(Southampton) « J’en ai les larmes aux yeux » : comme un millier d’autres amateurs britanniques, Maggie Bill quitte jeudi Southampton pour quatre jours à bord de la toute première croisière à reprendre au Royaume-Uni après de longs mois de frustration due à la COVID-19.

Charlotte DURAND Agence France-Presse

Avec son mari, ils sont accueillis sur le MSC Virtuosa, dans ce port du sud de l’Angleterre, par une rangée de membres de l’équipage, qui leur proposent instantanément un verre de champagne.

« Je suis absolument ravie », s’extasie la vacancière, au son d’un piano à queue. « C’est la première étape après une période horrible, on recommence à sociabiliser et à sentir qu’on appartient au monde », explique cette Anglaise de 66 ans, qui a l’impression de n’en avoir « plus que 45 » depuis qu’elle est montée à bord.  

Le voyage prévu n’a rien d’exotique. Le MSC Virtuosa, le troisième plus gros paquebot européen avec ses 331 mètres de long et ses 19 étages, propose aux personnes résidant au Royaume-Uni-vaccinées ou non-quatre jours de croisière dans les eaux britanniques, avec un court trajet via l’île de Portland avant un retour à Southampton.  

Au programme : séances de natation dans l’une des nombreuses piscines, spectacles, cours de sport, bronzette sous l’incertain soleil anglais, descente dans les toboggans du parc aquatique, parties de bowling et autres divertissements.  

Vacances « relaxantes »

Pays le plus endeuillé d’Europe par la pandémie avec près de 128 000 morts, le Royaume-Uni est entré lundi dans une nouvelle phase de déconfinement, permettant notamment aux croisières de reprendre, si elles n’accueillent pas plus de 1000 personnes, ni ne quittent les eaux britanniques.  

Avant que les premiers passagers ne montent à bord du flambant neuf MSC Virtuosa, d’une capacité de 6000 personnes, l’équipage s’active pour les derniers préparatifs, nettoyant frénétiquement les tables et les rampes d’accès. En bas de l’impressionnant bâtiment, les premiers croisiéristes arrivent et, passage obligé, se soumettent à un test COVID-19 avant d’embarquer.  

Ils se voient ensuite remettre un bracelet qui fait office de clé pour leur chambre, mais est aussi de système de traçage si jamais un cas de COVID-19 est déclaré sur le navire. Masque, distanciation sociale et lavage régulier des mains sont aussi de rigueur.  

« Ca ne va pas m’empêcher de profiter de l’expérience, nous sommes si heureux d’être ici et de fêter le retour des croisières »,  lâche Lindsay Garvey-Jones, tout en sirotant une vodka martini dans un salon avec vue sur la mer.  

Cette Anglaise, à qui sa femme a offert le voyage pour ses 59 ans, compte bien profiter à fond de « la nourriture, des divertissements, de cette ambiance si joyeuse » après ces « quatorze longs mois » de pandémie.  

Elle s’enthousiasme à l’idée de retrouver « l’esprit croisière » présent au cours de ses précédents voyages.  

Pour Antonio Paradiso, le directeur général de la compagnie, la pandémie a rendu les vacances en croisière, considérées comme étant « très relaxantes et tranquilles », « encore plus attrayantes ». « Pour les gens qui ont été coincés chez eux en pyjama, contraints de cuisiner tous les jours, ca fait un effet “Wow” », explique-t-il. « Chaque soir, vous pouvez bien vous habiller, être élégant, essayer de nouveaux plats ».

Nouveaux clients

Selon M. Paradiso, la fatigue créée par la pandémie, le « peu d’options actuellement disponibles au Royaume-Uni pour partir en vacances », mais aussi le fait de se tourner vers des séjours plus courts a permis d’attirer de nouveaux profils.  

Il estime ainsi qu’environ 55 % des passagers du MSC Virtuosa n’avaient jamais fait de croisière auparavant, espérant que cet « avant-goût » en rendra beaucoup « accros » au concept.  

Une nouvelle plutôt réjouissante pour ce secteur employant 88 000 personnes au Royaume-Uni, mais laissé exsangue par la COVID-19.

Alors que cette industrie génère chaque année 10 milliards de livres (12 milliards de dollars canadiens) au Royaume-Uni, les trois mois du premier confinement en 2020 se sont traduits par un manque à gagner de 2,37 milliards de livres (2,85 milliards $ CAD), a affirmé à l’AFP un porte-parole de l’Association Internationale des Lignes de Croisières (CLIA).  

« Le secteur des croisières a vraiment été très durement frappé, vous savez, c’est pour ça que c’est si émouvant » d’être là pour leur retour, a confié Mme Garvey-Jones, . « On voulait vraiment faire partie de cette grande fête ».