Les VTT, un danger mortel mais «banalisé»

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Le coroner Jean-Pierre Blais a recommandé au ministère des Transports de rappeler aux jeunes et aux adultes l'interdiction faite aux enfants de moins de 16 ans de conduire des VTT.

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Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Une «banalisation dangereuse»... aux conséquences parfois tragiques. Laisser des enfants conduire un véhicule tout-terrain (VTT) est largement accepté en région rurale alors que cette pratique est illégale et fait des morts, dénonce un coroner chargé de faire enquête sur la mort d'un garçon de 13 ans.

Julien Plante a péri l'été dernier, écrasé par son VTT, alors qu'il circulait sur un chemin forestier de La Tuque.

«Dans ma région, et c'est probablement le cas dans bien d'autres régions où les lacs et forêts sont présents, l'utilisation de VTT par de très jeunes personnes est fréquente et souvent banalisée», a écrit le coroner Jean-Pierre Blais, de La Tuque.

Mort à 5 ans

Car le petit Julien n'est pas le seul à avoir perdu la vie de cette façon : l'an dernier, le Dr Blais tirait lui aussi la sonnette d'alarme après la mort de James Jarosh, écrasé par le VTT qu'il conduisait en Haute-Mauricie. Il n'avait que 5 ans.

Julien faisait partie d'un petit groupe de VTT et de motocross mené par un adulte sur un chemin forestier. Il conduisait lui-même un VTT de 450 cm3 pour adulte lorsqu'il en a perdu la maîtrise.

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Julien Plante a péri l'été dernier, écrasé par son VTT, alors qu'il circulait sur un chemin forestier de La Tuque.

Image tirée d'un avis de décès

James, lui, circulait près du village isolé de Clova, en Haute-Mauricie, sur un VTT de 90 cm3, à l'été 2014. Il a dérapé et s'est renversé. «Il est demeuré coincé sous ce VTT», écrit le coroner.

«Plusieurs adultes ont été témoins des randonnées que James effectuait sans supervision. C'est à cette banalisation qu'il faut s'attarder», écrit le Dr Blais.

Pour adultes seulement

Debbie Friedman, directrice de la traumatologie à l'Hôpital de Montréal pour enfants, doit souvent traiter des enfants qui se sont grièvement blessés en VTT. «On reçoit des cas des Laurentides, de la Mauricie et du Nord-du-Québec», a-t-elle expliqué. «La majorité des enfants de moins de 16 ans n'ont pas le poids, la force physique, la capacité de jugement ou l'expérience pour utiliser de façon sécuritaire les VTT.»

Une pratique illégale

Depuis 2006, la loi est claire : «Tout conducteur de véhicule hors route doit être âgé d'au moins 16 ans.» La sergente Mélanie Dumaresq, de la Sûreté du Québec, ajoute qu'un parent qui laisse son enfant conduire illégalement un VTT s'expose à une amende salée de plusieurs centaines de dollars. Pour conduire entre 16 et 18 ans, le conducteur doit avoir suivi un cours spécifique.

Mais en région, nombreux sont les jeunes qui prennent le guidon dès leur plus jeune âge, admet Danny Gagnon, directeur de la Fédération québécoise des clubs quads.

Campagne adaptée

C'est cette culture qu'il faut briser, selon le coroner Jean-Pierre Blais. «Voici l'occasion d'amorcer une réflexion collective», a-t-il écrit dans la foulée de la mort de James Jarosh et de Julien Leblanc. Dans les deux cas, des adultes étaient bien au fait de l'utilisation d'un tel engin par l'enfant.

Le Dr Blais a recommandé au ministère des Transports de rappeler aux jeunes et aux adultes l'interdiction faite aux enfants de moins de 16 ans de conduire des VTT.

La campagne annuelle de sensibilisation visant les amateurs comporte maintenant un rappel spécifique sur ces règles, a indiqué par courriel Guillaume Paradis, porte-parole du ministère. «L'ajout de cet objectif découle de la recommandation du coroner Jean-Pierre Blais», a-t-il indiqué.

Encadrer plutôt qu'interdire

Selon Danny Gagnon, de la Fédération québécoise des clubs quads, l'interdiction de conduire un VTT à tous les jeunes de moins de 16 ans imposée en 2006 nuit à la sécurité des jeunes. Le groupe prône un retour aux règles qui prévalaient auparavant : 14 minimum, avec un cours.

«Au gouvernement, ils se disent souvent que si c'est écrit dans la loi, les jeunes ne le font pas. Mais c'est rêver en couleurs : les jeunes le font. Avec la formation qu'on donne, ça améliorait leur sécurité. Nous, on demande au ministère des Transports d'autoriser la conduite des jeunes avec une formation et des véhicules adaptés pour eux», explique-t-il.

Des blessures fréquentes

De 15 à 20 mineurs victimes d'un accident de VTT sont hospitalisés chaque année en traumatologie à l'Hôpital de Montréal pour enfants avec des blessures majeures, selon la Dre Friedman : 

- Traumatismes crâniens

- Blessures à la colonne vertébrale

- Traumatismes faciaux et dentaires

- Traumatismes à l'abdomen

- Fractures multiples




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