• Accueil > 
  • Actualités 
  • > Explosion d'un camion sur l'A-40: autopsie d'une opération à haut risque 

Explosion d'un camion sur l'A-40: autopsie d'une opération à haut risque

Même si on répète souvent de ne pas... (Photo Olivier Jean, archives La Presse)

Agrandir

Même si on répète souvent de ne pas mettre d'eau sur des hydrocarbures enflammés, dans le cas de l'explosion sur l'autoroute 40, les pompiers ont voulu abaisser la température du brasier pour éviter que le feu ne gagne en intensité et ne finisse par se propager aux bâtiments voisins.

Photo Olivier Jean, archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'intense brasier survenu le 9 août sur l'autoroute 40 aurait pu se propager dangereusement, n'eussent été les réflexes du premier officier du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) dépêché sur place. Dès son arrivée, celui-ci a eu la présence d'esprit d'appeler des renforts afin de sécuriser la tour voisine qui risquait de s'embraser. « C'est ce qui a fait la différence, sa promptitude à demander une autre intervention », dit aujourd'hui le directeur adjoint du SIM, Sylvain L'Hostie. La Presse retrace la cascade des événements qui ont permis d'éviter que le drame, qui a fait un mort, ne dégénère davantage.

L'appel

À 15 h 54, un automobiliste circulant sur l'autoroute 40 compose le 911 sur son cellulaire pour signaler un accident impliquant trois véhicules lourds, dont l'un semble en feu. Rapidement, l'alarme sonne dans deux casernes du SIM et deux autopompes ainsi qu'un chef aux opérations prennent la direction de l'accident. Dans les secondes qui suivent, un deuxième témoin contacte le 911 pour rapporter qu'il pense avoir vu le conducteur de l'un des poids lourds coincé à l'intérieur de son habitacle. Aussitôt, le SIM appelle des renforts équipés de pinces de désincarcération. Les pompiers ne se doutent pas encore que les événements s'apprêtent à prendre une tournure plus inquiétante encore.

Les yeux rivés sur la scène

C'est seulement au troisième appel au 911 qu'une personne mentionne que l'un des véhicules impliqués est un camion-citerne. L'information chemine rapidement jusqu'au centre de contrôle du SIM où un employé se branche sur les caméras du ministère des Transports. Les images captées par un appareil installé à l'angle de la rue Saint-Denis confirment qu'une citerne possiblement remplie d'hydrocarbures est impliquée dans l'accident. Le SIM ignore encore ce qu'elle contient, mais dépêche aussitôt des unités disposant de mousse. « C'est là que l'appel a basculé », dit Sylvain L'Hostie, l'intervention concernant désormais des matières dangereuses.

Un feu menaçant

Avant même d'arriver, les premiers pompiers à accourir prennent conscience de l'ampleur du drame qui se joue. Alors qu'ils roulent vers la scène, ils voient un immense panache de fumée noire s'élevant dans les airs. Pour éviter de rester pris dans l'inévitable bouchon provoqué par l'accident, le premier camion, arrivant de l'est, renonce à grimper sur la structure de l'autoroute 40 et emprunte plutôt le boulevard Crémazie, qui longe les voies rapides du côté nord. À son arrivée, le capitaine responsable constate rapidement que le feu risque de se propager à la Caisse Desjardins, située en face du brasier, et dont les vitres commencent à craquer. Il prend aussitôt la décision d'appeler des renforts afin que ceux-ci se consacrent à éviter l'embrasement du bâtiment, attaché à la tour de la FTQ.

« Moins une »

Cette décision rapide a été déterminante, dit aujourd'hui Sylvain L'Hostie. Le SIM a en effet décrété une deuxième intervention se concentrant sur la tour voisine. Jusqu'à 36 pompiers seront ainsi affectés à cette tâche. À leur arrivée, ces combattants du feu entrent dans l'édifice et, avec leur hache, ouvrent les murs pour voir si l'incendie s'y est propagé. « On avait un début d'incendie autour des fenêtres. Il y avait des traces de combustion. Il était moins une », rapporte Sylvain L'Hostie. Les pompiers demandent alors que des collègues à l'extérieur arrosent la façade du bâtiment pour éviter que les flammes ne naissent. Sous l'effet de l'extrême chaleur, les vitres ont volé en éclats.

