Nouveaux shylocks: la police impuissante

Le Service de police de la Ville de Montréal n'est pas dupe. Il existe... (ILLUSTRATION LA PRESSE)

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Hugo Meunier
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Le Service de police de la Ville de Montréal n'est pas dupe. Il existe assurément un réseau structuré et organisé de prêts usuraires à Montréal. Mais la police l'avoue sans détour: elle a les mains liées.

« Très peu de gens se plaignent de ce crime-là. Et sans plaignant, on ne peut rien faire », résume Martin Renaud, commandant à la division du crime organisé.

La dernière condamnation importante remonte à 2003. Plusieurs membres de la famille de l'ancien gardien du Canadien José Théodore - qui n'avait lui-même absolument rien à se reprocher - avaient été accusés de gangstérisme spécialisé dans le prêt usuraire. Le père, Ted Nicholas Theodore, dirigeait le réseau, aidé de plusieurs membres de sa famille. La police avait réussi à recenser 43 victimes.

« Il faut démontrer le taux criminel en plus d'amener un témoin à la barre. C'est difficile. La ligne est mince entre l'extorsion, la menace et l'intimidation », constate le commandant Renaud.

L'entente tacite entre le client et son usurier complique également la tâche des policiers puisqu'il y a une forme de consentement.

C'est sans compter le profil type des emprunteurs, souvent accros au jeu, à l'alcool ou à la drogue, en plus d'être incapables de rembourser des dettes.

« C'est un cercle vicieux. Tu finis par prioriser ton prêteur, tu négliges Bell, ton loyer. Tes créanciers commencent à te courir après, donc tu retournes vers le shylock. Tu te mets alors à rembourser les intérêts, jamais le prêt », explique Martin Renaud.

Le crime organisé tire selon lui les ficelles, mais à quel degré?

« Comme il n'y a pas de plaignant, c'est difficile de savoir comment ça fonctionne », répète le commandant.

Le bras dans le tordeur

L'Office de la protection du consommateur révoque les permis des courtiers dont les taux d'intérêt dépassent les 60% permis annuellement ou refuse de leur en délivrer un. « On les court-circuite en les rendant illégaux. Mais c'est un cercle vicieux parce qu'ils vont travailler au noir », observe le porte-parole de l'Office, Jean-Jacques Préaux.

Selon lui, les courtiers spécialisés en prêt d'argent sont obligés de faire signer des contrats en bonne et due forme. « On s'est aussi fait avoir par quelques entreprises qui montrent patte blanche avec deux ou trois clients pour obtenir le permis, qu'ils exhibent ensuite bien en vue sur leur page web, avant de percevoir des taux d'intérêt faramineux par-derrière », raconte M. Préaux. Difficile aussi de savoir d'où provient l'argent et quel est le rôle exact du courtier dans ces échanges.

L'OPC remarque en outre que les plaignants se font rares lorsqu'il est question de prêt usuraire. « Malheureusement, quand les gens en sont là, ils ont le bras dans le tordeur. Si les gens se sentent piégés, ils ne doivent pas avoir peur de dénoncer. »

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