Les auberges de jeunesse donnent l’occasion de côtoyer des gens du monde entier dans une salle de séjour chaleureuse, dans une cuisine commune, dans un dortoir. En temps de pandémie, ce qui représentait un attrait pour plusieurs voyageurs est devenu un handicap. Les auberges de jeunesse survivront-elles à la COVID-19 ?

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Déjà, l’Auberge Bishop de Montréal a mis fin à ses activités le 30 mars dernier, sans toutefois préciser si c’était le virus qui l’avait terrassée.

Toutefois, chez Hostelling International Canada, on demeure optimiste, même si on sait qu’on devra s’adapter.

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L’image des auberges de jeunesse commence à changer. Ici, le lobby de l’auberge de Jasper, en Alberta.

Nous savons que nous n’aurons pas un été 2020 incroyable avec nos auberges remplies de visiteurs internationaux, nous nous sommes faits à l’idée. Ça va être un peu plus difficile, mais nous espérons que les voyageurs canadiens auront envie d’encourager les opérateurs d’ici.

Gaël Chartrand, directrice du marketing de Hostelling International Canada

Hostelling International Canada a effectué un sondage auprès de sa clientèle et des abonnés de certains influenceurs pour savoir sur quel pied danser. « Les résultats sont quand même encourageants, affirme Mme Chartrand. Jusqu’à présent, 79 % des gens ont dit qu’ils allaient voyager de nouveau et 73 % ont fait savoir que les auberges de jeunesse faisaient partie des trois types d’hébergement qu’ils utiliseraient lors d’un futur voyage. » Évidemment, reste à savoir si ces intentions se traduiront en gestes réels.

Dortoir, salle de bains et cuisine communes

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La question se pose au sujet de l’ouverture des dortoirs des auberges de jeunesse cet été.

Mme Chartrand note que le sondage révèle un intérêt plus mitigé envers les dortoirs, qui constitueraient le choix de 50 % des répondants. « Est-ce que nous allons les ouvrir ou pas ? Nous attendons les consignes gouvernementales. » Elle indique que, dans certains pays, on a décidé de conserver les dortoirs, mais d’en réduire la capacité. Par exemple, personne n’utilise la couchette du haut d’un lit superposé et les lits sont distancés de 2 m.

La plupart des auberges de jeunesse offrent des chambres privées, certaines avec salle de bains privée, certaines avec salle de bains commune. « Les salles de bains partagées, c’est un enjeu », admet Mme Chartrand.

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On peut avoir accès à des chambres privées dans les auberges de jeunesse.

Pierre Bellavance, propriétaire de l’auberge de jeunesse La Belle Planète, à Québec, affirme que les dortoirs étaient en perte de popularité avant même la pandémie. « Au cours des dernières années, on a diminué le nombre de lits dans nos dortoirs pour les faire passer de huit à six lits, indique-t-il. Nous avons enlevé un dortoir l’année dernière et nous devions en enlever un autre cette année. »

Il ne pense pas mettre l’accent sur les dortoirs cette année, sauf peut-être pour les groupes de trois ou quatre personnes qui voudraient être ensemble. Il favorisera donc les chambres privées et exigera peut-être des séjours minimums de deux ou trois jours, ce qui diminuera les risques en réduisant les allées et venues et facilitera la désinfection entre les clients.

« De toute façon, pour visiter une ville comme Québec ou Montréal, une ou deux journées, ce n’est pas assez », lance M. Bellavance.

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Les auberges de jeunesse devront assurer la distanciation sociale dans les espaces communs. Ici, une salle commune de l’auberge de jeunesse d’Ottawa, située dans une ancienne prison.

L’autre grand enjeu, c’est la cuisine commune. « Normalement, on a 40 ou 42 clients par jour, indique le propriétaire de La Belle Planète. Si tout le monde se fait une tartine ou un spaghetti, ça fait 40 fois le nombre de fourchettes, de chaises, d’armoires. Je me vois mal assurer un service de désinfection toutes les 15 ou 30 minutes. On va peut-être la fermer temporairement. » Le problème va peut-être se régler de lui-même en raison d’une baisse probable de l’achalandage à l’auberge.

Les voyageurs « vont revenir »

Pierre Bellavance se montre quand même optimiste. « Les gens ont la piqûre du voyage, ils vont revenir. Pas plus tard que ce matin [le 20 mai], j’ai reçu un courriel d’un Allemand qui est déjà venu ici et qui veut revenir. »

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L’auberge de jeunesse de Lake Louise, en Alberta.

Gaël Chartrand est aussi optimiste au sujet du réseau d’auberges de Hostelling International Canada, qui compte 52 établissements à travers le pays. En théorie, les auberges de jeunesse devraient être plus à risque que les autres types d’hébergement en raison de leur nature plus communautaire, « mais en même temps, nous avons une clientèle super résistante, à en croire nos sondages », estime Mme Chartrand.

Les jeunes ont tendance à avoir moins peur, étant moins affectés par la crise. Est-ce qu’ils vont être au rendez-vous ? C’est ce que nous essayons d’évaluer.

Gaël Chartrand, directrice du marketing de Hostelling International Canada

Malgré la fermeture de leur auberge, les responsables de l’Auberge Bishop croient encore en cette formule. « Lorsque le monde sera prêt à revoir des explorateurs, nous vous encourageons vivement à réserver dans une auberge de jeunesse, quelle que soit votre destination, écrivent-ils dans leur message d’adieu sur Facebook. Nous savons tous que les meilleurs souvenirs de voyage se font au sein des auberges et une auberge est un endroit idéal pour voyager tout en restant sur place. »