Ici pas de paillettes, de Rolls, de starlettes. Mougins, Biot et Vallauris ne sont pourtant qu'à quelques kilomètres de Cannes, mais l'esprit qui émane de ces trois petites villes nous ramène à des vedettes d'un genre bien différent. Comme Picasso, Fernand Léger, Brel et même Christian Dior.

Mario Fontaine LA PRESSE

On oublie vite la Croisette quand on arrive sur ces hauteurs de la Côte d'Azur, où se succèdent villes et villages tout droit sortis du Moyen Âge. Il suffit de rouler 15 minutes à l'intérieur des terres pour se retrouver dans le monde des potiers, des verriers, des artisans en tout genre. Et aussi des peintres parmi les réputés, bien sûr. Des lieux fréquentés par des sommités depuis des siècles, mais en toute simplicité, sans le côté cliquant de la côte la plus célébrée du sud de la France

À Mougins, l'immeuble qui abrite l'Office de tourisme était autrefois un hôtel où Pablo Picasso vécut de 1936 à 1938. «Il avait peint une grande fresque dans sa chambre, aidé de Fernand Léger et d'une dizaine de dadaïstes. Quand le nouveau propriétaire de l'hôtel vit cette «horreur» sur le mur, il fit tout recouvrir!», explique Sébastien Fouet.

M. Fouet est le propriétaire de la Cave de Mougins, un commerce qui se trouve à quelques pas de là. Sur le toit de la maison plusieurs fois centenaire qu'il utilise pour stocker ses 12 000 bouteilles de vin, on devine une terrasse: celle-ci a été aménagée par Fernand Léger pour s'ouvrir une vue sur les Alpes de Haute-Provence, dont on voit les sommets enneigés par beau temps.

Ce village médiéval aux rues minuscules est en forme de colimaçon: on tourne littéralement en rond, en tombant constamment sur les traces d'un artiste célèbre venu y exercer son art, comme Dior qui y imaginait ses collections, ou tout simplement Jacques Brel qui y a résidé le temps d'apprendre à piloter.

Le lavoir communal a été reconverti en un original lieu d'exposition. Le Musée de la photographie André-Villers propose de son côté une riche collection de photographies de Picasso saisi dans l'intimité. Après un premier séjour, le peintre est en effet revenu à Mougins passer les 15 dernières années de sa vie, dans une grande maison un peu en dehors du vieux centre. Hélas, on ne peut visiter.

Le paradis des verriers

Fernand Léger, lui, a tôt fait de s'installer à Biot, à quelques kilomètres à l'est. Un musée national lui est consacré, où ses grandes toiles colorées et vivantes sont mises en valeur. Ce village perché est aussi reconnu pour ses nombreux verriers. On peut visiter une demi-douzaine d'ateliers, dont celui de la Verrerie de Biot, où les artisans travaillent devant le public à produire des pièces très variées qui ont pour particularité d'avoir des bulles réparties dans la masse.

D'autres verriers, comme Robert Pierini - dont les créations furent un temps vendues rue Crescent, à Montréal - ont résolument opté pour la recherche formelle. On ne parle plus d'artisanat, ici, mais d'authentiques oeuvres d'art pouvant valoir jusqu'à 3000 ou 4000 euros pièce. Pour tout dire, c'est magnifique!

De fait, tout Biot (prononcer Biotte) est magnifique. C'est une ville tout à fait vivante sous ses airs de musée à ciel ouvert. On y vit, on y travaille, on s'y amuse. En sirotant par exemple un pastis sur ses placettes, à l'ombre des platanes, ou simplement en marchant dans ses ruelles dont certaines, bien pentues, offrent de beaux points de vue sur la Méditerranée toute proche.

Cette ancienne place forte des Templiers a réussi à défier le temps. «Ce que vous voyez aujourd'hui, c'est le nouveau Biot», me dit ainsi le plus sérieusement du monde Patricia Chaniel, qui semble connaître la moitié des habitants. Tout est question de perspective: ce «nouveau» Biot fut reconstruit en... 1470, après une longue pause pour cause de guerre et de peste noire!

Les potiers de Vallauris

Autant les souffleurs de verre se pressent à Biot, autant ce sont les potiers qui donnent sa réputation à Vallauris. Depuis des générations on y tourne l'argile pour en produire pots et objets utilitaires en tout genre. Puis la céramique s'est imposée, au point où une Biennale internationale lui sera consacrée cet été, du début juillet à la mi-novembre.

Le musée local fait justement une belle part aux céramiques de... devinez qui? Picasso, encore lui, qui a vécu sept ans ici et en a produit plus de 4000. Un musée national lui est même consacré à Vallauris, fermé toutefois lors de mon passage pour cause de chicanes locales. Mais cela ne semble énerver personne.

Vallauris, plus urbain, plus grouillant que Mougins et Biot, est en pleine reconstruction. On ravale les façades, nettoie les rues, refait les squares. La ville a aussi pour particularité d'être unie à Golfe Juan, ce qui lui ouvre une fenêtre sur la mer. Côté cour à flanc de colline, côté plage sur la Méditerranée. Il y a pire, dans la vie...

Les frais de transport de ce voyage ont été payés par Air Transat.

Photo: Mario Fontaine, La Presse

À Biot, on peut visiter le musée nationale Fernand-Léger.