(Málaga) Avec ses deux doses de vaccin pour sésame, Gillian Ford a pu quitter Dublin et la pluie pour le soleil de l’Espagne, deuxième destination touristique mondiale, qui a rouvert lundi grand ses portes et ses plages aux touristes immunisés.

Marie GIFFARD Agence France-Presse

« On aime le soleil ! » et « on ne vit qu’une fois », l’Espagne « est notre destination favorite pour les vacances, nous venons normalement deux fois par an » et « n’avions pas pu venir depuis février 2020 », s’enthousiasmait cette septuagénaire après avoir débarqué à l’aéroport de Malaga (sud) avec son mari Edward.  

« Nous sommes restés à la maison avec le mauvais temps. Tout le temps de la pluie, pas de pubs ni de restaurants » durant de longs mois en raison d’un strict confinement en Irlande, ajoutait-elle sous un soleil radieux, avant de filer vers les plages de Marbella.

Dans l’espoir de relancer un secteur clé de son économie, dévasté par la pandémie, l’Espagne a rouvert lundi ses frontières à toutes les personnes vaccinées du monde entier depuis au moins 14 jours.  

Autre assouplissement, les Européens non vaccinés, qui avaient déjà le droit de venir mais devaient présenter une PCR négative de moins de 72 heures, pourront désormais se contenter d’un test antigénique, beaucoup moins cher.

Un an sans partir

Lundi matin, alors que le mercure était déjà élevé, d’innombrables touristes venus notamment d’Allemagne, d’Irlande ou de Belgique franchissaient les portes de l’aéroport de Malaga, le plus important de toute l’Andalousie (sud) qui a vu atterrir pas moins d’une vingtaine de vols internationaux dans la matinée.

Sur les écrans des tablettes des chauffeurs de taxi attendant leurs clients, les noms sont quasiment tous étrangers.

Professeur gallois de 28 ans vivant à Berlin, Rhodri Evans va rejoindre sa compagne à Grenade, une autre ville d’Andalousie. Exhibant son certificat de vaccination, il se sent « un peu privilégié » d’avoir été déjà vacciné à son âge et se réjouit que « la vie retrouve peu à peu sa normalité ».

Même soulagement pour Rose Huo, Belge vaccinée de 73 ans venue de Louvain pour passer un mois chez sa sœur. « Ça fait déjà un an que je ne suis pas sortie » de Belgique où « il fait toujours mauvais », « tout le monde est content je crois. On fait encore très attention mais c’est un début ! », dit-elle.  

Pour les professionnels du secteur, cette journée signe le grand retour des touristes étrangers alors que l’Espagne a vu les arrivées s’effondrer de 77 % en 2020 après avoir accueilli 83,5 millions de visiteurs en 2019. José Luis Prieto, président de l’Union des agences de voyages (Unav), se prend ainsi à croire en une « reprise spectaculaire » dès lundi.

Selon lui, les tour-opérateurs ont constaté « une grande demande d’information ces trois dernières semaines en Grande-Bretagne, en France ou en Allemagne, les trois premiers marchés » pour le secteur touristique espagnol.

De la Costa del Sol (sud) aux Baléares ou aux Canaries, les hôtels et les restaurants ont rouvert pour l’occasion après des mois de fermeture, se refaisant une beauté pour certains.

La « déconvenue » britannique

Bémol de taille, le Royaume-Uni a laissé la semaine dernière l’Espagne sur la liste des pays à risque, exigeant pour ses ressortissants de passer plusieurs tests payants et d’observer une quarantaine dissuasive d’au moins cinq jours à leur retour. Une « déconvenue » pour la ministre espagnole de la Santé, Carolina Darias.  

Depuis le 24 mai, l’Espagne avait pourtant tendu les bras aux touristes britanniques, premier contingent en temps normal (18 millions en 2019), de nouveau autorisés à entrer dans le pays, sans même devoir présenter un test PCR.  

La ministre du Tourisme Reyes Maroto a expliqué vendredi « ne pas comprendre la décision » du Royaume-Uni de ne pas avoir accepté de mettre dans sa « liste verte » certaines régions espagnoles touristiques comme les Baléares ou les Canaries où le taux d’incidence est plus bas.

Londres ne réexaminera sa décision que dans trois semaines, de précieuses semaines perdues pouvant remettre en cause l’objectif du gouvernement espagnol d’attirer 45 millions de visiteurs cette année.

Dans ce contexte d’« incertitude », le voyagiste TUI, numéro un mondial du tourisme, a annulé tous ses vols en direction de l’Espagne jusqu’au 13 juin.

Très dépendante du tourisme, l’économie espagnole a été en 2020 l’une des économies occidentales les plus durement frappées par la pandémie, avec une chute de 10,8 % de son PIB.