Misère noire au centre-ville

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À l'angle des rues Saint-André et Sainte-Catherine, une dizaine de marginaux et de sans-abri traînent contre le mur d'un café. Certains font des va-et-vient pour consommer dans l'avenue Robillard.

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Jeudi matin, il est 9 h à peine. Un homme fume une roche de crack, à l'ombre du McDonald's de la rue Sainte-Catherine.

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Serge Levac

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Daisy Lachance, suspecte accusée de meurtre non prémédité

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Dissimulés entre deux conteneurs, deux autres s'injectent de l'héroïne.

Une scène banale, si ce n'est le poste de commandement de la police installé au fond d'un stationnement payant.

La veille, dans l'étroite avenue Robillard, tout près, Serge Levac a été trouvé mort dans un immeuble résidentiel à mauvaise réputation appartenant à la Fédération des OSBL d'habitation de Montréal (FOHM).

La victime, bien connue des policiers, occupait depuis plus de deux ans un des logements du sous-sol. Serge Levac avait d'ailleurs fait les manchettes, en 2009, après avoir été accusé d'avoir agressé sexuellement une trisomique, alors qu'il était atteint du VIH. Il devait être acquitté.

Après avoir été blessé par une arme blanche, Serge Levac s'est traîné dans le couloir pour s'effondrer devant la porte de son voisin Michel. 

« Il était étendu face contre terre, puis il s'est viré. Il avait du sang à la poitrine. J'ai appelé le 911 et j'ai essayé de passer le téléphone à Serge, qui balbutiait. Les policiers sont arrivés à ce moment. » 

Les policiers ont arrêté trois personnes sur place, dont Daisy Lachance, 29 ans, accusée hier après-midi de meurtre non prémédité au palais de justice de Montréal. La jeune femme, qui habite à quelques rues de sa victime, n'a pas d'antécédents judiciaires.

Dans le box des accusés, elle était vêtue d'une grande combinaison blanche, puisque ses vêtements ont été saisis pour les besoins de l'enquête.

Au lendemain du meurtre, une tache de sang sur le sol signalait l'endroit où la victime s'est affaissée. Une seringue traînait par terre au bout du corridor. « Lorsque les policiers sont arrivés, [Serge] respirait encore », raconte le voisin Michel, encore sous le choc.

Si la mort de Serge Levac secoue Michel, il serait toutefois faux de prétendre qu'elle suscite la surprise.

Et pas besoin d'une longue enquête dans le voisinage pour s'en rendre compte. « Tous les vendeurs de drogue allaient là. C'était le crackhouse du coin, le "trou", comme on dit dans le jargon », résume un homme en train de siroter sa bière près de Sainte-Catherine.

Le voisin de la victime, Michel, abonde dans le même sens. « Il était sympathique, mais accueillait beaucoup de prostituées et de fréquentations louches », explique-t-il.

C'est sans compter les sans-abri qui dorment dans les cages d'escalier l'hiver et les vols, ajoute Michel. « Les gens entrent la nuit par nos fenêtres. Je me suis fait voler mon vélo comme ça. »

Deux étages plus haut, Constantin, 58 ans, dit en avoir aussi vu de toutes les couleurs en cinq ans. « Ça brasse surtout dans les logements du sous-sol, où se ramassent les drogués et les alcooliques. Quand je vois des gens se piquer, je les fais partir », raconte ce solide gaillard, qui se remet d'une opération pour une tumeur au cou. Au moment du meurtre, il pianotait sur son ordinateur dans sa petite chambre encombrée. « Il [Serge Levac] venait de sortir de l'hôpital et il avait de la misère à se tenir debout. On l'avait averti d'arrêter d'amener des revendeurs ici. Il a dû se ramasser avec des dettes », croit Constantin, qui a fait une demande de déménagement pour changer de décor. « Ça se dégrade chaque année. Il y a un gros roulement chez les locataires du sous-sol, mais on remplace un cancer par un autre », soupire-t-il.

«C'est un coin pourri!»

La directrice générale de l'immeuble impliqué admet que la victime était à la source de divers problèmes. Des démarches étaient d'ailleurs en cours pour l'évincer. 

« D'autres locataires se plaignaient de lui. On a dû changer les serrures, en plus de l'aviser que son appartement était sous haute surveillance policière. C'est lui qui faisait entrer la rue à l'intérieur », explique Claudine Laurin, qui a pris les choses en main, notamment en restreignant l'accès à la cage d'escalier pour ceux qui y dormaient. « Mais c'est sûr que ça peut prendre quelques mois avant de revenir à la normale », croit Mme Laurin.

Dans le voisinage, on se montre plus pessimiste. « C'est un coin pourri, tout est tout croche ici », résume un habitué, qui vient d'avoir son congé du Centre Dollard-Cormier pour soigner des problèmes de dépendance. 

« J'attendais une chambre à la FOHM. Mon intervenante m'a déconseillé d'aller dans l'immeuble sur Robillard. Je vis donc dans un bâtiment sur René-Lévesque. Ça serait A1 s'il n'y avait pas de coquerelles et de punaises de lit. »

À l'angle des rues Saint-André et Sainte-Catherine, une dizaine de marginaux et de sans-abri traînent contre le mur d'un café. Certains font des va-et-vient pour consommer dans l'avenue Robillard. Des embouts de seringues jonchent le sol, comme des mégots devant un bar populaire. Deux policiers patrouillent à pied. L'un d'eux admet son impuissance face aux trafiquants qui pullulent dans le secteur. « On en arrête un, il y en a dix qui reviennent », résume-t-il.

- Avec Christiane Desjardins, La Presse

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