Il n’y a rien comme plonger en milieu naturel, mais nager parmi les nombreux poissons d’un aquarium a quand même quelque chose d’emballant. Nous nous sommes mouillés en eau fraîche pour vivre cette expérience originale que propose l’Aquarium du Québec depuis quelques mois.

Publié le 5 février
Valérie Simard
Valérie Simard La Presse

(Québec) Il y a un moment que la directrice de la conservation et officier de plongée de l’Aquarium, Marie-Pierre Lessard, se faisait réclamer cette activité. En visitant l’établissement de Québec, on peut parfois l’apercevoir, elle ou une de ses collègues, à travers les parois vitrées du tunnel du Grand Océan, en train d’entretenir le bassin ou de nourrir les poissons. Difficile pour un plongeur de ne pas l’envier, surtout en cette période pandémique où les occasions de nager dans une eau cristalline ont été réduites quasi à néant.

Après quelques fins de semaine thématiques pendant lesquelles l’attrait pour l’activité a été mesuré, l’Aquarium du Québec, géré par la Société des établissements de plein air du Québec, a décidé d’imiter d’autres aquariums, notamment aux États-Unis, et d’offrir depuis septembre un forfait de plongée sous-marine.

Il importe de détenir sa certification de plongée pour participer. La plongée en apnée n’est pour le moment pas offerte. Vu l’étroitesse du bassin, Marie-Pierre Lessard juge que l’expérience serait moins intéressante.

Une centaine de poissons

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Les visiteurs de l’Aquarium circulent habituellement dans ce tunnel vitré qui traverse le Grand Océan. Lors de notre passage à la mi-janvier, l'établissement était fermé en raison des mesures sanitaires.

Le Grand Océan, qui est situé dans le Pavillon des eaux douces et salées, contient 350 000 L d’eau salée et a une profondeur de 22 pi. Une centaine de poissons d’une quinzaine d’espèces y nagent : des requins-léopards, des bars rayés, des sébastes (noirs, à yeux jaunes, canari) et le plus imposant de tous, Edmond, un sociable esturgeon blanc d’un mètre et demi. On y retrouve aussi bon nombre d’invertébrés tels que des anémones et des étoiles de mer.

Si les eaux sont cristallines et la visibilité est excellente, il ne faut pas s’attendre à des températures tropicales. Le bassin reproduit l’écosystème du Pacifique Nord, à la hauteur de Vancouver. L’eau est donc à une température de 13 °C (55 °F). La combinaison isothermique ou étanche est de mise.

L’activité débute par une présentation du métier de plongeur scientifique, plus spécifiquement ceux qui, comme Marie-Pierre Lessard, travaillent dans les aquariums et veillent au bien-être des animaux. S’ensuit une plongée de 30 minutes à l’intérieur du bassin pendant laquelle on nettoie la paroi du tunnel, pour permettre aux spectateurs de bien apprécier la vue, on procède à l’identification des espèces et, surtout, on nourrit les poissons avec un bocal qui contient des morceaux de poisson, des crevettes, des mollusques et des cubes qui ne sont pas du tofu, mais plutôt une préparation spéciale à base de maquereau, d’éperlan d’eau salée, de moules et de moulée.

« Aujourd’hui, les poissons sont dus pour manger, ils vont avoir quand même assez faim », nous dit Marie-Pierre Lessard avant la mise à l’eau.

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Notre journaliste nourrit un sébaste particulièrement gourmand.

C’est important de prendre son temps. Ce n’est pas tous les poissons qui vont venir nous voir et manger à la main. Si tu laisses tomber la nourriture, les poissons vont venir manger devant toi.

Marie-Pierre Lessard, directrice de la conservation et officier de plongée à l’Aquarium du Québec

Les plus gourmands ne se font pas discrets ; les sébastes nous suivent de près et ne ratent pas une occasion d’engloutir l’éperlan qu’on leur tend. En temps normal, l’activité se déroule sous le regard émerveillé des visiteurs qui sont à l’intérieur du tunnel. Lors de notre passage, l’Aquarium était fermé en raison des mesures sanitaires. Il a rouvert jeudi dernier.

