(Milan) « Il était grand temps d’adopter cette loi. Il y en a marre de cette fumée ! ». Massimo Gabbiadini, commerçant sur la célèbre place du Duomo, jubile : depuis ce mardi, la cigarette est interdite à Milan dans certains lieux publics en plein air comme les parcs, les stades ou aux arrêts de bus.

Brigitte HAGEMANN
Agence France-Presse

Mais ce quinquagénaire reste sceptique : « j’attends de voir si ce règlement est vraiment appliqué. Dans le nord de l’Europe, on respecte la loi, mais en Italie ? ».

L’interdiction, qui frappe même les cimetières, n’est pas totale : les fumeurs invétérés peuvent continuer à s’en griller une s’ils le font dans des endroits isolés en respectant une distance de dix mètres avec les autres.

Sur une place du Duomo désertée par les touristes en ces temps de pandémie, mais épargnée par l’interdiction, plusieurs passants, la cigarette au coin des lèvres, se disent surpris par le nouveau règlement.

Milan est actuellement classée en zone rouge, donc jugée à haut risque de contagion. Les seuls magasins ouverts sont ceux vendant des biens de première nécessité, et les restaurants ne peuvent vendre que des plats à emporter.

« Il n’y a aucune pancarte à Milan disant qu’il y a des endroits où c’est interdit de fumer », s’étonne Floris Dethmers, mannequin svelte de 18 ans venu des Pays-Bas pour assister à la Fashion week masculine.

« Que ce soit interdit à l’intérieur, je comprends. Mais à l’extérieur, je veux garder la liberté de fumer », lâche-t-il.

« Mesure juste »

Mais en général, l’interdiction est plutôt bien accueillie, y compris par des fumeuses comme Maria Luigia di Toma, une réceptionniste au chômage de 63 ans.

« C’est une mesure juste, car fumer est vraiment très gênant pour les gens qui vous entourent », reconnaît-elle.

Milan est la première ville italienne à appliquer cette interdiction partielle de fumer en plein air. L’objectif : « réduire les particules fines PM10, nocives pour les poumons, et protéger la santé des citoyens contre le tabagisme actif et passif dans les lieux publics », selon la mairie.

Située au milieu de la plaine du Pô et saturée par le trafic routier, la métropole lombarde bat régulièrement des records de pollution. Et 8 % des particules fines PM10 à Milan sont à mettre sur le compte de la cigarette.

Pour les contrevenants, les amendes vont de 40 à 240 euros (62 $ à 370 $), « mais pour l’instant, les sanctions ne sont pas appliquées, car nous misons sur une entrée en vigueur graduelle, en attendant que tout le monde soit informé », explique-t-on à la mairie de Milan.

Couperet en 2025

Le couperet tombera le 1er janvier 2025, avec une interdiction totale de fumer en plein air.

Régulièrement pointée du doigt pour ses niveaux inquiétants de pollution, l’Italie avait été pionnière en Europe pour l’interdiction de fumer dans des endroits publics clos, y compris dans les bars et restaurants, en 2005.

Contrairement aux attentes, cette loi s’était facilement imposée et les autorités sanitaires ont constaté une nette baisse du tabagisme dans le pays.

En 15 ans, le nombre de fumeurs de 15 ans et plus en Italie a baissé d’un million à 11,6 millions, selon une étude de l’Institut supérieur de la santé.

Appuyée à une statue de la place du Duomo, Laura Beraldo, 21 ans, collaboratrice d’une ONG, n’est pas près de renoncer à la nicotine, avec ses vingt cigarettes par jour.

« Pour moi, ce n’est pas la cigarette qui est responsable du smog, mais c’est la circulation des voitures et le réchauffement climatique », objecte-t-elle.

Pour l’instant, « il n’y a pas d’atteinte à la liberté de fumer, car il suffit que je respecte une distance de dix mètres », se console Laura, arborant un large sourire.

Et il reste encore la cigarette électronique, jusqu’ici exclue de l’interdiction à Milan.