(Fort-de-France) Chaque hiver, la planète arrête de tourner en Martinique, le temps de célébrer le carnaval. Pendant plusieurs jours, c’est la fête sans relâche dans ce petit département d’outre-mer français, où couleurs, musique et costumes extravagants sont au rendez-vous. Nous avons assisté au plus récent carnaval, le 113e à avoir lieu dans l’île aux fleurs, en mars dernier.

Sophie Ouimet Sophie Ouimet
La Presse

PHOTO SOPHIE OUIMET, LA PRESSE

Même si chaque journée se déroule selon des thèmes bien précis, les déguisements rivalisent d’originalité pendant toute la durée du carnaval !

Le soleil brille sur la capitale de la Martinique, mais ce n’est rien comparativement à la fébrilité qui règne dans l’air. Les Martiniquais se préparent à leurs grandes festivités annuelles, le moment de l’année où le plaisir prend le dessus sur les responsabilités — et sur tout le reste, d’ailleurs : le carnaval.

En effet, rien d’autre ne compte pendant ces quelques jours où la vie est mise entre parenthèses. Déguisements, maquillage, défilés dans les rues, voitures trafiquées, tutus multicolores : les Martiniquais lâchent leur fou pendant le carnaval, leur rendez-vous annuel pour danser, chanter et se retrouver en famille.

Un peu d’histoire

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Scène du carnaval de la Martinique

Le carnaval possède des racines à la fois européennes et africaines. En effet, on a commencé à le célébrer à l’époque de la colonisation et de l’esclavagisme, à la fin du XVIIe siècle. Alors que les colons français qui avaient débarqué en Martinique fêtaient le carnaval entre eux — au moyen de grandes réceptions masquées dans leurs maisons —, les esclaves se sont mis à imiter leurs maîtres tout en important leurs propres traditions africaines avec tambours, musique et costumes. Depuis la fin de l’esclavagisme, en 1848, toutes les classes sociales fêtent ensemble, et les coutumes se sont mêlées.

Pendant longtemps, le carnaval se célébrait à Saint-Pierre, la capitale de l’île à l’époque. Mais en 1902, l’éruption du volcan de la montagne Pelée a complètement englouti le village, qu’on appelait le « petit Paris des Antilles ». Après quelques années de deuil, le carnaval a repris de plus belle, mais cette fois à Fort-de-France, la capitale actuelle. C’est maintenant là qu’il est célébré, dans le faste et l’extravagance.

Le carnaval jour après jour

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Le Mardi gras, les carnavaliers vêtus de rouge et de noir défilent dans les rues de la capitale.

En Martinique, le carnaval a lieu du Dimanche gras jusqu’au mercredi des Cendres. Le mercredi des Cendres marque le début du carême, soit 40 jours avant Pâques. Le mardi est donc la dernière occasion pour les gens de manger « gras » avant la période de jeûne et de prières.

Pour la même raison que les dates de Pâques varient d’une année à l’autre, celles du carnaval ne sont pas fixes non plus. Alors qu’en 2019, il avait lieu début mars en Martinique, en 2020, on le célébrera plutôt du 23 au 26 février.

Dimanche gras

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Scène du carnaval de la Martinique

C’est officiellement le début du carnaval, et on sent déjà toute l’agitation qui s’empare de la ville. Les gens sont déguisés et paradent dans les rues dans une atmosphère bon enfant. Justement, toute la famille y est, des petits aux plus grands, en passant par les grands-parents et la famille élargie. Car le carnaval est aussi une occasion pour les Martiniquais vivant aux quatre coins de l’île de se retrouver.

Pour la durée des festivités, le centre-ville de Fort-de-France est complètement fermé à la circulation automobile. Les gens qui affluent de partout dans l’île doivent se stationner là où ils le peuvent, à l’extérieur du périmètre carnavalier. Des rangées d’automobiles sont même stationnées en longues files sur la voie de desserte de l’autoroute.

Les restaurants ne sont pas ouverts non plus. En lieu et place, c’est la cuisine de rue qui est à l’honneur : acras de morue ou de légumes, christophine (légume), beignets de bananes, bokits (sandwichs), on mange un morceau de pâte frite avec famille et amis, puis hop ! on retourne célébrer dans la rue.

C’est aussi le dimanche qu’est dévoilé le roi Vaval, une immense marionnette qui défilera sur un chariot allégorique pendant la durée du carnaval. Chaque année, son thème est déterminé selon un événement lié à l’actualité, qui sous-tend souvent une critique sociale. En mars dernier, Vaval tenait un gilet jaune dans une main et une bouteille de champagne dans l’autre…

Lundi gras

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Des groupes de personnages qui partagent les mêmes costumes envahissent aussi les rues.

Traditionnellement, le Lundi gras se déroule sur le thème du mariage burlesque. Les rôles sont inversés : les hommes enfilent une robe blanche, les femmes, un smoking. De toute façon, les costumes extravagants sont de mise pendant tout le carnaval. Paillettes, collants à mailles, tous les accessoires colorés et excentriques sont permis, et il n’est pas rare de voir des hommes déguisés en femmes, et ce, pas uniquement le lundi…

Le Lundi gras est aussi la journée de la parade du Sud. Effectivement, si l’épicentre du carnaval a lieu dans la capitale Fort-de-France, il est aussi célébré dans les autres communes. Cette année, la parade du Sud avait lieu aux Anses d’Arlet, aussi reconnues pour leurs plages magnifiques.

