«Une partie de pétanque, ça fait plaisir...» La chanson, immortalisée par Brassens, s'applique parfaitement aux boulistes des Allées de la Liberté, à Cannes. Ils lancent le bouchon comme à Trifoullis-les-Oies, plissent les yeux, tentent l'impossible avec des boules souvent récalcitrantes. On se croirait dans n'importe quel village provençal, sauf qu'ici on est sur la Côte d'Azur, au coeur de la ville la plus snob de France.

Mario Fontaine LA PRESSE

Le Palais des festivals et des congrès est tout à côté, avec ses légions de touristes qui en montent les marches pour se faire photographier sur son célèbre tapis rouge, désormais installé en permanence. Comme pour grappiller un peu de l'essence des vedettes du fameux festival du film.

Mais les boulistes n'en ont cure. Pas plus que des voitures de luxe qui se pavanent sur la Croisette. Ni des appartements hors de prix, presque tous vides une grande partie de l'année. Pas comme les hôtels: on est ici dans la deuxième ville de congrès française après Paris, les visiteurs ont souvent des allocations de dépenses costaudes et ils s'en servent. Et ils sont nombreux, très nombreux.

Il existe pourtant un autre Cannes, sans paillettes celle-là, avec sa rue d'Antibes où l'on peut faire ses emplettes sans devoir réhypothéquer sa maison. Un secteur fréquenté par les vrais Cannois, de ceux qui sont employés, pas clients, dans les palaces voisins, dans les restos de luxe, chez Prada ou Louis Vuitton. Deux mondes qu'à peine 100 m séparent.

Ce Cannes-là mange rue Meynadier ou près du marché Forville, où plein de petites tables sympathiques s'entassent dans les ruelles en pente. Il faut voir aussi le quartier du Suquet, à la fois populaire et sympa. Si on monte tout en haut on arrive au château de Cannes, où se trouve le Musée de la Castre... et d'où surtout on a une vue magnifique sur la baie et sur le port où se dandinent les yachts de luxe. On dit que certains ne sortent qu'une fois ou deux par an, parce qu'il ne s'agit pas tant de naviguer que d'en mettre plein la vue.

De là-haut on voit aussi les deux îles de Lérins, où les Cannois vont prendre le frais et faire trempette. Une des îles est surtout ludique, avec son fort, sa forêt et son musée. Sur l'autre campe un monastère fortifié, un vrai, avec son abbaye, son donjon et même sa messe du dimanche. À 10 minutes au large de Cannes l'excursion en vaut largement le - modeste - coût.