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Austérité et gouvernance: deux démissions à la Société d'habitation

Un certain malaise plane au sein du conseil d'administration de la Société... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)

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PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

Un certain malaise plane au sein du conseil d'administration de la Société d'habitation du Québec, où deux démissions viennent d'être annoncées, provoquées par un mécontentement face aux compressions dans les programmes que gère la SHQ et face au manque d'indépendance du c.a. de la société d'État par rapport au gouvernement.

La Presse Canadienne a obtenu copie de ces lettres de démission de deux des huit membres du conseil d'administration.

En entrevue, l'un des démissionnaires, Stéphane Grenier, a carrément parlé d'ingérence politique dans la gestion de la société d'État, censée être gérée par son conseil d'administration.

«L'austérité prend de nouvelles formes qui nous semblent complètement inacceptables dans le domaine du logement social: celles de l'ingérence politique dans la gestion des sociétés d'État et de l'appauvrissement des régions», critique M. Grenier, qui est également professeur à l'université et chercheur.

Il dénonce l'effet des politiques d'austérité du gouvernement Couillard sur des programmes qui ont pour but de venir en aide à des gens qui ont vraiment besoin de logement, notamment dans les régions, qui veulent par exemple mettre sur pied une coopérative d'habitation ou avoir accès à des logements communautaires.

M. Grenier dit aussi démissionner du conseil d'administration de la SHQ parce que le c.a. a pratiquement été mis de côté, ignoré, ces derniers mois. Entre autres, c'est par un article de La Presse Canadienne, vendredi dernier, qu'il a pris connaissance des modifications apportées à l'un des importants programmes que gère le conseil d'administration de la SHQ, Accès-Logis.

La SHQ avait alors avisé ses «partenaires» qu'un budget de 53,6 millions $, qui devait servir à soutenir des projets de logement communautaire jusqu'en mars 2016, était pratiquement déjà épuisé et qu'il n'y aurait pas d'autres fonds. Des modifications étaient aussi apportées aux critères du programme.

Des groupes avaient alors sonné l'alarme, affirmant que des projets de coopératives d'habitation se retrouveraient ainsi retardés, voire carrément remis en question, particulièrement dans les régions.

L'autre démissionnaire, Stéphanie Beauregard, est avocate. «Le constat que je fais est que le c.a. ne peut s'acquitter adéquatement de son rôle de gouvernance, car il ne sert plus essentiellement, dans les faits, qu'à avaliser les décisions du gouvernement», se plaint-elle dans sa lettre de démission.

«Bien entendu, le gouvernement est libre de faire les compressions budgétaires qu'il juge souhaitables», écrit-elle encore, mais «cela doit être fait en conformité avec les règles de gouvernance applicables et après évaluation des impacts en amont».

M. Grenier affirme que le gouvernement court-circuite carrément le conseil d'administration de la SHQ depuis quelques mois. Par exemple, une réunion du conseil d'administration qui devait se tenir en décembre a été annulée «en nous disant qu'il n'y avait rien d'important» à y discuter.

«Par la suite, au début de janvier, on nous a pressés de faire une réunion téléphonique pour faire accepter des modifications à la Loi sur la Société d'habitation du Québec pour incorporer le Fonds d'habitation communautaire et adopter une résolution encourageant la fusion des différents OMH au Québec - ce à quoi le conseil d'administration s'est refusé», jugeant que ces questions importantes devaient plutôt être discutées sur le fond, afin d'en évaluer les répercussions.

Ce projet consiste à réduire le nombre d'Offices municipaux d'habitation et à incorporer le Fonds d'habitation communautaire - un fonds doté de plusieurs millions de dollars, qui est alimenté par des contributions émanant de projets d'habitation qui ont déjà bénéficié d'aide financière et qui redonnent à leur tour.

Réactions

À la Société d'habitation du Québec, la direction des communications a fait savoir qu'elle venait tout juste de recevoir les lettres de démission des membres du conseil d'administration. Le président-directeur général de la SHQ était en mission dans le Nord du Québec et elle n'arrivait pas à le joindre.

La Presse Canadienne a aussi tenté de joindre le ministre Pierre Moreau, de qui relève la SHQ, mais il se trouvait également dans le Nord du Québec.

L'attachée de presse du ministre Moreau, Catherine Poulin, a fait savoir en fin de journée qu'il n'y avait «pas d'ingérence politique» dans la gestion de la SHQ et que, de toute façon, il appartenait au ministre de «donner les orientations et d'accorder les budgets». Elle a rappelé que «les gouvernements sont imputables devant la population».

Du côté de l'opposition péquiste, la députée Carole Poirier, responsable notamment du dossier habitation, s'est dite «sous le choc» d'apprendre la nouvelle, particulièrement pour les régions où le manque de logement est criant. «C'est une vraie catastrophe», s'est-elle exclamée.

Ces démissions démontrent à ses yeux qu'«il y a vraiment un problème de gouvernance», d'indépendance de la société d'État face au gouvernement. «Ces gens-là ne se retirent pas pour rien», a-t-elle tonné.

Au Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui milite justement pour le logement social, on se dit persuadé que des projets de logement communautaire ou coopératif vont maintenant être retardés, voire remis en question.

«Ça démontre qu'on est en train d'aller très loin là-dedans. Déjà qu'à la SHQ, pour les programmes d'amélioration de l'habitat, tous les programmes sont suspendus sauf un, qui est le programme d'adaptation de domicile pour les personnes handicapées. Tous les autres programmes sont suspendus et ça aussi ça a des conséquences», a lancé son coordonnateur François Saillant.

Il souligne que les petites municipalités seront particulièrement touchées, parce qu'elles ne pourront prendre la relève du gouvernement qui se retire.

Comme le FRAPRU s'est justement manifesté devant les bureaux de plusieurs ministres, jeudi, le cabinet du ministre Moreau a diffusé un communiqué pour rappeler les investissements gouvernementaux en matière de logement abordable. Les chiffres qu'il donne concernant le programme Accès-Logis, cependant, remontent à... 1997. Il mentionne par exemple que plus de 2 milliards $ ont été investis depuis 1997 pour la construction de 44 000 logements abordables.

«Dans le cadre de la révision des programmes, j'ai donné à la SHQ le mandat d'étudier différentes avenues qui permettraient de répondre efficacement aux besoins d'un plus grand nombre de personnes vulnérables tout en respectant la capacité de payer des Québécois. Nous n'avons certainement pas à rougir de notre bilan et nous continuons de travailler pour venir en aide aux personnes les plus démunies», affirme le ministre Moreau dans son communiqué.

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