Mardi gras

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Le mardi, les diables sont de sortie, avec leurs fourches, leurs masques ornés de cornes de bisons et les bouts de miroirs cassés collés sur leurs costumes.

Le Mardi gras est la journée la plus excitante pour la plupart des gens. On s’habille en rouge et en noir, car c’est le jour où les diables sortent dans les rues. Ceux-ci portent des cornes de bovins sur la tête, et leurs costumes sont constellés de morceaux de miroirs brisés. Ils sont bien sûr accompagnés de diablotins.

Pendant la journée et jusqu’à tard en soirée, les défilés s’ébranlent. On désigne comme « vidés » les différents groupes de piétons. On peut en rejoindre un ou plusieurs, au gré de nos envies.

À cette occasion, nous avons suivi un célèbre groupe à pied, Tanbou Bô Kannal, dans les rues de Fort-de-France. Tout de rouge vêtus, ils se sont élancés dans les rues sous les sons des tambours et des chants, leur visage délicatement maquillé, en se déhanchant aux sons de la musique rythmée.

Le groupe carnavalier nous a menés jusqu’au bord de mer, en passant par les grandes rues de Fort-de-France, devant certains bâtiments à l’architecture coloniale chargée d’histoire, dont la bibliothèque Schœlcher. On a aussi longé l’hôtel L’Impératrice, rue de la Liberté, et ses nombreux spectateurs juchés sur les balcons. De temps en temps, nous avons aperçu la mascotte Vaval, qui oscillait de droite à gauche sur un char allégorique. En suivant la mesure et le pas du vidé, la magie du carnaval s’est fait vraiment sentir sous les chauds rayons de soleil d’un après-midi martiniquais.

Mercredi des Cendres

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Scène du carnaval de la Martinique

Puisque le mercredi des Cendres est jour de deuil, l’habillement de mise doit être noir et blanc. Malgré les folies de la veille, l’atmosphère est encore à la célébration dans les rues.

C’est aujourd’hui, à la tombée du jour, que Vaval est brûlé sur la place publique. En théorie, c’est cet événement qui sonne la fin du carnaval. Mais les célébrations se poursuivront encore jusqu’à tard dans la nuit… Il faut dire que plus la semaine avance, plus les festivités se réchauffent.

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Scène du carnaval de la Martinique

Le jeudi matin, tout est bel et bien terminé, et la ville de Fort-de-France a des allures de lendemain de veille. Mais pas pour longtemps, puisque la vie reprendra vite son cours en Martinique…

Maintenant, tous les yeux sont rivés sur la prochaine mouture du carnaval. Rendez-vous en février 2020 pour la suite !

Les frais de voyage ont été payés par le Comité martiniquais du tourisme, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du reportage.

Repères

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Scène du carnaval de la Martinique

Visiter la Martinique pendant le carnaval ?

En tant que touriste, le carnaval est un moment un peu plus difficile pour visiter l’île des Petites Antilles, puisque plusieurs commerces et restaurants sont fermés et que le chaos règne. Avec la réduction des services, c’est donc l’équivalent d’un long congé férié. Mais même s’il s’agit sans conteste de la fête des Martiniquais, le carnaval représente aussi une occasion privilégiée d’être témoin de ces célébrations uniques, et tout le monde, sans exception, est invité à partager avec la communauté. Les touristes sont donc les bienvenus pendant les festivités.

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Scène du carnaval de la Martinique

Certaines entreprises sur place peuvent toutefois aider les novices à mieux vivre le carnaval, en leur offrant un accès privilégié aux festivités. Par exemple, la société Spot Evasion, spécialisée en services touristiques et événementiels, offre de vivre le carnaval de l’intérieur.

Liaisons aériennes

Air Canada et Air Transat opèrent tous deux des vols directs vers la Martinique. Chez Air Canada, on offre entre une et trois liaisons par semaine, en fonction du moment de l’année. Du côté d’Air Transat, les vols reprennent le 11 décembre, jusqu’à la fin de mars, et auront lieu deux fois par semaine : les mercredis et samedis.

Les Neg Gwo Siwo

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Parmi les personnages du carnaval, on trouve les Neg Gwo Siwo, enduits d’une substance noirâtre très collante, mais qui goûte la mélasse !

Si vous les apercevez, écartez-vous ! Leur rencontre pourrait être bien salissante, ainsi qu’inoubliable pour vos vêtements. Vêtus simplement d’un pagne, les Neg Gwo Siwo s’enduisent d’une préparation bien collante, constituée de sirop de canne mélangé avec du charbon, leur donnant un aspect noirâtre qui « effraie » les passants. La petite histoire raconte que les esclaves se couvraient d’une substance semblable pour fuir les plantations. Les Neg Gwo Siwo ne sont qu’un exemple parmi les nombreux personnages qui envahissent le carnaval, avec les hommes d’argile, par exemple, ou les diablesses.

Consultez le site de Spot Evasion : https://spotevasion.com