(TINGWICK) Réal Fortin roule devant nous, imperturbable sur sa petite DR650. Il enchaîne les virages de chemins qu’il connaît par cœur. Les historiques chemin Craig et chemin Gosford, 5Rang de Sainte-Hélène-de-Chester, la route de la Grande Ligne de Notre-Dame-de-Ham… Le maire de Tingwick aime sa région. Et comme il est lui-même ancien champion de motocross, c’est sur deux roues qu’il a pensé la faire découvrir. Nous l’avons suivi à travers les routes de gravier qui sillonnent cette magnifique région du contrefort des Appalaches, aux confins des Cantons-de-l’Est, de la Beauce et des Bois-Francs.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

C’est l’an dernier que Réal Fortin a pensé à lancer Moto Aventure Bois-Francs (MABF) avec un groupe d’amis passionnés de moto d’aventure. La première randonnée de Moto Aventure Bois-Francs s’est ainsi déroulée de façon plus ou moins officielle en marge du Festival mécanique de Tingwick. C’était assez pour lancer le projet, qui a toutefois été victime de la COVID-19 — l’évènement prévu au printemps dernier ayant été annulé. Mais plus d’une centaine de motards ont répondu à l’appel au début du mois d’août pour participer aux trois randonnées proposées cette journée-là par MABF. Une première, plus courte, mais beaucoup plus intense, allait s’aventurer dans des sentiers plus ou moins carrossables, la deuxième, plus longue, promettait de voir un maximum de pays, alors que la troisième, plus accessible, offrait davantage de points de vue, commentés par Réal Fortin lui-même. Nous l’avons suivi avec enthousiasme.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les randonnées les plus techniques sont généralement réservées aux pilotes de motos de type endurocross.

« Dans la MRC d’Arthabaska, il y a 22 municipalités, dont 15 rurales, nous explique le maire de Tingwick. Le développement se fait autour des grandes villes comme Victoriaville, mais nous, on se retrouve un peu laissés pour compte. On figure toutefois sur les circuits de moto de route, mais il y a aussi tellement de beaux paysages sur les chemins de gravier. J’ai donc demandé à la MRC de m’aider avec un projet-pilote qui permettrait de découvrir les attraits de notre région. »

Mont Arthabaska

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La descente du parc du Mont-Arthabaska

Pas question d’en faire une guerre de clochers, bien au contraire, puisque le premier arrêt de la randonnée « patrimoniale » se fait justement à Victoriaville, au sommet du mont Arthabaska, après avoir admiré les superbes résidences victoriennes au cœur du village du même nom qui a été fusionné à Victoriaville en 1993 — on y trouve notamment le musée Laurier, dans une maison habitée pendant de longues années par l’ancien premier ministre Sir Wilfrid Laurier. Le sommet de la colline de 305 mètres offre un très beau point de vue de Victoriaville, un bistro-bar, un réseau de sentiers de même que la maison des Artisans du Rebut global, édifice construit en 2004 avec un budget de 15 000 $, uniquement à partir de matériaux et matières recyclés.

Réservé aux tout-terrains

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Certains sentiers empruntés lors des randonnées organisées par Moto Aventure Bois-Francs sont réservés aux véhicules tout-terrains.

C’est après le mont Arthabaska que l’on quitte le bitume pour emprunter les chemins de traverse, héritiers d’une région développée en cantons au début du XIXe siècle. Au détour d’un troupeau de dindons sauvages, Réal Fortin nous amène vers Sainte-Hélène-de-Chester par le 5e Rang, ce qui va s’avérer la section la plus technique de la randonnée — le chemin est étroit, rocailleux et comporte plusieurs trous boueux ; c’est probablement le seul endroit réservé aux seuls véhicules tout-terrain, mais ça vaut le coup ! Avant d’entrer dans le minuscule hameau où l’on trouve la fromagerie La Moutonnière et le centre de santé Sainte-Hélène Auberge et Spa, Réal Fortin attire notre attention sur un boisé où un illuminé a pensé un jour construire un aéroport… en commençant par assembler sur place un véritable avion !

