Les Québécois qui veulent réserver un chalet dans les parcs nationaux pour l’été 2022 peuvent le faire dès ce samedi. Dans un contexte où la COVID-19 rend souvent difficile toute planification, cette façon de faire suscite du mécontentement. Alors que le tourisme au Québec a connu un véritable engouement l’été dernier, la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) dit qu’elle ne fait que s’aligner sur le reste de l’industrie touristique.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Traditionnellement, Stéphanie Pelletier commence à penser à ses vacances estivales pendant le temps des Fêtes. Ainsi, l’an dernier, elle se croyait presque en avance quand elle a voulu réserver un chalet dans un parc national, 11 mois avant la date prévue du séjour.

Il ne restait que quatre jours de libres dans le parc national qu’elle convoitait, celui de la Pointe-Taillon, au Lac-Saint-Jean. Elle a ajusté ses vacances en conséquence.

Le scénario se répète cette année. C’est ce samedi que seront mis en location 700 chalets pour l’été 2022. En mai, ce sera au tour des terrains de camping.

Je trouve que c’est dommage pour les gens qui n’ont jamais expérimenté le camping ou qui veulent partir à la dernière minute. Ça doit toujours être les mêmes qui savent qu’il faut réserver aussi tôt, les autres ne peuvent s’en prévaloir.

Stéphanie Pelletier, qui voyage avec son conjoint et leurs quatre enfants

Amélie Fortin considère pour sa part que la politique de réservation de la SEPAQ va à l’encontre de sa mission qui, dit-elle, « est censée favoriser l’accessibilité à la nature ».

Une pratique de l’industrie, dit la SEPAQ

Dans le cas des chalets, ce n’est pas une nouvelle pratique et il en est ainsi depuis 2012, argue la SEPAQ. Il s’agit de « rebooking », une pratique de l’industrie qui permet de réserver dès la fin d’un séjour touristique « la même chose ou l’équivalent pour l’année suivante ».

Sur Facebook, cette réponse n’a pas satisfait les gens. La SEPAQ est financée par tous les Québécois, ont relevé plusieurs. « Vous ne devriez pas fonctionner comme un locateur privé », écrit une femme. C’est sans compter l’argent qu’il faut investir pour garantir la réservation, ont ajouté d’autres.

Professeur émérite en tourisme et fondateur de la Chaire de tourisme Transat-UQAM, Michel Archambault observe qu’en matière de tourisme, le plein air est le grand gagnant de la pandémie. Selon lui, la société d’État n’a aucune raison de faire du « rebooking ».

La demande est tellement forte que si j’annule, il y a peut-être huit personnes derrière moi qui veulent avoir la même réservation.

Michel Archambault, professeur émérite en tourisme et fondateur de la Chaire de tourisme Transat-UQAM

Le porte-parole de la SEPAQ confirme que la pandémie crée un « engouement exceptionnel » pour les parcs nationaux. « Après l’expérience de l’année dernière, les gens ont été plus beaucoup nombreux à réserver pour cet été, ce qui raréfie les possibilités actuelles de mettre la main sur un chalet dans les périodes de pointe », nous écrit Simon Boivin. Il ajoute « qu’en général, lors de l’ouverture des réservations pour les chalets, il se réserve environ 10 % de l’offre totale disponible pour la période ».

Parcs Canada plus flexible

Parcs Canada a un système qui permet de planifier avec beaucoup moins d’avance, note Amélie Boivin. « Si on exclut les travailleurs de la construction et les professeurs, personne ne connaît ses dates de vacances plus d’un an à l’avance », observe-t-elle.

Vérification faite, les réservations de camping et de chalets pour les parcs nationaux fédéraux s’ouvrent en avril (la semaine prochaine pour les parcs du Québec) et permettront de réserver jusqu’à l’automne 2021.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Dans les parcs nationaux fédéraux, on peut réserver chalets et camping jusqu’à l’automne 2021.

Michel Archambault croit lui aussi que la SEPAQ pourrait « attendre un peu » avant d’ouvrir les réservations de 2022. « Qu’est-ce qui va se passer d’ici un an ? Je ne le sais pas », dit-il, tout en ajoutant que selon l’évolution de la pandémie, on peut parier que bien des gens voudront de nouveau voyager à l’international rendus là.

Chose certaine, les villégiateurs prévoyants devront oublier la grasse matinée ce samedi et s’armer de patience face à leur ordinateur. « La meilleure façon de mettre la main sur le séjour espéré est d’être sur la ligne de départ dès l’ouverture, au moment où le calendrier de réservation est encore intouché », expliquait la SEPAQ dans un communiqué diffusé cette semaine.