(Bethléem) Cette année pour Noël, il n’y a pas de touristes à Bethléem. Les vendeurs de reliques désespèrent dans des rues presque désertes et le clergé s’apprête à des célébrations inusitées : sans fidèles mais avec plus de prières pour rassurer en ces temps difficiles.

Guillaume LAVALLÉE
Agence France-Presse

Décembre 2019 à Bethléem, une noria de cars climatisés livrait des dizaines de milliers de touristes à cette petite ville palestinienne, plantée à moins d’une dizaine de kilomètres de Jérusalem, derrière un épais rideau de béton graffité construit à cet endroit par Israël.

Dans la basilique de la Nativité, il fallait presque jouer du coude pour contempler, ne serait-ce que quelques minutes, la grotte où, selon la tradition, le Christ est né il y a plus de 2000 ans.

Mais cette année, la basilique n’est inondée que de lumière, celle du soleil qui fend les vitraux pour se décomposer en faisceau.  

Sous la nef, dans la grotte de la Nativité, quatre moines presque en transe récitent des prières en arménien, leurs voix réverbérant en écho dans la voûte, parfumée d’épaisses volutes d’encens.

« L’amour de Dieu emplit ce lieu, ce lieu saint, pour nous dire : n’ayez pas peur, je suis avec vous, tout cela va passer et moi je resterai […] Et Dieu merci Noël est toujours là et donne sens à tout. Cela apporte l’espoir, la paix et encourage au don », souffle Rami Asakrieh, le père de la paroisse de Bethléem en Cisjordanie occupée.  

« Parfois, plus d’un demi million de personnes venaient à la basilique pendant les fêtes mais en cette année de corona, il y a de nombreuses restrictions sanitaires, le nombre est limité […] Il y a moins de commerce, mais plus de religion », dit-il.

Pandémie de COVID-19 oblige, le 24 au soir à la basilique, il n’y aura pas de messe devant public, pas de cortèges de dirigeants palestiniens, avec président Mahmoud Abbas en point d’orgue, mais une messe de Noël réunissant uniquement le clergé et télédiffusée à travers le monde.

« Chagrin et douleur »

Pour les derniers jours avant Noël, la chapelle Sainte-Catherine, jouxtant la basilique de la Nativité, a été rouverte pour la population locale, endimanchée, talon haut pour les unes, et complet-cravate pour certains comme Nicolas al-Zoghbi.

« Noël est la fête de la joie et de la paix pour tous les peuples, mais cette année, à cause de la pandémie […] la dépression domine », déplore-t-il à la sortie de la messe, évoquant le « chagrin et la douleur » de ceux, comme son fils, qui ont perdu par exemple leur emploi.  

« Nous espérons que le Seigneur détruira le corona et que nous pourrons revenir à notre vie antérieure », tente de sourire cet homme qui a « dépassé les 70 ans ».

Pour l’anniversaire de la naissance du Christ, l’économie locale est morte. Qui à Bethléem achète chapelets de bois, cartes postales, cierges et reliques et qui va au restaurant ou réserve des nuits d’hôtel si ce ne sont les touristes ?

« Nous n’avons rien vendu depuis neuf mois, et dans les derniers jours j’ai vendu pour un total de 170 shekels (43 euros) », désespère Georges Baboul, assis devant sa boutique sur une chaise en plastique, ses mains tenant sa marchette.

« Cela fait 60 ans que je suis dans ce business et je n’ai jamais vu ça de ma vie », dit-il, même pendant les soulèvements palestiniens en Cisjordanie, territoire occupé par l’armée israélienne depuis 1967.

« Vous êtes le premier client à rentrer dans ma boutique depuis mars […] nous sommes en train de mourir », se décourage Seif, un jeune commerçant musulman.

Pas de cadeaux à Gaza

Sans touristes étrangers, les commerçants de Bethléem ne peuvent même pas se rabattre cette année sur les centaines de chrétiens de la bande de Gaza, territoire palestinien sous blocus israélien, qui traversent les terres d’Israël pour se rendre tels des mages à Bethléem pour la naissance du Christ.

« Nous n’avons pas reçu de permis cette année à cause de la pandémie de corona », explique le père Youssef  Assaad, du monastère latin de Gaza. Comme les mosquées de ce territoire sous contrôle du Hamas, l’église latine est fermée au public mais les messes, elles, sont diffusées en ligne.

Issa Abou Georges, qui n’a pu acheter de cadeaux à sa fille et son fils, suit ces messes en ligne.

Et pour Noël, « ma famille et moi prierons Dieu pour que la pandémie cesse et la paix prévale en Terre Sainte et dans le monde ».