Il reste dans le Val de Loire des hommes des cavernes, qui vivent heureux dans des sites troglodytes transformés en maisons, gîtes, hôtels de luxe ou restaurants.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Ces initiés disent «troglos» pour parler des cavités creusées dans la roche et les coteaux. Ils organisent un rendez-vous annuel, unique en Europe, qui rassemble des milliers de curieux.

Gilles Rabourdin est ainsi l'heureux propriétaire d'un troglodyte de 100 mètres carrés du XIe siècle, réhabilité en maison principale avec tout le confort, sur un coteau, à Chinon (Indre-et-Loire).

«Nous avons eu le coup de coeur pour cet habitat atypique qui permet de vivre de manière différente, avec la nature, après des années à Paris», explique-t-il.

On recense environ 45 000 troglos en Val de Loire. Ils ont servi de refuges pendant les guerres, d'habitations, de champignonnières, de caves, de carrières d'où l'on extrayait le tuffeau, la pierre blanche utilisée pour bâtir les châteaux de la Loire comme Chenonceaux ou Chambord. Beaucoup furent abandonnés au début du XXe siècle, en raison d'un confort jugé trop rudimentaire.

«Le renouveau est apparu dans les années 1970 et s'est amplifié ces dix dernières années», explique Bernard Tobie, président de l'association Carrefour Anjou-Touraine-Poitou (CATP), basée à Saumur (Maine-et-Loire).

«Ce mode d'habitat devient très en vogue car il incarne des valeurs de la société actuelle : écologie, nature, authenticité», explique-t-il. Le but de l'association qu'il préside est de conserver et valoriser ce patrimoine.

Et les «troglos» attirent de plus en plus les touristes.

«Les gens viennent de France et de l'étranger spécialement pour dormir dans nos chambres. La demande est en augmentation chaque année», se réjouit Monique Bartholeyns, propriétaire avec son mari Jacques, d'un hôtel trois étoiles à Turquant (Maine-et-Loire).

Photo: AFP

Une des cavernes ouverte aux visiteurs lors des «Rendez-vous Troglos 2010»

«Les clients parlent de calme, de sérénité, de l'odeur de la pierre, d'une expérience unique», raconte la patronne de La Demeure de la Vignole, qui offre quatre chambres et un appartement dans des cavités aménagées au XIIe siècle dans un coteau.En Val de Loire, plus de 5000 sites troglodytes servent aujourd'hui d'habitation.

Le prix du m2 carré est moindre par rapport à une maison «classique» et pour 10 000 euros on devient propriétaire d'un troglo correct. Mais le coût des travaux qui nécessitent l'intervention d'artisans spécialisés (sécurité, aération) est plus élevé.

«L'association est là pour aider, conseiller dans tous les domaines les futurs acheteurs de plus en plus nombreux», indique M. Rabourdin, membre du CAPT.

L'association a organisé le week-end dernier (12-13 juin) les «Rendez-vous Troglos 2010» qui ont vu 200 cavités, privées ou publiques ouvertes aux visiteurs dans six départements.

La notoriété dépasse les frontières. Des régions italiennes et espagnoles possédant elles aussi des cavités sont intéressées par l'organisation d'un rendez-vous «troglo» européen.

Photo: AFP

Une caverne de luxe, vue de l'extérieur.