Soit, les voyages sont proscrits, mais rien ne nous empêche de nous évader par le ventre, les yeux ou les oreilles vers de lointaines contrées et de nous imaginer ailleurs pour un soir. Aujourd’hui, direction Londres, capitale et plus grande ville du Royaume-Uni, étourdissante de découvertes, si on sait où regarder.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

À voir, mais à distance

PHOTO FOURNIE PAR TEO BARANGA

Teo Baranga

Le Montréalais Teo Baranga n’habite à Londres que depuis un an et demi environ, dont toute une année passée en confinement. Mais pour celui qui a traversé l’Atlantique après avoir dégoté un emploi dans son domaine, déménager à Londres relevait du rêve, entretenu par une fascination pour la ville. Il y était allé en vacances une fois avant d’y vivre et se souvient de son passage à la mythique tour de Londres, où il a pu admirer les joyaux de la couronne. « Il y a beaucoup d’histoire [à Londres], dit-il. À la Tower of London, j’avais été voir une pièce de théâtre historique en plein air, à l’intérieur du château. »

PHOTO MARISSA GROGUHÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Le British Museum

À Londres, les endroits les plus touristiques ne déçoivent pas. Pour ceux qui n’ont jamais vu le British Museum, l’abbaye de Westminster ou le London Eye, sachez que ces arrêts ne sont pas considérés comme des incontournables pour rien. Mais ce qui a surtout plu à Teo Baranga dans la capitale britannique, c’est le fait que « ça bouge beaucoup, il y a toujours quelque chose à faire ». La métropole peut même être un brin chaotique, mais recèle de lieux fascinants à découvrir, que ce soit par un arrêt au théâtre, une pause dans un pub, une promenade à Notting Hill ou une balade dans un parc.

PHOTO MARISSA GROGUHÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Les Kensington Gardens, dans l’ouest de Londres

Londres ne manque pas d’espaces verts et lorsque la ville devient étouffante, ces refuges sont les bienvenus. Il y a les options évidentes : Regent’s Park et Hyde Park, mais aussi le magnifique St. James’s Park, face au palais de Buckingham, ou le fleuri Brockwell Park. Mais plus petits et grands coins un peu plus cachés se trouvent également à une distance raisonnable du centre de la ville. Une petite promenade vous mènera toujours à une étendue d’herbe où vous poser. Quand les voyages seront permis bien sûr…

En se baladant (à Montréal)

PHOTO MARISSA GROGUHÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Le London Eye

En attendant… pourquoi ne pas chercher chez nous de quoi nous faire « voyager » à Londres ? La grande roue au bord de l’eau est loin d’être le seul point similaire entre Montréal et Londres (même si l’une est deux fois plus grande que l’autre – on vous laisse deviner laquelle). L’urbanisme et l’architecture montréalais et londoniens ont beaucoup en commun, il suffit d’y être attentif.

« Il y a plusieurs bâtiments monumentaux britanniques néo-classiques à Montréal, mais aussi dans la vallée du Saint-Laurent et à Québec », dit Gérard Beaudet, professeur à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal. Par exemple, les maisons traditionnelles québécoises reprennent le toit et son grand débord inspiré des bungalows anglais, signale l’expert.

Certaines de nos églises, comme celle de Christ Church ou l’église Saint-James, rue Sainte-Catherine, possèdent une architecture néo-gothique caractéristique du renouveau religieux en Grande-Bretagne de l’époque. Autre caractéristique « qui fait qu’on a l’impression d’être chez nous quand on débarque à Londres » : la présence de la brique. À Londres, dans les quartiers ouvriers comme les plus cossus, c’est aussi ce matériau qui domine.

D’un point de vue urbain, c’est la ruelle qui nous montre le mieux l’héritage britannique à Montréal. Les Écossais de Montréal, en important le style de maisons que l’on retrouve dans la Newtown d’Édimbourg, ont façonné le style que l’on retrouve ici. « Les maisons sont très étroites et on aménage des ruelles pour accéder aux cours arrière. Il en reste quelques fragments seulement parce que le centre-ville a pris la place de ce Newtown. Mais on a gardé cet héritage des ruelles », dit Gérard Beaudet.

Dans l’assiette et dans le verre (à Montréal)

PHOTO FOURNIE PAR LE BURGUNDY LION GROUP

Fish & chips du Brit & Chips

Pour des saveurs anglaises à Montréal, il y a Lawrence, Liverpool House ou Bar George. Mais au-delà de ces (très bonnes) adresses un peu plus onéreuses, des établissements plus abordables peuvent vous transporter tout droit dans le Londres culinaire. Le Brit & Chips est un de ces endroits. Ses délicieux fish and chips n’ont rien à envier aux « chippies » britanniques. On y propose aussi des mushy peas (purée de petits pois) et des haricots aux lardons.

