie efficace

Des équipements permettant de déceler la présence de THC dans la salive ou l'haleine commencent à être commercialisés. Ils sont très efficaces, mais sont incapables de déterminer la concentration de THC, note M. Beirness. « Vous avez une réponse oui ou non, c'est tout. » Une personne qui fume régulièrement du cannabis peut avoir un taux élevé dans le sang, et ne pas présenter de signes extérieurs de facultés affaiblies, dit-il. « Tout comme quelqu'un qui consomme pour la première fois peut avoir un taux très bas, mais être inapte à prendre le volant. »

Raccourci légal

Dans son projet de loi, Ottawa envisage des sanctions à partir de 2 nanogrammes de THC par millilitre de sang et des mesures plus lourdes au-delà de 5 ng. Pour Doug Beirness, ces concentrations sont un « raccourci légal » pour permettre aux procureurs de monter des dossiers. « Malheureusement, ce que montre la recherche, c'est que les concentrations ne vont pas prédire le comportement. Tout dépend de l'individu. Et, comme je l'ai dit, c'est le taux dans le cerveau qui importe, et on ne le connaît pas. »

Un danger

Le bon côté de ce débat, c'est qu'il fait prendre conscience à la population que le cannabis au volant pose un danger, un fléau en hausse ces dernières années, dit M. Beirness. « Malgré les problèmes des lois, il est important de faire quelque chose pour encadrer le tout, affirme-t-il. Ne rien faire n'est pas une option. Nous ne pouvons pas nous asseoir et attendre que la technologie parfaite ou l'approche parfaite tombe du ciel. Il faut continuer à travailler, il faut avancer. »




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