Voyager «vert» devient de plus en plus compliqué. Du moins s'il faut se conformer scrupuleusement aux recommandations du «Passeport vert» mis au point sous l'égide de l'UNEP - le Programme environnemental des Nations unies.

André Désiront, collaboration spéciale LA PRESSE

Ce passeport, qu'on peut consulter en ligne sur le site www.unep.fr/greenpassport, a pour objet de sensibiliser les voyageurs aux principes du tourisme durable. Certaines recommandations relèvent du gros bon sens: prendre une douche plutôt qu'un bain pour économiser l'eau; marchander lorsque c'est la coutume, mais éviter de casser les prix; ne pas commander la chair d'animaux appartenant à des espèces menacées comme le thon de l'Atlantique, la tortue, le bar du Chili, etc. Mais d'autres rendent l'exercice de l'activité touristique de plus en plus compliqué.

Ainsi, on conseille de choisir un transporteur aérien qui s'engage pour une «aviation durable», mais un peu plus loin, on mentionne: «Ne vous laissez pas convaincre par les entreprises qui parlent de l'environnement plus qu'elles n'agissent!» Comment distinguer les compagnies qui font réellement des efforts de celles qui jettent de la poudre aux yeux? Le passeport n'en donne aucune indication.

À ceux qui préparent une croisière, le document suggère de choisir des voiliers ou des cargos mixtes, plutôt que les navires de croisières traditionnels aux piscines chauffées où le gaspillage est la norme, notamment dans les salles à manger. Au moment de réserver un hôtel, il recommande de poser une série de questions telles: «Que faites-vous des déchets et des produits recyclables?» ou encore «Quelle est votre politique en ce qui concerne le lavage des draps et des serviettes?»

Dans les restaurants, on est prié de s'en tenir aux spécialités locales afin de soutenir l'agriculture de base des zones rurales menacée par la mondialisation, puisque c'est généralement sur place qu'on produit les aliments et les ingrédients utilisés dans les recettes traditionnelles. Et pour plus ample information, on renvoie au site de la «Table durable» - www.sustainabletable.org - qui s'adresse avant tout aux consommateurs américains. Mieux, le passeport conseille de choisir uniquement les destinations «qui intègrent des pratiques responsables». Comment les distinguer des autres? La liste est donnée sur le site «www.voyagespourlaplanete.com». On y retrouve neuf pays des Caraïbes. Le Mexique en fait partie mais pas Cuba, ni la République dominicaine. En Europe, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark brillent par leur absence. 

La tâche risque de se compliquer également pour les hôteliers, les restaurateurs et les producteurs de vacances - grossistes et agents de voyages. C'est aussi avec la bénédiction de l'UNEP qu'une coalition regroupant 27 entreprises et organismes (parmi lesquels l'Association des agents de voyages américains et l'International Hotel and Restaurant Association) a mis sur pied une liste des 40 critères auxquels devraient se conformer les entreprises qui se réclament du tourisme durable. On y tient autant compte de la culture et des conditions matérielles des communautés locales que de la protection de l'environnement.

Pour le volet social, on stipule que l'entreprise doit s'efforcer d'embaucher équitablement des femmes et des membres des minorités locales, y compris aux postes de direction. Elle doit rémunérer ses employés de manière à ce qu'ils puissent vivre décemment. L'architecture et la décoration des installations de l'entreprise doivent incorporer des éléments du patrimoine culturel et artistique local et cela doit aussi être le cas pour les recettes des plats servis dans ses restaurants.

Pour l'instant, il semble que les consommateurs ne se soucient pas encore trop des enjeux du tourisme vert. En août dernier, un des intervenants à un colloque organisé au Royaume-Uni sur le thème du tourisme durable - Tourism 2023 - a été très clair. «Lorsque les consommateurs entrent dans les agences, ils demandent invariablement: «Combien coûte ce forfait et qu'est-ce qui est compris?» a-t-il lancé. Mais ils ne demandent jamais si cela permet d'acheter des crédits compensatoires pour les émissions de carbone.»