L’invitation de la Barbade, lancée aux télétravailleurs en juillet, a été abondamment relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux. Si, pour plusieurs, l’appel du Sud est resté de l’ordre du rêve, pour une famille montréalaise, c’est un projet qui vient tout juste de se concrétiser.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Oubliez les fonds d’écran à l’effet plaqué de la plateforme Zoom. Les palmiers qui entourent Marie-Laure Ollier et Nicolas Muszynski sont bien réels. La semaine dernière, le couple s’est envolé avec ses deux filles pour la Barbade, répondant ainsi à l’invitation lancée par la première ministre Mia Amor Mottley aux télétravailleurs du monde entier, avec la création d’un visa permettant aux étrangers ayant un emploi de s’installer au pays pendant un an. Une initiative qui a été rapidement imitée par deux autres archipels des Caraïbes, les Bermudes et Anguilla.

Alors que plusieurs ont abandonné leurs projets de voyage cette année, les Ollier-Muszynski s’en sont créé un. Partir vivre à l’étranger en famille avait toujours fait partie de leurs plans, « un jour ».

« On était en vacances quand on a vu l’offre de la Barbade », raconte Marie-Laure Ollier, traductrice à son compte, rencontrée quelques jours avant leur départ. « On était bien, la COVID n’existait plus. On était au soleil, au bord de l’eau. On a commencé à se projeter, à penser à la rentrée. À quoi va ressembler cette année ? L’école des filles, les masques, chaque fois qu’il y en a une qui va commencer à tousser, on va devoir la retirer. Un peu de fièvre, c’est pareil. On met tout sur pause. Est-ce que, finalement, ce ne serait pas la bonne année pour être complètement ailleurs ? »

PHOTO FOURNIE PAR MARIE-LAURE OLLIER

Marie-Laure Ollier, Nicolas Muszynski, Élisabeth et Charlotte sont arrivés la semaine dernière à la Barbade. L’entrée au pays s’est faite sans difficultés. Bien que leurs tests de dépistage de la COVID-19 aient été négatifs, ils doivent prendre leur température quotidiennement, dans les jours suivant leur arrivée, et la transmettre au ministère de la Santé et du Bien-être dans la Barbade.

La cadette devait entamer sa dernière année en CPE, alors que l’aînée entre en première année du primaire. Bilingues, les deux fillettes pourront fréquenter l’école publique barbadienne, qui est anglophone, grâce à ce visa, baptisé « Timbre de bienvenue » (Welcome Stamp). Afin que celles-ci ne ratent pas la rentrée de la fin de septembre, ils ont dû tout organiser très vite : demande de visa, achat des billets d’avion, location de leur maison à Montréal. Un mois plus tard, ils partaient.

Non sans que Nicolas ait obtenu l’autorisation de son supérieur qui, dit-il, n’a pas été difficile à convaincre. Œuvrant au sein d’une entreprise internationale d’énergie renouvelable, il interagit principalement avec des gens établis aux États-Unis. « Si j’avais demandé ça il y a un an, ç’aurait été plus complexe, remarque-t-il. En partie parce que je voyage habituellement pour le travail, mais aussi au niveau de l’attitude générale de tout le monde, pas juste les décideurs. »

C’est le gros point positif de toute cette affaire-là [la pandémie], s’il devait y en avoir un. Les gens vont avoir beaucoup plus de flexibilité pour travailler chez eux s’ils le souhaitent. C’est formidable ! Il était temps que le télétravail devienne une réalité.

Marie-Laure Ollier

Même s’ils ont l’impression de partir pour de meilleurs cieux, ils ne se font pas d’illusions : la Barbade n’est pas à l’abri de la COVID-19. Mais seulement 177 cas ont été recensés dans l’île caribéenne depuis le début de la pandémie. « Ce ne sera pas une bulle de COVID où on vivra tout le monde main dans la main, relativise Marie-Laure. Mais si jamais il devait y avoir un autre confinement, même là-bas, aussi bien le vivre au soleil. Mais je suis probablement la seule de la famille qui ne va pas s’ennuyer de la neige cette année ! »

À savoir

Que permet et que requiert le visa ?

Le visa « Welcome Stamp » délivré par la Barbade permet à un étranger et à sa famille de vivre dans le pays et d’y travailler pendant 12 mois. Le postulant doit détenir une assurance maladie et déclarer prévoir gagner un revenu d’au moins 50 000 $ US pendant cette année ou avoir les moyens de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Le visa ne permet pas de travailler pour une entreprise barbadienne, mais donne le droit aux enfants de fréquenter l’école publique. Le Canada étant considéré par les autorités comme présentant un « risque moyen », un test de dépistage à la COVID-19 doit être subi dans les 72 heures qui précèdent l’arrivée au pays ou sur place, à l’aéroport. Les frais de visa sont de 2000 $ US (environ 2600 $ CAN) pour un individu ou 3000 $ US pour une famille. Les règles sont semblables pour les Bermudes et Anguilla, qui offrent aussi de tels visas. Or, aux Bermudes, le visa ne coûte que 263 $.

Consultez le site Welcome Stamp (en anglais)

Comment obtenir une assurance santé voyage ?

L’assurance interruption ou annulation de voyage en lien avec la COVID-19 n’est pas couverte par les assureurs. Toutefois, la Croix Bleue du Québec et Medipac offrent une assurance couvrant les soins médicaux à l’étranger. Il ne faut cependant pas présenter de symptômes avant le départ. Notez aussi que pour conserver votre admissibilité au régime public d’assurance maladie du Québec, vous ne devez pas vous absenter de la province 183 jours ou plus, par année civile. Une exception à cette règle est toutefois permise une fois, tous les sept ans.

Les voyages dans les Caraïbes sont-ils permis ?

Le gouvernement du Canada demande toujours à ses citoyens d’éviter tout voyage non essentiel, peu importe la destination. Les Canadiens sont toutefois libres de quitter le pays, mais doivent se mettre en isolement pendant 14 jours à leur retour. Sur son site internet destiné aux voyageurs, le gouvernement canadien met néanmoins en garde ceux qui seraient tentés de partir.

« Les gouvernements des destinations qui ont rouvert leurs frontières aux touristes pourraient imposer sans préavis des restrictions strictes en matière de voyage s’ils connaissent une augmentation du nombre de cas de COVID-19, est-il écrit. Les options de transport international pourraient être grandement réduites, ce qui pourrait rendre difficile votre retour au Canada. Nous ne prévoyons pas offrir d’autres vols de rapatriement au pays. Si vous décidez de voyager malgré nos avertissements, sachez qu’il est possible que vous ayez à demeurer à l’étranger plus longtemps que prévu. »

Consultez le site du gouvernement du Canada

Les vols vers la Barbade ont-ils repris ?

Air Canada offre une liaison vers Bridgetown, capitale de la Barbade, avec une escale à Toronto. Les vols de WestJet pour cette destination reprendront le 4 octobre.