Découvrir Paris autrement quand on y passe quelques jours à peine? Oui, c'est possible. En courant.

Mis à jour le 22 oct. 2012
Nathaëlle Morissette LA PRESSE

Il est venu à vélo, en dépit du temps frisquet de l'automne. Vêtu d'un short noir et d'un chandail vert fluo, il attendait patiemment dans le hall de l'hôtel. Le rendez-vous avait été fixé à 7h du matin. C'est comme s'il faisait encore nuit. «Mais je suis disponible plus tôt», avait tenu à préciser Jean-Charles Sarfati, quelques jours avant la rencontre.

Mince, dans la cinquantaine, il tenait à la main des plans de la ville. Sourire aux lèvres, même à l'aurore, il s'excuse d'emblée pour la pluie froide qui tombe sur Paris ce matin-là. Pourtant, ce temps un peu tristounet ne semble pas avoir freiné son enthousiasme et sa détermination. Après une brève explication de la fameuse carte qu'il avait apportée, il était fin prêt pour le grand départ.

Et voilà que s'entamait une visite guidée de la Ville lumière. Exit le traditionnel autocar touristique. Le moyen de transport utilisé ce matin-là: les jambes... et un peu de volonté. En fait, l'idée était de parcourir la capitale française en joggant, avec un accompagnateur qui connaît Paris comme le fond de sa poche et qui est également capable de soutenir un certain rythme de course pendant une heure. Pour vivre la meilleure expérience possible, mieux valait partir tôt, moment de la journée où, habituellement, la ville dort encore, les piétons pressés de se rendre au boulot n'ont pas encore envahi les trottoirs et les bouchons de circulation commencent à peine.

De façon générale, plusieurs Parisiens choisissent ce moment de la journée pour s'entraîner. Ils étaient plusieurs à faire leur jogging le long de la Seine ou encore aux abords du canal Saint-Martin, lors de notre passage.

Pendant la course de 10 km, Jean-Charles fait des commentaires. Par ici, la célèbre église Notre-Dame, l'hôtel de ville, le Louvre... Le parcours a permis de découvrir quatre arrondissements: les XIe, IIIe, IVe et Ier. En dehors des sentiers touristiques, il fait découvrir tantôt la tête de Jeanne-d'Arc presque cachée sur le toit d'un immeuble, tantôt l'intérieur de l'édifice de la Bourse du commerce de Paris avec sa fresque peinte au plafond. Tout en se transformant en véritable livre d'histoire, Jean-Charles enseigne sans trop s'en rendre compte les règles non écrites qui régissent la ville.

«Normalement, je traverse aux feux rouges, mais avec vous, je préfère ne pas prendre de risque», lance-t-il d'un ton protecteur.

«Ici, on va essayer de traverser jusqu'au centre», dit-il sur le coin d'un boulevard assez fréquenté.

«Faites attention aux flaques d'eau», ajoute-t-il un peu plus loin dans le parcours. Ou encore, «vous feriez mieux de monter sur le trottoir; même si cette rue semble piétonnière, ce n'est pas le cas».

Ses récits et ses conseils, il les fait sans jamais paraître essoufflé. Il faut dire que la course à pied fait partie de la vie de Jean-Charles le guide. Il pratique cette activité depuis 17 ans et participe au marathon de Paris, qui a lieu chaque année en avril. Ses parcours guidés, qu'il réalise depuis deux ans, ne sont pour lui qu'un réchauffement, qui s'adapte au rythme du visiteur. Mais il s'adapte, il ralentit ou accélère, selon l'humeur de celui ou celle qui l'accompagne.

La course a pris fin au point de départ. Le retour à l'hôtel s'est fait sous le soleil au moment où les écoliers se rendaient en classe, sac sur l'épaule. Jean-Charles a récupéré son vélo et est parti en souriant après une énergique poignée de main. La journée commençait à peine. Pourtant, la fatigue ressentie et l'immense satisfaction d'avoir accompli quelque chose - la carte indiquant le tracé que Jean-Charles a laissée en est la preuve - donnaient plutôt l'impression qu'elle venait de se terminer. Il n'a pourtant suffi que d'un classique duo café-croissant pour redonner l'énergie nécessaire afin de repartir à la découverte de la ville... en marchant cette fois!

Photo fournie par Paris Running Tours