Des Québécois frustrés de ne pouvoir voyager, des salles à manger fermées, des hôtels aux abois : tous les éléments sont réunis pour que le concept de gastronomie en chambre cartonne par les temps qui courent. Le phénomène prend de l’ampleur et fait d’ailleurs partie de la programmation de Montréal en lumière.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Quinze hôtels participent au volet Couette et gastronomie du festival. Quelques-uns d’entre eux offraient déjà de tels forfaits pour Québécois en mal de sorties. D’autres se sont associés à des restaurants voisins ou amis pour proposer de nouvelles expériences prometteuses.

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C’est le cas du charmant Boxotel, où on peut présentement déguster la cuisine d’État-Major, restaurant « apportez votre vin » situé dans Hochelaga-Maisonneuve. N’oubliez d’ailleurs pas d’apporter le vôtre, pour accompagner le repas en chambre !

Mais comment servir un repas en cinq services à la bonne température alors que l’ensemble du menu doit normalement être livré d’un coup, sans allées et venues des cuisines aux étages ? Voilà un des défis auxquels font face les restaurateurs qui doivent concevoir un menu de chambre d’hôtel. Au Boxotel, la question ne se pose pas, chacune des unités du superbe petit établissement de la rue Ontario possédant une cuisine avec four, micro-ondes, réfrigérateur, vaisselle de céramiste, couverts, etc.

  • Chaque chambre du Boxotel est équipée d’une petite cuisine.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    Chaque chambre du Boxotel est équipée d’une petite cuisine.

  • Le Boxotel s’est fait faire de la vaisselle personnalisée par le potier Benoît Daigle.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    Le Boxotel s’est fait faire de la vaisselle personnalisée par le potier Benoît Daigle.

  • Le baignoire est à n’en point douter un des attraits de la chambre 301 du Boxotel.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

    Le baignoire est à n’en point douter un des attraits de la chambre 301 du Boxotel.

  • La salade de pieuvre et de calmars est une des entrées froides qui vous seront servies au Boxotel, dans le cadre de son jumelage avec le restaurant État-Major, pour Montréal en lumière.

    PHOTO CONSTANCE TASSÉ-GAGNON, FOURNIE PAR ÉTAT-MAJOR

    La salade de pieuvre et de calmars est une des entrées froides qui vous seront servies au Boxotel, dans le cadre de son jumelage avec le restaurant État-Major, pour Montréal en lumière.

  • La pintade est un des plats principaux des deux menus proposés par le restaurant État-Major, au Boxotel.

    PHOTO CONSTANCE TASSÉ-GAGNON, FOURNIE PAR ÉTAT-MAJOR

    La pintade est un des plats principaux des deux menus proposés par le restaurant État-Major, au Boxotel.

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Les cinq services étaient déjà en chambre à notre arrivée, peu de temps avant le couvre-feu. On pouvait prendre l’apéro tranquille, avec les bouchées, puis faire chauffer plus tard les plats qui en avaient besoin, comme les cavatelli au porc effiloché, aux champignons et à la crème à la moutarde, puis la pintade avec sauce au porto. Les portions étaient suffisamment généreuses pour que le frigo ait son utilité.

Comme l’ouverture d’un café Troisième tasse au Boxotel a été reportée, on trouvera un petit pot de grains moulus et une cafetière à piston dans la chambre, pour la première dose de caféine matinale. Pour la deuxième dose et pour le petit-déjeuner, il y a le Pista à exactement quatre minutes de marche, sur le boulevard Saint-Laurent.

Faire plaisir avant tout

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Marie-Jeanne Rivard est propriétaire du Boxotel.

Marie-Jeanne Rivard, propriétaire du Boxotel, n’est pas malheureuse de ce petit coup de pouce du mois de mars que lui donne la programmation Couette et gastronomie du festival Montréal en lumière. Elle songe même à prolonger l’offre au-delà des dates du festival, du moins jusqu’au retour d’un service de restauration à l’hôtel, qui a autrefois accueilli les restaurants Capsa et Toboggan Club, dirigés par Danny St Pierre.

