Le Défi des cinq sommets est une initiative de deux jeunes de Charlevoix pour faire découvrir des sentiers méconnus de la région et revisiter des classiques. Le stratagème fonctionne. On revient de Charlevoix avec plein de nouvelles idées de randonnées et l’envie féroce d’y retourner rapidement.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

La carte des sentiers du village de Petite-Rivière-Saint-François est étalée sur la table du café de la Coopérative de solidarité l’Affluent, à côté d’une tasse d’un excellent moka. L’objectif de la journée est de faire l’ascension du mont à Liguori, une belle randonnée de plus de 15 km dans le massif de Petite-Rivière-Saint-François. Elle fait partie du Défi des cinq sommets de Charlevoix, une liste de montagnes à gravir pendant la saison de randonnée 2020, soit du mois de juin à la fin du mois d’octobre.

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Une partie de l’équipe de la Coopérative de solidarité L’Affluent, à Petite-Rivière-Saint-François : Lisa-Marie Mongrain-Drolet, Guillaume Néron, Nicky Thomas et Léa Landry-Massicotte.

Il va falloir faire preuve de créativité pour déjouer la météo. Il y a de sérieuses probabilités de précipitations en mi-journée, mais la situation devrait s’améliorer par la suite. Au lieu d’un départ matinal, nous envisageons un départ vers l’heure du midi. Les premières heures de rando risquent d’être humides, mais nous devrions atteindre le sommet avec les éclaircies. Et ce n’est pas bien grave si nous revenons tard : les tentes sont déjà montées au camping de l’Affluent, au départ même du sentier. La bâche est installée au-dessus de la table de pique-nique. Tout sera prêt pour se faire un petit souper sympathique.

En attendant ce départ tardif, c’est l’occasion idéale de bavarder avec Guillaume Néron, un des six jeunes à l’origine de la Coopérative de solidarité L’Affluent. Vers 2015, ils travaillaient sur un projet de développement récréotouristique et social et cherchaient un endroit où l’implanter. De son côté, un agent de développement cherchait à revitaliser un domaine ancestral à l’abandon depuis une quinzaine d’années au pied du massif de la Petite-Rivière-Saint-François. Le projet a pris son envol en 2018 avec une auberge de jeunesse, des emplacements de camping, du prêt-à-camper, une cabane à sucre, un beau réseau de sentiers de randonnée pédestre et un programme d’activités sociales et culturelles pour la communauté.

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Un joli pont au tout début du sentier qui mène au mont à Liguori, dans le massif de la Petite-Rivière-Saint-François.

Le Défi des cinq sommets a contribué à faire connaître le réseau de sentiers de la Petite-Rivière-Saint-François, raconte Guillaume Néron en sirotant son café. C’est la deuxième année que le mont à Liguori figure sur cette liste.

Guillaume Néron aime l’idée du défi, accessible à tous : on peut le faire à son rythme, tranquillement, avec la famille. Ou on peut se lancer dans la performance et tenter d’enfiler les cinq sommets dans un temps record.

Une belle éclaircie s’est installée pendant la jasette, nous décidons donc de nous lancer dans le sentier. Dès le début, nous y voyons des choses intéressantes : un très joli pont en arche qui s’élève au-dessus d’un ruisseau, les ruines d’une mini centrale électrique qui desservait un gros total de 108 clients dans les années 30.

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Un peu de brume demeure au-dessus de ce ruisseau, au bord du sentier qui mène au mont à Liguori.

Le sentier a un dénivelé de 782 m. Donc, ça monte. De façon soutenue. Il traverse à quelques reprises la piste de luge qui serpente jusqu’au bas du massif. Si on regarde bien, on y voit de minuscules fraises qui poussent au ras du sol. Dans le reste de la forêt, c’est le vert qui domine : le vert du feuillage, des fougères, de la mousse recouvrant les pierres qui parsèment les ruisseaux.

Tout en haut, une forêt de bouleaux laisse voir... heu... pas grand-chose. L’air très humide ne permet pas de distinguer ce qui devrait être le fleuve Saint-Laurent, au pied du massif. Et le tonnerre commence à se faire entendre, pas trop loin. Nous nous hâtons pour atteindre le refuge de départ des lugeurs. Si l’orage se déclenche, nous serons à l’abri. Mais voilà, l’orage va se promener ailleurs, le soleil s’installe pour de bon. En cette fin d’après-midi, l’air s’éclaircit et nous pouvons enfin voir le fleuve tout en bas, un panorama aux tons de bleu. Nous apercevons de gros bateaux, l’île aux Grues. Ce départ tardif était vraiment une bonne idée.

Un petit effort, une immense vue

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Un couple admire la vue du haut du belvédère du mont à Liguori.

