Si beaucoup d’hôtels « ont suspendu leurs activités » avec la crise du coronavirus et l’annulation de plusieurs grands festivals, ils ne sont pas fermés, car il y aura – un jour – une relance touristique. Certains établissements sont néanmoins ouverts parce que leur service est jugé « essentiel » par le gouvernement. Portrait de la situation.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Les hôtels montréalais ont un taux d’occupation famélique entre 1 % et 2 %. Si la plupart « ont suspendu leurs activités », certains demeurent ouverts, car ils sont considérés comme un « service essentiel ».

Au cours des dernières nuits, des hôtels ont ouvert les lumières de certaines chambres pour reproduire un cœur.

Une façon de dire que « ça va bien aller ».

Certes, il y aura une relance touristique, mais quand ?

« On vise le quatrième trimestre », nous disait la semaine dernière Yves Lalumière, président et directeur général de Tourisme Montréal.

À très court terme, la « priorité » de Tourisme Montréal est de reporter de – de 2021 à 2024 – les grands congrès internationaux qui devaient avoir lieu ce printemps. « Cela implique des réservations de gros blocs de chambres d’hôtel », précise-t-il.

Il y a deux semaines, Tourisme Montréal avait encore bon espoir de reprogrammer une partie de « l’été culturel à l’automne ». Mais depuis, il y a eu une pluie d’annulations.

Si Juste pour rire est reporté à l’automne, les Francos et le Festival international de jazz de Montréal ne reviendront que l’an prochain. Montréal complètement cirque est aussi annulé. Et les festivals du mois d’août du promoteur evenko, dont Osheaga, n’auront pas lieu aux dates prévues, puisque le gouvernement a demandé vendredi l'annulation de tous les festivals prévus avant le 31 août.

« Nous ne voyons pas encore la lumière au bout du tunnel », souligne Manuela Goya, vice-présidente, développement de la destination et affaires publiques, chez Tourisme Montréal. Il n'y a rien de pire que l'incertitude [...] L’idée est de retrouver les festivals comme ils ont toujours été après le tsunami sans trop les amputer », fait-elle valoir. 

Chose certaine, les gens vont prendre du temps avant de se réunir dans un événement public.

Il y aura une période de transition. Le confinement ne s’arrêtera pas magiquement du jour au lendemain [...] Mais l'idée est d'être prêt à toute éventualité.

Manuela Goya, de Tourisme Montréal

Qui séjourne dans les hôtels ouverts ?

Ève Paré, présidente-directrice générale de l’Association des hôtels du Grand Montréal (AHGM), estime que la moitié de ses membres « ont suspendu leurs activités ».

Des dizaines de milliers d’employés ont été mis à pied.

Certains hôtels demeurent néanmoins ouverts et offrent un « service essentiel », rappelle Mme Paré.

Pour qui ? « Notamment pour les gens qui sont dans la gestion de la crise, indique-t-elle. Des gens de la sécurité et de la santé publique, de la défense nationale, des cheminots, de la Croix-Rouge. Nous avons même des gens qui étaient dans les inondations l’an dernier. Il y a aussi des gens de l’étranger qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays. »

« Au début de la crise, il y avait les membres des équipages aériens, ajoute Mme Paré. Et des hôtels ont accepté de recevoir des gens qui revenaient de voyage et qui devaient être en confinement. Ils ont mis en place les mesures de protection nécessaires. »

Parmi ses membres à Montréal, Mme Paré n’a pas eu écho d’hôtel « réquisitionné » par les gouvernements. Or, l'AHGM analyse comme elle pourrait aider les gens qui devaient emménager dans une maison neuve et qui pourraient se retrouver à la rue.

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Certains « patients sous surveillance » sont dans des hôtels en périphérie de Montréal au lieu d’être à l’hôpital, confirme néanmoins Mme Paré.

« Et nous avons été appelés à collaborer dans un nombre incalculable de situations », ajoute-t-elle.

Ève Paré se réjouit que les hôteliers montréalais toujours en activité aient été nombreux à répondre à son « appel à la solidarité ». Résultat : une trentaine d’établissements réserveront des centaines de chambres au personnel soignant des hôpitaux de la métropole à des tarifs très abordables.

« Les établissements hôteliers souhaitent ainsi soutenir le personnel soignant en leur offrant la possibilité d’aller à l’hôtel pour se reposer, indique Ève Paré. Les gens qui bénéficieront de cette offre éliminent des déplacements superflus, évitent de retourner dans leur famille et limitent conséquemment les risques de propagation tout en misant sur une nuit réparatrice. Les établissements hôteliers ont évidemment mis en place, depuis plusieurs semaines déjà, des mesures sanitaires renforcées. »

Des coûts fixes importants

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Christiane Germain, cofondatrice et coprésidente de Germain Hôtels

Christiane Germain, cofondatrice et coprésidente de Germain Hôtels, indique que 13 de ses établissements sont ouverts au Canada. Dans la province, ceux de Charlevoix, Québec et Montréal demeurent en fonction.

La clientèle est « marginale ». « Nous avons décidé de rester ouverts, car d’être ouvert et fermé est sensiblement la même chose en termes de coûts. Même si nos immeubles ne sont pas en opération, il faut en assurer la surveillance. Il y a peu d’invités, donc nous fonctionnons avec le strict minimum de personnel. »

« Il faut comprendre qu’un hôtel, même s’il n’est pas ouvert, a des coûts fixes importants à assumer, renchérit Ève Paré. La sécurité, la maintenance. […] Et les revenus sont soudainement tombés à zéro. »

« Nous assurons un service essentiel à la population, rappelle Mme Germain. Et on se dit que dès qu’il y aura un petit signe de relance, ce sera plus facile de repartir la machine. »

Comme femme d’affaires et entrepreneure, Mme Germain avoue qu'elle regarde la situation « une journée à la fois ». « Nous sommes en train d’écrire un livre, dit-elle. Nous n’avons pas de repères. On va finir par s’en sortir. On ne sait pas quand, mais il va y avoir une fin. »

Des dizaines de milliers d’emplois

En attendant, les dizaines de milliers d’employés de l’industrie hôtelière de Montréal ont été mis à pied.

Le 12 février dernier, raconte Mme Paré, l’Association des hôtels du Grand Montréal a fait une journée de recrutement au Palais des congrès pour combler des emplois vacants, notamment avec des candidats immigrants. « Il y avait 1000 personnes. Nous étions en pénurie de main-d’œuvre. Nous courions après le monde… Bien un mois plus tard, nous mettions tout notre monde dehors. Cela n’a aucun bon sens. »

« C’est le moment le plus difficile de ma vie d’entrepreneure, confie Mme Germain, qui a dû mettre à pied près de 1000 personnes. Nous avions une entreprise en excellente santé avec de belles équipes. Puis, du jour au lendemain, il a fallu s’en départir… »

« C’est une épreuve de la vie, mais il faut se tenir debout pour l’affronter », affirme-t-elle.