À parcourir le monde pour s’en mettre plein la vue, on tombe parfois sur des phénomènes étonnants qui, derrière leur voile de mystère, s’éclairent par des explications rationnelles. Bienvenue au pays des effets et des illusions d’optique.

Publié le 7 mai
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Les naturelles

Une cascade enflammée

Le parc national de Yosemite regorge de merveilles naturelles, avec ses géants de granite prisés des randonneurs et des grimpeurs. On y trouve aussi une cascade bien particulière, Horsetail Fall, touchée par un phénomène optique rare et captivant. Se jetant depuis la face orientale du mont El Capitan, cette modeste coulée d’eau devient une véritable attraction dans la seconde partie de février, puisqu’elle se retrouve, dans certaines conditions météorologiques, éclairée de l’arrière par le soleil couchant. L’effet est magique, attribuant une teinte orangée ou dorée à la chute, donnant l’impression qu’elle s’enflamme. « Ce phénomène lumineux unique se produit seulement le soir, avec un ciel dégagé et si la cascade s’est formée. La moindre petite brume ou couverture nuageuse peut l’atténuer ou l’empêcher », précisent les responsables du parc.

Fata Morgana, un mirage dans les airs

  • Prise dans la région du Sud Lipez, en Bolivie, cette photo montre comment les montagnes à l’horizon paraissent grugées par le ciel…

    PHOTO SYLVAIN SARRAZIN, ARCHIVES LA PRESSE

    Prise dans la région du Sud Lipez, en Bolivie, cette photo montre comment les montagnes à l’horizon paraissent grugées par le ciel…

  • … et sont parfois réduites à de simples taches flottant dans les airs !

    PHOTO SYLVAIN SARRAZIN, ARCHIVES LA PRESSE

    … et sont parfois réduites à de simples taches flottant dans les airs !

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Au loin, des montagnes qui fument, des bateaux flottant au-dessus de l’eau, des bâtiments grugés à leur base… parfois, les horizons nous en font voir de toutes les couleurs, et de toutes les formes. Ces mirages, connus sous le nom de fata Morgana et auxquels on attribuait autrefois des propriétés magiques, s’expliquent facilement par la théorie optique, et la déviation de la lumière lorsqu’elle traverse différentes couches de température dans l’air.

« Cela résulte du fait que l’atmosphère n’a pas la même température partout, ce qui change l’indice de réfraction dans l’air et dévie les rayons lumineux, indique Simon Thibault. Nous regardons les objets en ligne droite, mais certains rayons lumineux peuvent être courbés à cause du changement de température avant de revenir vers notre œil. En fait, ce que l’on voit, c’est une copie de la montagne, parfois déformée. C’est le même phénomène de mirage quand on a l’impression de voir de l’eau sur la route quand il fait chaud, alors que c’est la lumière du ciel qui est déviée vers notre œil. »

Les fata Morgana peuvent être aperçues un peu partout dans le monde, de la Bolivie au lac Léman, et paraît-il que la baie des Chaleurs serait un bon poste d’observation, quand les conditions atmosphériques sont réunies.

Une cascade enflammée

PHOTO JORGE VILLALBA, GETTY IMAGES

Une cascade de lave au cœur de Yosemite ? Non, juste une question d’angle : dès la mi-février, le soleil vient éclairer la chute d’eau par l’arrière, donnant l’impression que le liquide s’enflamme.

Le parc national de Yosemite regorge de merveilles naturelles, avec ses géants de granite prisés des randonneurs et des grimpeurs. On y trouve aussi une cascade bien particulière, Horsetail Fall, touchée par un phénomène optique rare et captivant. Se jetant depuis la face orientale du mont El Capitan, cette modeste coulée d’eau devient une véritable attraction dans la seconde partie de février, puisqu’elle se retrouve, dans certaines conditions météorologiques, éclairée de l’arrière par le soleil couchant. L’effet est magique, attribuant une teinte orangée ou dorée à la chute, donnant l’impression qu’elle s’enflamme. « Ce phénomène lumineux unique se produit seulement le soir, avec un ciel dégagé et si la cascade s’est formée. La moindre petite brume ou couverture nuageuse peut l’atténuer ou l’empêcher », précisent les responsables du parc.