Le déploiement

Les premiers pompiers à réussir à s'approcher du brasier sur l'autoroute 40 avec leur véhicule arrivent de l'autre côté, soit sur les voies en direction est. Même s'ils ne sont pas du bon côté de la structure, ils se déploient néanmoins et attaquent les flammes. Ils se concentrent d'abord sur les véhicules en flammes. Pendant ce temps, la Sûreté du Québec s'affaire à fermer la circulation sur l'A40 pour laisser le champ libre aux pompiers. Lorsque les policiers confirment que les voies en direction ouest sont libres, un camion de pompier peut monter sur la structure et rouler à contresens jusqu'au lieu de l'incendie. À ce moment, la citerne est une véritable boule de feu. Impossible d'aller secourir le conducteur qui a péri dans le brasier.

Le panache

Une fois en place, les pompiers entreprennent d'arroser la source du panache de fumée noire qui a envahi le ciel montréalais. Même si on répète souvent de ne pas mettre d'eau sur des hydrocarbures enflammés, les pompiers veulent ainsi abaisser la température du brasier pour éviter que le feu ne gagne en intensité et ne finisse par se propager aux bâtiments voisins. De la mousse été ensuite utilisée pour étouffer le feu. L'idée est de recouvrir le liquide d'une sorte de tapis pour éviter que ses vapeurs ne s'enflamment. Le brasier est complètement éteint plus ou moins une heure après l'arrivée des premiers pompiers.

L'eau

Un défi attendait les pompiers : l'autoroute 40 n'est pas dotée de bornes d'incendie. Pour éviter de manquer d'eau, des tuyaux ont été branchés à celles situées en contrebas sur le boulevard Crémazie afin d'alimenter les autopompes sur la structure. En parallèle, les pompiers ont voulu éviter que des hydrocarbures ne s'infiltrent dans les égouts. « Il y a un risque que des hydrocarbures voyagent dans les conduites et provoquent un incendie ailleurs », explique Sylvain L'Hostie. Ils ont donc retiré les couvercles pour les recouvrir de bâches afin de recueillir les hydrocarbures.

L'attente

Même si les pompiers ont réussi à circonscrire les flammes en une heure environ, l'opération n'était pas encore terminée. Craignant que le brasier ne se réveille, les pompiers ont attendu plusieurs heures sur place, le temps que baisse la température du diesel qui se trouvait sous la mousse. C'est seulement à ce moment qu'on a pu entreprendre le pompage des liquides sur le tablier de l'autoroute avant de permettre aux policiers de la SQ d'entreprendre leur enquête. « Si on se retire trop vite, il y a un risque que l'incendie se rallume », explique Sylvain L'Hostie. L'opération a monopolisé 150 pompiers au plus fort de l'intervention.

Un autre feu

Le brasier de l'autoroute 40 n'est pas le seul à avoir occupé les pompiers montréalais le 9 août. En fait, lorsque l'appel est entré, le SIM était en train de terminer une autre intervention dans Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. Un incendie s'était déclenché sur le balcon d'un bâtiment de trois étages de l'avenue Van Horne et menaçait de se propager. Les pompiers ont toutefois rapidement réussi à maîtriser les flammes, quittant les lieux vers 15 h 57, soit trois minutes après le début de l'incendie sur l'A40. Sylvain L'Hostie assure que cette intervention simultanée n'a pas compromis la réponse au brasier sur la Métropolitaine. Le SIM dispose en tout temps d'environ 500 pompiers prêts à intervenir. Lorsqu'une caserne est dégarnie par une intervention, les autres effectifs sont répartis sur le territoire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer