Guy Bergeron est un spécialiste des croisières. Le copropriétaire de l’agence de voyages Croisières pour tous travaille dans l’industrie depuis plus de 42 ans et ne ménage pas ses efforts pour envoyer ses clients à bord d’un navire ici ou là dans le monde. Mais pas en 2021.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« On a annoncé des départs accompagnés en 2022 et on a une très belle réponse, affirme-t-il. Par contre, pour 2021, on n’essaie même pas. Il n’y a aucun intérêt. »

Il rappelle que la clientèle des croisières est un peu plus âgée que la moyenne et qu’elle est donc un peu plus inquiète au sujet de la question de la santé.

Il y a encore un certain nombre de croisières affichées pour les mois d’été, mais M. Bergeron s’attend à ce qu’elles soient annulées les unes après les autres. « Quelqu’un qui dit qu’il y aura des départs en juin ou en juillet vit sur une autre planète. Entre vous et moi, il n’y aura pas de croisières avant septembre. Et même là, elles seront plus courtes, avec plusieurs restrictions. »

Il ajoute que bien des gens ne savent même pas s’ils vont être vaccinés d’ici septembre. Et même s’ils le sont, ce ne sera pas nécessairement le cas des personnes qu’ils sont susceptibles de rencontrer dans les divers endroits qu’ils voudront visiter.

Par contre, les départs devraient exploser en 2022.

Nous parlons à nos clients : ils ont hâte de partir. Ils auront été sur les brakes pendant deux ans.

Guy Bergeron, de l’agence de voyages Croisières pour tous

Guy Bergeron affirme que pour bien des gens, le voyage est comme une drogue. Certains voyagent depuis 10, 15 ou 20 ans. Ils ont envie de continuer. Or, pour cette clientèle plus âgée, le passage des années commence à avoir son importance. « Ils savent que les années comptent. Ils se disent : “Si je n’y vais pas maintenant, est-ce que je vais pouvoir y aller plus tard ?” »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LAPRESSE

Le MS Koningsdam est ancré au large de Cap Cana, en République dominicaine.

Le copropriétaire de Croisières pour tous indique que ses clients ne sont pas millionnaires. Ce sont souvent des retraités qui comptent sur un fonds de retraite. « Ils ont une pension tous les mois, mais ils ne la dépensent pas : ils ne peuvent pas la dépenser ! C’est frustrant pour eux de se dire qu’ils pourraient être en voyage présentement, qu’ils auraient l’argent, mais ils ne peuvent pas. »

Guy Bergeron illustre la hâte de sa clientèle avec une anecdote : dans une infolettre récente, il a annoncé l’organisation de quatre voyages en 2022 : des croisières dans les Caraïbes, en Europe et au Japon, puis un voyage en Angleterre. Deux couples ont appelé pour faire savoir qu’ils s’inscrivaient aux quatre expéditions !

PHOTO MARIE TISON, ARCHIVES LA PRESSE

Adventure Canada offre des croisières en Arctique et dans l’est du Canada, comme ici, au parc national de l’Île-de-Sable, au large de la Nouvelle-Écosse. Ce ne sera pas en 2021 qu’il sera possible d’admirer les célèbres chevaux sauvages de cette île isolée.

Pas dans les eaux canadiennes

Le 4 février dernier, Transports Canada a prolongé jusqu’au 22 février 2022 l’interdiction de toute circulation de bateaux de croisières dans les eaux canadiennes et de bateaux de plaisance dans les eaux de l’Arctique canadien.

« On se préparait à plusieurs scénarios, y compris une prolongation de l’interdiction, mais on a été un peu surpris de voir que ce serait pour toute l’année », affirme Cedar Swan, cheffe de la direction d’Adventure Canada, entreprise ontarienne qui organise des croisières dans l’Est canadien et dans l’Arctique.

Le croisiériste avait annulé toute sa saison 2020. Il a dû se résoudre à annuler sa saison 2021, soit une douzaine de croisières. Plusieurs clients qui avaient réservé des cabines pour 2021 avaient déjà demandé à reporter leur réservation en 2022 ou 2023. Il restait environ 1400 clients encore inscrits pour 2021 que les employés d’Adventure Canada sont en voie de contacter pour leur annoncer la mauvaise nouvelle.

Environ 90 % de ceux que nous avons contactés jusqu’ici reportent leur réservation en 2022 ou 2023. Nous sommes très chanceux d’avoir des clients qui sont prêts à attendre une année ou deux pour voyager avec nous.

Cedar Swan, cheffe de la direction d’Adventure Canada

Elle note que les croisières qu’Adventure Canada offre à travers le passage du Nord-Ouest sont particulièrement populaires, tout comme ses croisières le long du Labrador et autour de Terre-Neuve.

De son côté, Guy Bergeron affirme que les croisières en Europe, notamment sur la Méditerranée, sont très demandées pour 2022. « On vend un peu de croisières dans les Caraïbes, mais très peu. L’Europe attire plus le monde. »

Il observe qu’en général, les organisateurs de croisières offrent des conditions de réservations et d’annulation assez souples. Par contre, ils ont majoré leurs prix. « Si on regarde les années passées, c’est pas mal plus cher. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Les organisateurs de croisières ont majoré leurs prix.

M. Bergeron estime que les sociétés de croisières et les transporteurs aériens devraient exiger une vaccination contre la COVID-19 pour permettre aux passagers de monter à bord. À la fin de janvier, Saga Cruises a été le premier croisiériste à exiger le vaccin. La plupart des autres sociétés de croisières ont préféré attendre avant de suivre cette voie. L’industrie a toutefois mis en place une variété de mesures pour prévenir toute éclosion.

Guy Bergeron rappelle les histoires d’horreur du printemps dernier, lorsque des passagers ont été isolés pendant des semaines dans des navires qui connaissaient des éclosions catastrophiques. « Les compagnies de croisières ont eu leur leçon, affirme-t-il. Elles sont maintenant plus sévères que n’importe qui. »