Un lac suspendu

PHOTO ABBPHOTO, GETTY IMAGES

Alors que ce lac des îles Féroé semble très haut par rapport au niveau de la mer, il n’est en fait que quelques mètres au-dessus de l’océan.

Quiconque se rend au sommet de la falaise Trælanípan, aux îles Féroé, se trouve devant une étrange illusion d’optique. Face au randonneur se niche le lac Leitisvatn (aussi appelé Sørvágsvatn par certains habitants de l’endroit), qui semble perché très haut par rapport au niveau de la mer, visible en contrebas. Mais « le lac flottant » n’est en fait qu’à quelques mètres de l’océan, l’œil étant leurré par la disposition des falaises alentour, la perspective donnant l’impression qu’il se trouve plutôt à des centaines de mètres plus haut. Il s’agit de la plus vaste étendue d’eau du secteur, et il est possible d’y naviguer en kayak, d’après l’office de tourisme local.

Les routières

Des côtes magnétiques attirantes

PHOTO TIRÉE DU SITE DE L’OFFICE DE TOURISME DES CANTONS-DE-L’EST

La côte magnétique de Chartierville. En saison, on y trouve également un petit centre d’interprétation.

Des autos au neutre qui remontent une pente toutes seules à reculons, comme si elles étaient aspirées ou attirées par un aimant ? C’est l’impression que ressentent les conducteurs qui sont partis se frotter aux « côtes magnétiques », que l’on trouve de l’Écosse à l’Australie en passant par Moncton ou le Québec (à Chartierville, en Estrie, à Buckland, dans Chaudière-Appalaches). Ici, pas de phénomène physique à proprement parler, car c’est une interprétation de notre cerveau, privé de repères (comme la ligne d’horizon), qui fait penser que l’on monte, alors qu’on descend.

« C’est un trompe-l’œil. Quand nous n’avons pas de points de repère dans l’espace, c’est difficile de savoir si ce qu’on voit est un effet de perspective ou un effet réel. Dans le cas des côtes magnétiques, tout l’environnement nous empêche d’avoir des points de repère fixes, on est juste trompés par la géométrie. Par exemple, si on suit une route parfaitement droite et qu’on la borde de buissons toujours plus petits, on pourrait penser qu’on descend », illustre M. Thibault, qui a lui-même expérimenté une côte magnétique dans son enfance ; sans grand succès !

Un pont vers le ciel

PHOTO ALEXANDER NIKIFOROV, GETTY IMAGES

Le pont Storseisundet, un tremplin vers l’Atlantique ? L’illusion amuse beaucoup les internautes. Cela dit, la route et le design de la structure sont sublimes.

Dans l’ouest de la Norvège, le tracé d’Atlanterhavsvegen (« route de l’Atlantique ») saute d’îlot en îlot au gré d’élégants ponts, offrant une vue spectaculaire sur l’océan. Si les couchers de soleil et les furies maritimes y sont réputés, une petite cocasserie attire également le regard des curieux : observé sous un certain angle, le pont Storseisundet semble s’élever et déboucher sur… rien. De loin, un conducteur a l’impression de se diriger droit vers un tremplin géant qui le ferait plonger dans l’Atlantique. En fait, c’est la courbure inhabituelle du pont qui crée l’illusion d’un arrêt net de la chaussée. Un stationnement peu avant la structure permet d’admirer le trompe-l’œil à loisir. Cette route de 36 km, dont certaines sections sont bordées par la mer des deux côtés, peut aussi être suivie à vélo.

Passages piétons en 3D

PHOTO PHILIPPE HUGUEN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Un passage piéton 3D aménagé en 2017 à Cysoing, en France

De l’Inde à l’Islande en passant par la Chine et la France, de nombreux pays ont commencé à peindre sur la chaussée des passages piétons en trois dimensions, donnant l’impression aux automobilistes qu’ils foncent droit vers des blocs posés au sol. Ici, pas de secret scientifique complexe, simplement une question de perspective qui ne manque pas d’intriguer les visiteurs motorisés.

Les artistiques

Des trompe-l’œil à la pelle

  • La fresque du Petit-Champlain illustre les grandes étapes de la vie du Cap-Blanc, quartier populaire et portuaire de Québec, de la Nouvelle-France jusqu’à notre siècle.