Il y a de ces sentiers qui offrent un maximum de vues avec un minimum de temps et d’effort. Le mont du Dôme est de ceux-là. Avec une boucle de 7,8 km, c’est le sentier idéal pour ceux qui arrivent un peu tard dans Charlevoix et qui n’ont pas envie d’attendre au lendemain pour entamer le Défi des cinq sommets. Il y a d’ailleurs un avantage à démarrer la randonnée un peu sur le tard : les autres randonneurs sortent alors du sentier, on a celui-ci tout à soi.

Cette année, le mont du Dôme remplace le sentier du mont du Lac-des-Cygnes, dans le parc national des Grands-Jardins, sur la liste du Défi des cinq sommets. Le sentier du mont du Lac-des-Cygnes est réputé pour sa très grande beauté. C’est un peu le problème : il y a du monde. Par comparaison, une petite visite au mont du Dôme permet de respirer. Bien sûr, il faut faire un effort parce que son dénivelé de 360 m n’est pas négligeable.

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Une toute jeune forêt est née des cendres d’un grand incendie en 1991.

Le sentier est particulièrement intéressant parce qu’il traverse une forêt très jeune. Il y a eu ici un important incendie de forêt en 1991 qui a détruit la végétation. Depuis, des arbres ont poussé, mais ils sont encore minces et sveltes.

Encore un petit effort et nous atteignons le sommet, avec un joli choix de points de vue : d’un côté, le mont du Lac-des-Cygnes, de l’autre, les montagnes de l’arrière-pays. C’est beau et vaste. Mais le plus extraordinaire se trouve à nos pieds : de remarquables lichens s’étalent en couches concentriques plus ou moins régulières sur les rochers.

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Les sommets permettent d’admirer divers types de lichens.

Au retour, le sentier suit un peu la rive du lac du Gros Ruisseau, paisible en cette fin d’après-midi.

Le mont du Dôme, situé dans la zone d’exploitation contrôlée (zec) des Martres, fait partie d’un ensemble de sentiers qui cernent le grand sentier de la Traversée de Charlevoix. Un petit coup d’œil sur la carte du secteur met l’eau à la bouche : tous ces beaux sentiers à se mettre sous la dent ! L’un d’eux, le sentier du mont du lac à l’Empêche et du mont du Four, faisait d’ailleurs partie du Défi des cinq sommets l’année dernière.

Il reste encore deux ou trois heures avant le retour à Montréal. Pourquoi ne pas en profiter pour connaître davantage ce coin de la zec des Martres ? Il y a justement un candidat parfait : le sentier des Sommets, une boucle de 12 km qui visite trois sommets, mais qu’il est possible de raccourcir en laissant tomber des sommets et en revenant sur ses pas au lieu de terminer la boucle. Lorsque le temps presse, il faut faire des choix et c’est le mont du lac à l’Écluse qui semble le plus prometteur. Et c’est exactement le cas. Le petit cap rocheux offre une vue panoramique remarquable. En bas, sur le lac à l’Écluse, deux pêcheurs prennent le temps de vivre à bord d’un canot. En face, le pic de l’Aigle exhibe fièrement ses murailles de pierre. Mais encore ici, il faut baisser les yeux pour observer d’autres attraits. C’est la taïga qui règne ici, une végétation où se côtoient différents types de lichens, du thé du Labrador et du bleuet (le petit fruit n’a pas encore montré le bout de son nez : il faudra attendre le mois d’août pour cela). Cette végétation subalpine forme un superbe jardin sauvage.

Il faudra revenir pour terminer la boucle et goûter aux autres sentiers du secteur.

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Le sentier des sommets, dans la zec des Martres, permet d’atteindre d’autres très beaux points de vue.

Et les autres

Les créateurs du Défi des cinq sommets, Louis-Philippe Dufour-Chang et Cloé Saint-Pierre, cherchaient une façon d’amener les gens à aller au-delà des deux grands classiques de la randonnée pédestre à Charlevoix que sont l’Acropole des Draveurs et le mont du Lac-des-Cygnes.

« Nous voulions qu’ils se rendent plus loin, dans des sentiers méconnus gérés par des organismes à but non lucratif », raconte M. Dufour-Chang.

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Marcher dans Charlevoix, c’est marcher dans des paysages magnifiques. En arrière-plan, le pic de l’Aigle.

Le Défi des cinq sommets en est à sa quatrième présentation. Chaque année, on apporte certains changements à la liste, notamment pour apporter du nouveau et pour faire en sorte que ceux qui ont déjà accompli le défi dans le passé aient envie de le refaire.

Voici la liste de la présentation 2020 du Défi des cinq sommets

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On va revenir, c’est sûr.

• L’Acropole des Draveurs (Parc national des Hautes-Gorges)

• Le Dôme (Traversée de Charlevoix, zec des Martres)

• Le mont des Morios (Association du Territoire libre, Saint-Aimé-des-Lacs)

• Le Menaud (zec du Lac-au-Sable)

• Le mont à Liguori (Coopérative de solidarité L’Affluent, Petite-Rivière-Saint-François)

> Consultez le site du Défi des cinq sommets