PHOTO FOURNIE PAR LE BURGUNDY LION GROUP

Le Burgundy Lion

Burgundy Lion, qui reprend le concept du pub anglais typique rue Notre-Dame, était le premier de la branche à proposer ce fameux fish and chips. Son ambiance vous fera sentir comme dans un établissement londonien traditionnel. « Le fish and chips est vraiment le classique », dit Toby Lyle, copropriétaire de l’enseigne Burgundy Lion, né à Montréal, mais d’origine britannique. Celui qui a passé tous ses étés en Angleterre en grandissant dit avoir toujours souhaité ouvrir un pub anglais qui s’inspirerait des restaurants londoniens plus urbains et modernes.

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Toby Lyle, copropriétaire de l’enseigne Burgundy Lion

L’endroit propose aussi une vaste sélection de whisky et, surtout, diffuse le soccer européen, de la Premier League à la Ligue des champions, pour une ambiance comme au Royaume-Uni. Les propriétaires ont également lancé le gastropub Wolf and Workman, au Vieux-Port de Montréal, à l’ardoise d’inspiration britannique, adaptée aux produits locaux de saison. « L’idée, avec nos quatre restaurants, était de créer une mini Grande-Bretagne à Montréal », dit Toby Lyle.

PHOTO FOURNIE PAR LE BURGUNDY LION GROUP

Tarte aux fraises et à la rhubarbe du Pie Shoppe

Finalement, pour une tarte comme en Angleterre (aux pommes de terre, au poisson, au poulet, à la rhubarbe), le Pie Shoppe vient d’ouvrir ses portes, rue Saint-Paul.

« La cuisine britannique n’est pas réputée pour être la meilleure au monde, mais en termes de dessert, ils sont très forts », lance Toby Lyle, mentionnant le sticky toffee pudding, gâteau éponge à base de dattes couvert de sauce sucrée.

Dans l’assiette et dans le verre (à Londres)

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Le curry chicken masala est qualifié par certains de « plat national » britannique.

Le plat le plus populaire en Grande-Bretagne est le curry chicken masala, affirme Toby Lyle. Certains le qualifient même de « plat national ». « À Londres, après la fermeture des pubs à 23 h, c’est la tradition d’aller prendre un curry », explique le restaurateur. Des enseignes à conseiller ? « Le meilleur restaurant de curry est le restaurant le plus proche du pub d’où tu sors ! »

Montréal a également en commun avec Londres la multiplicité culturelle, qui amène une abondance de choix culinaires. Pour notre Montréalais à Londres Teo Baranga, les mets chinois sont des favoris dans la capitale. Si vous faites un arrêt dans la capitale britannique, passez par Crystal China ou Ma Po, petits établissements aux grandes saveurs, promet Teo Baranga, qui conseille également le Old Town 97 (dans Chinatown) ou le Bun House.

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Le Borough Market, à Londres

The Barbary, à Covent Garden, propose de délicieux plats inspirés de la cuisine nord-africaine. Rendez-vous sinon dans l’un des cinq établissements d’Oka pour des saveurs « pan-asiatiques », des sushis jusqu’au poulet panko teriyaki en passant par le ceviche. Au Padella, restaurant de pâtes ultra-populaire du Borough Market, la file de clients que l’on rencontre (en temps normal) peut sembler décourageante, mais la carte variée en vaut (vraiment !) la peine.

Pour Toby Lyle, un arrêt au Ye Old Mitre, « un pub super caché, presque impossible à trouver », est indispensable à Londres. Il conseille également le Eagle, un des premiers gastropubs, ouvert en 1991 dans le nord de la ville.

Pour voyager à travers les livres (et l’écran)

PHOTO MARISSA GROGUHÉ, ARCHIVES LA PRESSE

Présentation de la pièce Harry Potter and the Cursed Child, au Palace Theatre de Londres

« Harry Potter est le livre qui m’a vraiment marqué et qui a eu assez d’influence sur moi pour me pousser à venir. Ça a associé pour moi Londres et la Grande-Bretagne à un endroit magique. Et même si ce n’est pas la réalité, l’impact est là », confie sans détour Teo Baranga.

PHOTO GABRIELA HERMAN, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Zadie Smith

Il est bien connu que la littérature britannique regorge de bijoux. Dont plusieurs auront le pouvoir de vous faire voyager directement à Londres. Les auteurs légendaires (Jane Austen, Charles Dickens, Virginia Woolf) vous amèneront à découvrir un pan important de la culture. Mais pour une lecture plus contemporaine, qui vous permettra de vous promener dans le Londres moderne à travers les pages, les choix sont tout aussi nombreux. Zadie Smith vous conduira par exemple dans la banlieue nord multiculturelle de la capitale dans White Teeth (Sourires de loup), son roman le plus populaire, paru en 2000. Monica Ali a écrit le roman acclamé Brick Lane, l’histoire d’une Bangladaise installée dans l’est de Londres.

La lecture des aventures de Sherlock Holmes reste un bon divertissement. Et si la lecture des romans de sir Arthur Conan Doyle n’est pas dans votre liste de priorités, mais que le confinement vous donne envie de dévorer des séries, l’émission de la BBC Sherlock pourrait vous satisfaire (si ce n’est déjà fait). « Sherlock m’a aussi poussé à venir à Londres, dit Teo Baranga. J’adore la façon dont c’est filmé et j’ai aimé voir les différents coins de la ville dans la série. »