    PHOTO CORINNE POIREUX, CCNQ, TIRÉE DU SITE DE L’OFFICE DE TOURISME DE QUÉBEC

    La fresque du Petit-Champlain illustre les grandes étapes de la vie du Cap-Blanc, quartier populaire et portuaire de Québec, de la Nouvelle-France jusqu’à notre siècle.

  • Sherbrooke compte pas moins de 18 œuvres murales en trompe-l’œil.

    PHOTO FOURNIE PAR DESTINATION SHERBROOKE

    Sherbrooke compte pas moins de 18 œuvres murales en trompe-l’œil.

  • La Fresque des Québécois, au cœur de Québec, se prolonge dans son environnement.

    PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

    La Fresque des Québécois, au cœur de Québec, se prolonge dans son environnement.

  • Destinées et origines, visible à Sherbrooke

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE MURIRS

    Destinées et origines, visible à Sherbrooke

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Les artistes rivalisent d’imagination pour travestir le réel et semer le doute dans nos rétines. Les trompe-l’œil et autres installations destinées à créer des illusions se comptent par milliers dans le monde. Proche de nous, certaines villes aiment bien jouer des tours à leurs visiteurs, comme à Québec, où l’on retrouve trois œuvres murales fondues dans le décor, dont La fresque des Québécois et celle du Petit-Champlain, à caractère historique. Sherbrooke n’est pas en reste, avec 18 œuvres murales caméléons disséminées au gré d’un circuit mettant en vedette l’histoire et la culture de la ville. On adore Destinées et origines, qui semble faire ouvrir un pan de mur sur la nature. De plus, une application mobile permet de les rendre vivantes. À découvrir !

Consultez le site de Murales Sherbrooke

Un mouchoir dans le ciel

  • La sculpture mesure 35 m de hauteur.

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE GIBBS FARM

    La sculpture mesure 35 m de hauteur.

  • De loin, cette œuvre de Neil Dawson semble être dessinée dans le paysage.

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE GIBBS FARM

    De loin, cette œuvre de Neil Dawson semble être dessinée dans le paysage.

  • De près, on peut mieux apprécier la structure d’acier.

    PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE GIBBS FARM

    De près, on peut mieux apprécier la structure d’acier.

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Parmi les innombrables œuvres d’art existantes jouant sur l’optique, citons celle-ci, signée Neil Dawson et installée sur le terrain de Gibbs Farm, un gigantesque lieu d’exposition d’art visuel en plein air. Ce qui, de près, ressemble à une structure métallique plutôt conventionnelle se mute en mouchoir de papier en train de se poser sur une colline une fois observé de loin. On jurerait qu’il a été dessiné au feutre sur le ciel, extrait d’un film d’animation. Saisissant !

Les cascades de livres d’Alicia Martín

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE LA CASA DE AMERICA

Biografías a été exposée dans diverses villes d’Espagne et du monde.

Ce ne sont pas des illusions optiques à proprement parler, mais les œuvres d’Alicia Martín n’ont pas manqué de taper dans l’œil des touristes et des internautes du monde entier. Depuis une quinzaine d’années, la Madrilène a inauguré une série de sculptures, Biografías, mettant en scène 5000 véritables livres assemblés de façon à donner l’impression de jaillir d’une fenêtre comme une cascade. D’abord présenté à la Casa de América de Madrid, le concept a par la suite fait le tour du monde, de La Haye à Mexico. Malheureusement, elle n’en exposerait pas à l’heure actuelle.

Les muséales

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU MUSÉE DES ILLUSIONS DE TORONTO

Petit, grand, à l’endroit, à l’envers ou en mille exemplaires : les leurres optiques du Musée des illusions tordent vos rétines dans tous les sens.

Les illusions ne se rencontrent pas seulement dans la nature ou dans la rue, elles peuvent aussi se cacher entre quatre murs. Pas moins de 34 villes internationales disposent d’une antenne du Musée des illusions, dont Toronto. Une vingtaine de branches supplémentaires sont prévues, y compris à Boston. Leurres optiques, salle antigravité, jeux de miroirs, hologrammes… une foule d’activités amusantes, calibrées pour la photographie et garnies d’explications scientifiques, tendent des pièges aux curieux.

Consultez le site du musée