Mais les forfaits de type « couette et gastronomie » sont loin d’être une panacée pour les hôtels. Les taux d’occupation de pandémie continuent de stagner à 15-20 %.

C’est clair que ça ne va pas nous sauver, mais les repas en chambre attirent du monde dans nos hôtels et nous donnent l’impression d’être occupés. Ça nous permet aussi de retenir des employés.

Marie Pier Germain, vice-présidente, marketing, du Groupe Germain

« Qu’est-ce qu’on va faire à la réouverture quand tout le personnel de l’hôtellerie et de la restauration sera parti travailler ailleurs ? », s’inquiète Mme Germain.

Plutôt que de se morfondre, les hôteliers préfèrent donc mettre en place des projets réjouissants. « Les gens sont fatigués, déprimés en ce moment, regrette Mme Germain. Mais ceux et celles qui viennent dans nos hôtels repartent le matin super contents. Ça leur a fait plaisir de changer d’air. C’est une autre clientèle que celle qu’on a l’habitude de voir et qui voyage pour affaires. Ce sont des gens qui ont vraiment très envie d’être là et d’en profiter. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

On peut ajouter des huîtres et d’autres petits extras à son menu en chambre, dans les hôtels Germain.

Le Germain Montréal propose un menu de quatre services préparé dans son restaurant, Le Boulevardier. À Québec, l’hôtel fait équipe avec des restaurants de la capitale, comme le Groupe La Tanière et Rioux & Pettigrew. L’hôtel ESCAD du DIX30 sert un souper de trois services de la Brasserie T, forfait très populaire auprès des gens de la Rive-Sud et d’ailleurs.

« Avant la pandémie, manger dans sa chambre, c’était presque une punition. Et les chefs détestaient cuisiner pour le service aux chambres. On a revu notre offre et maintenant, c’est une activité en soi ! Manger devient le prétexte pour aller à l’hôtel », dit en riant Mme Germain.

Rafraîchir son image

Manger un repas des nouveaux chouchous de la gastronomie québécoise, Menu Extra (lisez notre dossier dans la section Gourmand), devient certainement un prétexte pour passer la nuit au DoubleTree, en pleine place des Festivals, les 18, 19 ou 20 mars. Votre table placée devant la grande fenêtre donnera sur les installations lumineuses de Montréal en lumière.

PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Les cinq plats préparés par Menu Extra pour son évènement Couette et gastronomie à l’hôtel DoubleTree, dans le cadre de Montréal en lumière

C’est Kevin Pouliot, nouveau directeur « outlet », responsable des services de restauration de l’hôtel de 600 chambres, qui est à l’origine de cet évènement. Autrefois au William Gray, il avait mis en place une première collaboration avec Menu Extra dans le cadre d’un concours très exclusif, en décembre.

« Quand je suis arrivé au DoubleTree, j’ai recontacté les gars. On a la vue la plus spectaculaire de Montréal en lumière. Il fallait en profiter. Dans notre cas, je vois cette expérience comme une belle occasion de montrer le virage que prend l’hôtel vers une image plus jeune.

On vient d’investir 11 millions en rénovations. Le design des nouveaux espaces de restauration, dont le Bivouac, le HUB, qui est notre resto de déjeuner avec un arbre en plein centre, HALTE par Bivouac, le prêt-à-manger/épicerie fine, et LOGE, pour notre clientèle membre, est signé Zébulon Perron. On a vraiment hâte de pouvoir montrer tout ça au public.

Kevin Pouliot, de l’hôtel DoubleTree

D’ici là, ceux qui souhaitent soutenir les hôtels montréalais, petits et grands, et les restaurateurs peuvent se faire plaisir avec la cuisine d’Helena Loureiro dans une chambre de l’Intercontinental, celle des restaurants du Central à l’hôtel Monville, celle du Ikanos au Saint-Sulpice, de même que plusieurs autres.

Le prix des forfaits « Couette et gastronomie » varie de 214 $ à plus de 500 $ la nuit (repas inclus), selon l’hôtel, la catégorie de chambre et le menu. La nuitée gourmande au Boxotel, en chambre de type « loft avec bain », a coûté 335 $ un soir de week-end.

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