« Certaines personnes vont trouver ça un peu plus stressant de plonger devant des gens, mais une fois que le stress des premières minutes est parti, elles adorent ça », remarque Marie-Pierre Lessard. Pour les enfants et les conjoints, c’est aussi l’occasion de voir leur proche à l’œuvre.

Moment méditatif

  • Les plongeurs d’un jour sont mis à contribution pour nettoyer
 les vitres qui permettent aux visiteurs d’apprécier le spectacle.

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    Les plongeurs d’un jour sont mis à contribution pour nettoyer
 les vitres qui permettent aux visiteurs d’apprécier le spectacle.

  • Un léger courant circule dans le bassin. Marie-Pierre Lessard dépose une poignée avec ventouse sur le tunnel pour permettre aux plongeurs qui le souhaitent de s’y accrocher.

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    Un léger courant circule dans le bassin. Marie-Pierre Lessard dépose une poignée avec ventouse sur le tunnel pour permettre aux plongeurs qui le souhaitent de s’y accrocher.

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De l’autre côté de la vitre, à l’intérieur du bassin, l’heure est à la méditation. L’espace, plutôt restreint, n’appelle pas aux grands déplacements. On s’arrête, on flotte, on contemple et on apprécie le silence que seul le bruit de notre respiration rompt.

« C’est vraiment le temps de relaxer et de laisser les poissons venir », a indiqué Marie-Pierre Lessard avant la plongée.

On plonge avec eux presque tous les jours. C’est un beau moment. Ils sont habitués qu’on soit là. Plus tu es calme, plus ils vont venir près.

Marie-Pierre Lessard, directrice de la conservation et officier de plongée à l’Aquarium du Québec

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Marie-Pierre Lessard

Bien que les poissons soient habitués à côtoyer des humains palmés, le nombre de plongeurs qu’accueille l’Aquarium chaque mois est limité. Trois jours par mois, jusqu’à quatre plongeurs peuvent se mouiller, toujours deux à la fois maximum dans le bassin. Pour éviter toute contamination, leur matériel est désinfecté avant la plongée.

Après chaque journée d’activité, les guides animaliers portent attention à l’alimentation et au comportement des poissons. « Si on constatait que ça créait un stress quelconque sur les animaux, on modifierait l’activité ou on l’arrêterait, dit celle qui détient une formation de technicienne en santé animale. Jusqu’à présent, ça va bien. On n’a pas eu de mortalité, de baisse d’appétit, de problèmes de santé majeurs qui pourraient être en lien avec ça. »

Dans quelques mois, la collection qui peuple le Grand Océan depuis les grandes rénovations de 2002 sera remplacée. Les espèces du Pacifique Nord seront amenées dans un autre bassin pour laisser la place à leurs voisines du sud, celles qu’on retrouve à la hauteur de la Californie. De 13 °C, l’eau passera à 18 °C. Que les plongeurs frileux se le tiennent pour dit !

À savoir

  • Marie-Pierre Lessard enfile son équipement avant la mise à l’eau.

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    Marie-Pierre Lessard enfile son équipement avant la mise à l’eau.

  • Sa collègue Catherine Rousseau, conservatrice, désinfecte notre équipement avant la plongée.

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    Sa collègue Catherine Rousseau, conservatrice, désinfecte notre équipement avant la plongée.

  • Le moment est venu d’amorcer la descente.

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    Le moment est venu d’amorcer la descente.

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Durée de l’activité : 3 heures

Coût du forfait : 250 $ par personne, taxes en sus

Prérequis : certification niveau 1 et âge minimal de 14 ans

Matériel nécessaire : détendeur, combinaison étanche ou isothermique (minimum 7 mm), masque, cagoule, gants, bottes et carnet de plongée

Consultez la page de l’Aquarium du Québec