C'est l'image phare de Barcelone, mais aussi de la religion catholique moderne. La Sagrada Familia, basilique en construction depuis plus d'un siècle en Espagne, attire près de 3 millions de visiteurs chaque année. Y mettre les pieds, c'est entrer dans l'esprit éclaté de l'architecte Antoni Gaudí. Voici un tour guidé de ce temple aussi grandiose qu'unique.

Mis à jour le 2 avr. 2012
Isabelle Audet LA PRESSE

> En vidéo: visite de la Sagrada Familia avec l'architecte Jordi Bonet

Antoni Gaudí s'affairait à la construction de la Sagrada Familia depuis plusieurs années, quand il est devenu évident pour les Barcelonais que le chantier s'étalerait sur plus d'un siècle.

Ses collaborateurs lui demandaient alors: «Ça ne vous peine pas de savoir que vous ne verrez jamais votre oeuvre terminée?» L'architecte, résigné, répondait invariablement ceci: «Mon promoteur, c'est Dieu. Et Dieu, il a tout son temps.»

Plus de 130 ans après le début de la construction de la basilique, d'immenses échafaudages et des grues ceinturent toujours l'oeuvre de Gaudí. Le maître est mort depuis bientôt un siècle, et six architectes lui ont succédé.

Les voitures et les cars de touristes ont remplacé les chevaux dans le district d'Eixample, mais le monument est en voie de devenir presque exactement ce que Gaudí avait en tête: une oeuvre d'art sertie de milliers de symboles.

Dès l'ouverture, les touristes font la queue à l'entrée. C'est là que le septième architecte responsable du chantier, Jordi Bonet, rejoint La Presse. Apprenant qu'il a affaire à des Québécois, il prend les devants : «Je porte le même nom que mon cousin, Jordi Bonet, l'artiste, qui a vécu au Québec.» L'«autre» Jordi Bonet a eu une carrière florissante de peintre, de sculpteur et de céramiste. Une passion pour l'art qui court dans la famille... Par un long escalier en colimaçon, l'architecte nous entraîne dans une pièce remplie de rouleaux de papier et de livres. Gaudí est mort il y a 86 ans... mais il est partout dans le bureau du chef de chantier.

«C'est une grande responsabilité», explique d'entrée de jeu l'architecte qui, depuis 25 ans, vit dans la tête de Gaudí. Les plans originaux ont brûlé pendant une révolte populaire, en 1936, mais la presque totalité de la Sagrada Familia est celle que le célèbre architecte avait en tête.

Jordi Bonet l'admet d'emblée: il a beaucoup de chance. Depuis les Jeux olympiques de Barcelone, en 1992, les touristes viennent par millions dans la basilique. C'est leurs dons qui font progresser la basilique. Payer pour visiter la Sagrada Familia, c'est en quelque sorte, en devenir un partenaire financier.

L'intérêt pour la Sagrada était si pauvre avant les années 90 qu'une poignée d'hommes seulement y travaillait. Aujourd'hui, ils sont des centaines à y oeuvrer sans relâche. L'intérêt de la visite est d'ailleurs, entre autres, d'assister en direct à sa construction.

Et il faut faire vite. La Ville de Barcelone espère l'inaugurer officiellement pour le 100e anniversaire de la mort de Gaudí, en 2026.

Un monstre d'architecture

Au cours des dernières années, l'intérieur de la Sagrada Familia s'est d'ailleurs considérablement défini, permettant même la tenue de messes à l'intérieur. Jordi Bonet est particulièrement fier des colonnes construites sous sa direction. Immenses, elles sont coiffées de «branches», comme des arbres bordant l'allée principale, à l'intérieur. Le soleil se faufile au travers, comme dans une forêt.

Les plans de Gaudí font aussi en sorte que le soleil entre dans la basilique de manière à éclairer l'autel, spécifiquement dans la période de Pâques. «C'était un génie...» souffle Jordi Bonet.

L'architecte s'arrête pour contempler le temple. Les touristes se fraient un chemin près de lui, audioguide à la main, ignorant qu'il est responsable de suivre la volonté de Gaudí.

À 85 ans, Jordi Bonet sait qu'il ne sera pas le dernier architecte de la lignée. «Je pense que je n'arriverai pas à finir», dit-il en haussant les épaules.

En est-il peiné? «Gaudí lui-même n'a pas vu la fin, alors ce n'est rien d'extraordinaire, insiste-t-il. Le plus important, c'est la continuité!»

Suivez le guide...

Mieux vaut arriver tôt si on veut visiter la Sagrada Familia sans avoir à affronter des hordes de touristes. Voici nos conseils pour profiter au maximum de votre visite... et quelques idées de détails à ne pas manquer.

La plupart des guides touristiques suggèrent un itinéraire de visite à l'intérieur de l'église, pour un survol rapide. Question de pénétrer plus en profondeur dans l'univers de Gaudí, la location d'un audioguide ou la visite guidée d'environ deux heures valent la peine. Gaudí cultivait un souci maniaque du détail, et les anecdotes d'un initié sont précieuses. Prévoyez du temps.

Pour les enfants ou les adultes en quête d'un passage plus ludique, la basilique propose un solution intéressante: un audioguide adapté aux moins de 12 ans, proposant un circuit de 40 minutes rempli de quêtes et d'anecdotes.

Une fois la visite terminée, un détour par le parc devant la façade de la Nativité complète magnifiquement le point de vue. Le temple s'y reflète dans l'eau, et si l'on patiente un peu, le temps que les touristes s'écartent... c'est l'endroit idéal pour photographier le géant.

Repères

La basilique est ouverte tous les jours de 9h à 18h d'octobre à mars et jusqu'à 20h, d'avril à septembre.

Le plein tarif pour la visite est de 13 euros et de 11 euros pour les étudiants, les personnes âgées et les enfants (moins de 18 ans). Un supplément de 4 euros est exigé pour la visite guidée ou la location d'un audioguide.

Pour éviter les lignes d'attente à la basilique, on peut acheter les billets sur le site de la Sagrada Familia: sagradafamilia.cat

On peut se rendre à la basilique en métro, station Sagrada Familia, sur les lignes 2 et 5.