Les plus optimistes visent 2021, d’autres 2022, voire 2023. Cloués au sol par la pandémie, des voyageurs préparent leur prochain départ. Une aventure ambitieuse qui n’est pas pour demain, mais juste d’y penser les fait rêver.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Marjorie Julien et son conjoint ont pris un engagement : en 2023, ils partiront en voyage pendant trois mois. La destination n’est pas arrêtée, les billets d’avion encore moins achetés, mais la demande pour un congé à traitement différé a été déposée et acceptée par leur employeur. « Une promesse pour plus tard », souligne Mme Julien.

Ils songent à l’Australie, pour aller rendre visite à des amis qui auront un enfant cette année, la Nouvelle-Zélande et quelques pays d’Asie. Ou à l’Amérique du Sud. Un long voyage qui s’inscrit dans leur volonté de partir moins souvent, mais plus longtemps, afin de diminuer leur impact environnemental.

Par prudence, ils ont décidé que ce voyage aurait lieu en 2023. « On n’est pas certains, à cause de la pandémie, quand ce sera responsable ou raisonnable de le faire, alors on s’est dit qu’on attendrait trois ans, dit celle qui travaille dans le milieu de la santé. On espère que ce sera suffisant. »

Chez CAA-Québec, qui possède sa propre agence de voyages, le porte-parole Pierre-Olivier Fortin indique observer de la demande pour des voyages en 2022, voire pour la fin de 2021, notamment pour Disney et les croisières.

Planifier pour rester « zen »

Kassandra Fontana espère quant à elle pouvoir partir en novembre 2021. Elle compte visiter une quinzaine de pays, pour le plaisir ou pour faire du bénévolat, sur une période de neuf mois. Sur son itinéraire figurent notamment Paris, Londres, le Portugal, la Grèce, le Cambodge, la Thaïlande, l’Argentine, le Pérou, le Nicaragua et la République dominicaine, où elle a vécu pendant quatre ans.

Prévu à l’origine pour le mois prochain, son périple a été repoussé lorsque la pandémie a frappé, lui laissant alors beaucoup de temps pour le planifier. « Je n’ai pas encore réservé de vols, précise-t-elle. Ça m’inquiète un peu. »

Ma première semaine au Portugal est organisée au point où je sais quelle ligne de métro je vais prendre pour arriver à l’appartement que j’aimerais avoir. J’ai commencé à regarder, en détail, la distance qui sépare les villes que je vais visiter. Ça me garde zen !

Kassandra Fontana

Planifier un voyage, même dans un futur lointain, a des bienfaits psychologiques, selon le psychologue Nicolas Chevrier, spécialisé dans le traitement de l’épuisement professionnel. « De faire de la recherche sur l’endroit où on va, les randonnées qu’on veut faire, les musées qu’on veut visiter, les hôtels où on va aller, cette préparation va nous amener du plaisir, un détachement par rapport au travail, à la vie quotidienne, et nous permettre de travailler sur un certain sentiment de contrôle qui, en ce moment, nous échappe jusqu’à un certain point », souligne-t-il.

« On a tous besoin d’avoir un objectif dans la vie, d’avoir quelque chose qui nous motive, rappelle Kassandra Fontana. Je travaille présentement en hôtellerie. Je vois comment ce n’est pas évident dans le domaine touristique. Après de longues journées, j’arrive chez nous et c’est la seule chose qui me fait du bien. Je pense à mon itinéraire, aux activités que je vais faire. »

PHOTO FOURNIE PAR KASSANDRA FONTANA

Kassandra Fontana

Se projeter dans l’avenir permet aussi d’entrevoir le retour à une certaine « normale ». « C’est important pour les gens de façon générale de ne pas développer l’impression qu’on est pris dans cette situation pour encore le reste de nos jours », remarque Nicolas Chevrier. Et un projet de voyage, c’est un projet, un concept qui se fait plus rare dans nos vies depuis le début de la pandémie.

Le fait de pouvoir développer des projets a un effet sur la santé psychologique de façon générale. En ce moment, on a perdu toutes nos soupapes. Dans mon bureau, on sent l’impatience. Les gens sont fatigués.

Nicolas Chevrier, psychologue

« On est dans la routine, on ne peut plus voir nos familles, il n’y a plus de projets qu’on peut faire, alors de se projeter dans l’avenir, ça m’apporte beaucoup d’espoir, souligne Marjorie Julien. Ça nous fait un projet commun, un rêve. Je pense que ça aide beaucoup dans notre couple et dans notre vie. »

« Dix fois par jour, je regarde les offres pour un 28 jours dans un tout-inclus, raconte France de Chevigny. Malheureusement, mes espoirs jouent aux montagnes russes, car les prix varient beaucoup d’une journée à l’autre. Je regarde aussi pour une location dans un petit village mexicain. Jusqu’à maintenant, aucune dépense et beaucoup de rêve. »

Les risques d’annuler

Aucune dépense et beaucoup de rêve : cela résume bien l’état d’esprit de nombreux voyageurs actuellement. Devant l’incertitude de la situation, certains sont frileux à l’idée de faire des réservations à long terme, craignant de ne pouvoir être remboursés en espèces s’ils devaient annuler. Rappelons que, depuis le début de la pandémie, de nombreux transporteurs aériens, grossistes et croisiéristes ont offert un crédit de voyage à leurs clients dont le voyage n’a pu avoir lieu, une mesure décriée par nombre de consommateurs. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a fait part de la volonté du gouvernement fédéral de subordonner l’aide aux compagnies aériennes canadiennes au remboursement des passagers dont les vols ont été annulés. Mais qu’en sera-t-il des réservations futures ?

La COVID-19 étant désormais un risque connu, il n’est plus couvert par les assurances voyages annulation et interruption pour les réservations faites après le 13 mars dernier. « Les risques liés à la COVID-19 devraient de nouveau être couverts lorsque les avis officiels d’éviter de voyager seront levés », précise le CAA-Québec sur son site internet.

Pour attirer les voyageurs, des fournisseurs ont néanmoins assoupli leur politique d’annulation. « La plupart des fournisseurs de voyages ont mis en place, sans frais ou à peu de frais, des options de flexibilité hors du commun, affirme Pierre-Olivier Fortin, de CAA-Québec. Il est souvent possible d’annuler, de reporter ou de modifier un voyage à quelques jours, voire quelques heures, de préavis. Souvent, ces conditions mettent les voyageurs en confiance et ils se sentent plus à l’aise de réserver. »

Le crédit de voyage demeure néanmoins fréquent et les politiques d’annulation varient d’un fournisseur à l’autre. Pas d’excuses : qu’avez-vous à faire de mieux en ce moment que de lire les petits caractères ?