(Mostar) Les courriels d’annulation ne sont plus une surprise pour Almira Grcic, propriétaire d’un hôtel à Mostar. Le nouveau coronavirus a anesthésié le tourisme dans cette ville bosnienne connue pour son Vieux Pont, classé au patrimoine mondial.

Rusmir SMAJILHODZIC
Agence France-Presse

« Annulation... encore une annulation... », dit-elle face à l’écran d’ordinateur, à l’accueil de son hôtel Almira, situé à 200 mètres du célèbre pont, un chef-d’œuvre de l’architecture ottomane.

Derrière elle, les clés de toutes les 21 chambres de son hôtel sont rangées dans les casiers.

« Nous avons eu beaucoup de réservations, tous les jours des groupes de 30 à 50 personnes. On affichait plein de mars à octobre », raconte à l’AFP Mme Grcic, 61 ans, qui dirige également une agence de voyages.

PHOTO ELVIS BARUKCIC, AGENCE FRANCE-PRESSE

Mostar a accueilli en 2019 un million de touristes, des visiteurs étrangers à plus de 90 %. Le tourisme y fait vivre une bonne partie de ses 100 000 habitants.

Mais tout a été annulé jusqu’à fin juin. « Pour juillet, les individuels n’ont pas encore annulé, mais tous les groupes l’ont déjà fait » depuis les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, résume-t-elle.

Pays de 3,5 millions d’habitants, la Bosnie a été plutôt épargnée par l’épidémie de la COVID-19 qui y a fait une centaine de morts.

Magasins cadenassés

Mostar a accueilli en 2019 un million de touristes, des visiteurs étrangers à plus de 90 %. Le tourisme y fait vivre une bonne partie de ses 100 000 habitants.

Depuis la reconstruction en 2004 du Vieux Pont, détruit pendant le conflit intercommunautaire (1992-95), le nombre de touristes n’a cessé d’augmenter.

Mais aujourd’hui, les ruelles des deux côtés de l’arche en dos d’âne sont désertes. La plupart des magasins à souvenirs sont cadenassés.

« En temps normal, les clients attendraient devant et se battraient pour avoir une table », dit Haris Kolicic, 25 ans, gérant du restaurant Urban Grill, dont la terrasse offre une vue splendide sur le Vieux Pont et les eaux vert émeraude de la Neretva.

PHOTO ELVIS BARUKCIC, AGENCE FRANCE-PRESSE

« En temps normal, les clients attendraient devant et se battraient pour avoir une table », dit Haris Kolicic, 25 ans, gérant du restaurant Urban Grill, dont la terrasse offre une vue splendide sur le Vieux Pont et les eaux vert émeraude de la Neretva. On le voit ici avec son père Sejo Kolicic.

Les restaurants devraient prochainement être autorisés à rouvrir aussi, mais Haris pense que ce sera inutile parce que « les rues seront vides comme aujourd’hui ».

« Si on regarde réellement, cette saison est perdue. Nous serons contents si on arrive quand même à en profiter vers la fin, pour sauver nos affaires », explique le jeune homme qui emploie une quinzaine de personnes en saison.

« Nous ne sommes pas les seuls touchés, car les gens auprès desquels nous achetons les produits, la viande, les légumes le sont aussi. C’est une chaîne, tout le monde est affecté », ajoute-t-il.

« Les dégâts sont absolus »

En face de son restaurant, la porte du musée Bosnaseum, un établissement privé qui raconte l’histoire du pays par une vingtaine d’expositions, est fermée aussi depuis mars. Ouvert en 2018, il a depuis accueilli quelque 60 000 visiteurs par an.

« On pourrait ouvrir, mais pour qui ? La ville est déserte, les frontières sont fermées et quand les frontières sont fermées le tourisme meurt. Les dégâts sont absolus », déplore Haris Djonko, 29 ans, directeur du musée.

PHOTO ELVIS BARUKCIC, AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis la reconstruction en 2004 du Vieux Pont, détruit pendant le conflit intercommunautaire (1992-95), le nombre de touristes n’a cessé d’augmenter à Mostar.

Mais même l’ouverture du pays ne mettra pas fin au « désastre », met-il en garde.

« Cette crise a touché presque tous les pays du monde. Le visiteur, dont le portefeuille a été sérieusement mis à mal, devra d’abord réparer son propre budget, avant de voyager », explique Haris Djonko.

L’État ne se dépêche pas pour aider le secteur. Par ailleurs, dans un pays ethniquement divisé, la réponse n’est pas partout pareille.

« L’État ne sait même pas ce qu’est le tourisme », ironise Almira Grcic, ajoutant n’avoir à ce jour obtenu « aucune aide ». Elle espère néanmoins que l’État payera le salaire minimum et les charges de ses employés.

Le peintre Djenad Bakamovic, 62 ans, qui vend ses aquarelles près du pont, est plus optimiste. Il a ouvert sa galerie après deux mois de confinement.

« J’ai repris, pour dessiner et pour faire plaisir à mon âme », dit-il sans interrompre le travail sur un tableau représentant le Vieux Pont. « Nous sommes là et nous attendons les visiteurs. Nous souhaitons qu’ils viennent nous voir en bonne santé ».