Il est désormais possible de trouver des véhicules électriques chez la plupart des entreprises de location des principaux aéroports de Paris. Est-ce possible ensuite de voyager dans la capitale française et ailleurs en Europe sans se retrouver la batterie à plat ? Tout à fait, a découvert récemment une équipe de l’Agence France-Presse (AFP).

Publié le 17 juin
Agence France-Presse

Partir en vacances en voiture électrique, c’est possible : un parcours de 900 km entre la France et la Belgique montre que les bornes de recharge sont bien là, mais qu’il est impératif de préparer son trajet pour éviter la panne sèche, tant le réseau reste embryonnaire par rapport aux stations-service traditionnelles.

Le voyage effectué par une équipe de l’AFP illustre le titanesque défi financier et industriel auquel l’Europe fait face au moment où elle veut interdire la vente de véhicules à essence ou diesel d’ici 13 ans.

PHOTO STÉPHANE MAHÉ, ARCHIVES REUTERS

Renault Captur hybride en recharge

Au départ de Paris, pas de problème dans les bouchons de l’agglomération parisienne : la batterie peut tenir des heures à ce rythme. Mais en arrivant sur l’autoroute, l’électrique dévoile un de ses principaux défauts : l’autonomie passe de 250 km à moins de 100, en bien moins de temps qu’il ne faut pour les parcourir.

Après une première recharge, on arrive avec la jauge à zéro sur l’aire de Verdun, dans le département de la Meuse. Pour une dizaine d’euros, on remplit la batterie à 80 %, les 20 % restants étant plus lents.

Il est essentiel d’anticiper son parcours en fonction de la voiture et de la température extérieure, la batterie se déchargeant plus vite en hiver.

Pour atteindre la Belgique, il faudra charger quatre fois, pendant une trentaine de minutes à chaque pause.

La recharge en itinérance est essentielle dans l’esprit des gens pour passer à l’électrique.

Cécile Goubet, de l’Avere, l’organisation des professionnels du véhicule électrique

Petites routes

Lorsque l’on quitte l’autoroute pour passer en Belgique au moyen des départementales, la consommation baisse, comme la peur de la panne. De nombreux chargeurs de moyenne puissance sont disponibles devant des mairies, chez des concessionnaires, ou devant des supermarchés.

La nuit tombe alors que Bruxelles approche : il faut maintenant trouver un hôtel ou un logement où recharger ses batteries, histoire de repartir avec 100 % d’autonomie.

L’offre se limite encore à des hôtels plutôt huppés ou à quelques Airbnb.

Sur l’aire de Nazareth, près de Gand, des Néerlandais enhardis par la performance de leur réseau de bornes s’arrêtent pour une première charge rapide sur le chemin de la France. « Le problème, c’est qu’entre la Belgique et l’Espagne, il y a la France », plaisante Frank Berg, 55 ans, qui se rend en Espagne avec sa femme Olga.

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Toutes les aires d’autoroute françaises doivent être équipées d’un réseau de recharge rapide d’ici la fin de l’année.

La France en retard

Par rapport aux Pays-Bas ou à l’Allemagne, le réseau de recharge rapide français est encore bien incomplet. Par décret, toutes les aires d’autoroute françaises doivent être équipées d’ici la fin de l’année.

Isabelle Inder, 34 ans, fait aussi le voyage vers la Champagne avec sa compagne Antalaya.

On recharge par petits coups chaque fois qu’on s’arrête. Ce n’est pas si compliqué, et ce n’est pas mal non plus de prendre une pause toutes les heures et demie. Il faut planifier son voyage, mais parfois les applis ne sont pas à jour et la borne ne fonctionne pas.

Isabelle Inder, en route vers la Champagne

On en fait l’amère expérience sur l’autoroute Lille-Paris : alors qu’il reste 60 km à parcourir, une station de recharge est fermée pour travaux, on rate une sortie pour la suivante, et on se retrouve quasiment à zéro sur une station… où la charge rapide ne fonctionne pas.

Ce sont 300 000 bornes lentes (+ 30 % sur un an) et 50 000 rapides (+ 30 % aussi) qui ont été installées en Europe en 2021, selon l’Agence internationale de l’énergie. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la Norvège ou la France ont notamment redoublé d’efforts au cours des derniers mois.

Mais cette augmentation de 30 % sur un an reste insuffisante face à l’explosion prévue du marché des voitures électriques. Il faudrait un réseau de 6,8 millions de chargeurs d’ici 2030, soit une installation de 14 000 chargeurs par semaine, pour répondre aux besoins, selon l’association européenne des constructeurs d’automobiles.