Banff est le camp de base parfait pour accéder aux pentes de Sunshine, Lake Louise et Norquay. Mais ce village des Rocheuses a beaucoup plus à offrir que le gîte et l'après-ski. C'est un repaire culturel et artistique qui mérite qu'on s'y attarde.

Publié le 28 févr. 2009
Ariane Krol LA PRESSE

Jour 1

17  h : Finir la journée en beauté

Moins d'une demi-heure après avoir dételé ma planche à Sunshine, je suis de retour au village. Le bain chaud n'est pas très loin. À Banff, il se prend en plein air, aux sources thermales Upper Hot Springs, un spectaculaire bain public construit à presque 1600 mètres d'altitude.

Le gouvernement fédéral a nationalisé ces sources minérales dans les années 1880, mettant un terme aux chicanes des entrepreneurs qui s'en disputaient la propriété. Une décision qui a sans doute contribué à garder les tarifs accessibles: si vous apportez serviette et cadenas, il ne vous en coûtera que 7,30 $ pour aller faire trempette. La température de l'eau peut monter jusqu'à 47 degrés en hiver - elle était à 39 le jour de ma visite. C'est excellent pour détendre les muscles, mais on tient difficilement plus d'une demi-heure dans cette marmite. Dommage. La vue des sommets enneigés à travers la vapeur d'eau chaude a vraiment quelque chose de magique.

Flottant sur un nuage, je redescends prendre un verre et une bouchée au Juniper, un ancien motel des années 50 réincarné en hôtel-boutique. La vue est spectaculaire et les panneaux informatifs accrochés dans le couloir m'apprennent une foule de détails sur la région. On y parle notamment de la pierre du mont Rundle, omniprésente dans l'architecture locale, et du site archéologique découvert sur le terrain même de l'hôtel.

Jour 2

10 h : Les voies du Seigneur sont impénétrables

J'attrape un café à la boulangerie artisanale Wild Flour et me rends au coin des rues Buffalo et Beaver. Sous des dehors modestes, la petite église anglicane St. George's-in-the-Pines abrite des vitraux étonnants. Dessinés par un pasteur retraité, ils rendent un hommage lumineux à la beauté des Rocheuses. Le mouflon et l'écureuil roux semblent prêts à bondir du cadre, tout comme la skieuse qui dévale les pentes en tenue des années 60.

11 h 30 : Culture en pleine nature

En montant vers le Banff Centre, je m'arrête au belvédère pour admirer l'hôtel Banff Springs, de l'autre côté de la rivière Bow. L'établissement construit à la fin du XIXe siècle a des allures de château imprenable. Au Banff Centre, par contre, les résidences d'artistes sont tellement bien intégrées à l'environnement qu'elles ressemblent à d'immenses cabanes dans les arbres. Mais les créations qu'on y diffuse n'ont rien de folklorique. Lors de mon passage, la galerie Walter Phillips accueillait des installations vidéo constituées d'extraits de films d'horreur. Les nombreuses salles du domaine offrent une vaste programmation.

14 h : Histoire et modernité

Après un arrêt chez Eddie, où l'on crée son propre burger en puisant dans une vaste sélection de pains, de viandes et de garnitures, je me dirige vers le musée Whyte, qui a toujours des expositions d'une grande qualité. La première est consacrée à Norman Luxton, un aventurier établi à Banff au début du siècle dernier et qui a grandement contribué à son rayonnement. Dans la salle voisine, les gigantesques photos aériennes d'Edward Burtynsky présentent une image beaucoup moins bucolique de l'Alberta. Les sables bitumineux figurent en effet en bonne place dans cette expo sur l'industrialisation de la nature.

Je termine la journée en flânant sur l'avenue Banff. La municipalité étant située à l'intérieur d'un parc national, son développement demeure sévèrement contrôlé. C'est sans doute ce qui explique l'insouciance avec laquelle ce trio de chevreuils traverse la rue principale. J'en oublie presque de regarder l'installation de corbeaux en bronze perchés aux abords de la place publique.

J'aboutis au Bison, un resto lounge rustique chic qui fait la part belle aux producteurs locaux. Chacun des artisans est d'ailleurs présenté en détail dans le menu.

Jour 3

10 h : Vues d'ici

Un papillon trouvé sous l'essuie-glace m'arrache un sourire. Ce que j'avais pris pour de la pub est en fait un petit mot de l'hôtel Delta : «Pour vous permettre d'apprécier notre paysage, nous avons nettoyé votre pare-brise.»

Justement, le sommet du mont Sulphur offre une vue imprenable sur les environs. On y accède en gondole ou à pied, mais en hiver, mieux vaut s'informer de l'état du sentier.

Je redescends vers Cave and Basin, la première station thermale de Banff, construite en 1886. Aux Upper Hot Springs, on traite l'eau pour éliminer l'odeur de souffre, mais pas ici. Près du bassin naturel creusé à même le roc, les effluves d'oeufs pourris sont intolérables. Les premiers curistes avaient bien du mérite ! Le bain public a été fermé au début des années 90, mais le centre d'interprétation du pavillon principal continue à nous renseigner sur l'histoire de Banff et de ses merveilleuses sources.