Éoliennes et panoramas

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Le parc éolien de Saint-Ferdinand

On met ensuite le cap sur les éoliennes plantées dans les collines au nord-est de Sainte-Hélène. Toujours fascinantes au coup d’œil, il y a une cinquantaine de tours érigées dans la MRC de l’Érable. Cette petite incartade sur le territoire de Saint-Ferdinand met en lumière les projets de MABF, qui compte offrir bientôt de nouveaux tracés. « Pour voir des éoliennes, pas besoin d’aller en Gaspésie, affirme Réal Fortin. On veut par ailleurs tenter de se connecter aux régions voisines, la MRC des Sources et la MRC de l’Érable, notamment. Ça permettrait d’allonger les randonnées, de faire découvrir d’autres beaux endroits champêtres et de nouveaux produits du terroir. » On remet ensuite le cap vers Notre-Dame-de-Ham par le chemin de la Grande Ligne, un impressionnant tracé qui fend les collines en droite ligne en offrant des panoramas à couper le souffle.

Historiques petits outils

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le musée des outils anciens à Saint-Rémi-de-Tingwick

Notre périple nous ramène sur l’asphalte pour le lunch, que l’on dégustera au fascinant Musée des outils anciens de Saint-Rémi-de-Tingwick, qui renferme l’une des plus imposantes collections d’outils anciens au Canada. Les deux étages de cette ancienne école sont divisés en sections, selon l’utilisation qu’on faisait à l’époque de ces outils. Il faut absolument parler au propriétaire, Michel Benoit, qui a commencé à constituer son impressionnante collection il y a près de 60 ans et qui connaît chacune de ces pièces, ou presque. À l’occasion de la prochaine randonnée de MABF, le 12 septembre, Réal Fortin promet aussi de passer par le pont Descormiers : « À chaque randonnée, il va y avoir une nouvelle expérience ou un nouveau point de vue, explique le maire de Tingwick. La prochaine fois, on pourra se rendre au magnifique pont couvert construit en 1904, mais dont l’accès est privé. On va tout le temps donner une raison aux gens de revenir faire la randonnée. »

Mine de Norbestos

PHOTO FOURNIE PAR STÉPHANE PINSONNAULT

Le fond de la mine d’amiante de Norbestos, à Saint-Rémi-de-Tingwick s’est remplie d’eau depuis sa fermeture en 1969.

Après le lunch, le groupe se dirige vers l’ancienne mine d’amiante de Norbestos, aujourd’hui propriété privée — MABF a dû obtenir l’autorisation pour y entrer. Le dépôt de résidus miniers est en fait une véritable montagne grise, à côté de laquelle se trouve l’ancienne mine à ciel ouvert, inondée depuis la fermeture des installations en 1969. On descend à moto jusqu’au bord du lac dans un décor lunaire, spectaculaire et sinistre à la fois.

Les randonneurs complètent la boucle à Tingwick en après-midi, où ils sont accueillis avec une bière de la microbrasserie locale Multi-Brasses. Pour Réal Fortin, il n’y a pas de doute que la moto est une excellente façon de découvrir une région, son terroir et ses attraits. « On est dans les Appalaches, le tourisme à moto d’aventure est parfait pour découvrir le territoire montagneux, un créneau qui n’a jamais été exploité, pas à moto du moins, assure le sportif. De plus, la moto d’aventure est de plus en plus populaire, c’est assez accessible à des motocyclistes plus ou moins novices. Il y a une clientèle pour la découverte, des gens qui veulent vivre une expérience unique. »

Valise perdue et retrouvée

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK DE LUC LAPERLE

Extrait de la publication de Luc Laperle, qui a été partagée à 4200 reprises, ce qui a permis à notre journaliste de retrouver un sac perdu sur la route 216, près de Saint-Adrien.

C’est en arrivant à Tingwick au petit matin que je me suis aperçu qu’il me manquait une valise latérale. Elle s’était décrochée sur la route 216, dans une zone de construction près de Saint-Adrien. Un bon samaritain, lui-même motocycliste à ses heures, a retrouvé le sac, puis en a publié une photo sur les réseaux sociaux, sous les bons conseils de sa fille. Il s’agissait de l’une des premières publications de cet homme de Drummondville qui a seulement 20 amis sur son compte Facebook. Après avoir été partagée 4200 fois par la communauté motocycliste, la publication m’a été retransmise quelques jours plus tard. J’ai pu récupérer mon sac et son contenu. Merci, monsieur Laperle !