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Courir jusqu'à l'épuisement

Les personnes bigorexiques vont souvent nier l'intensité de... (Photo David Boily, La Presse)

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Les personnes bigorexiques vont souvent nier l'intensité de leurs entraînements et de leur comportement excessif.

Photo David Boily, La Presse

Les spécialistes de la santé ne cessent de le rappeler : faire du sport sur une base régulière est important pour le maintien de sa santé et de sa qualité de vie. Mais si certaines personnes peinent à trouver l'énergie ou le temps de faire de l'exercice physique, d'autres n'arrivent tout simplement pas à décrocher.

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« J'ai plongé dans le syndrome du surentraînement chronique. Ça a été très dur et ça m'a pris presque six ans pour m'en remettre », dit un triathlète qui a vu sa passion pour la course le conduire droit dans le mur.

Photo David Boily, La Presse

« J'ai plongé dans le syndrome du surentraînement chronique. Ça a été très dur et il m'a fallu presque six ans pour m'en remettre », confie Yves*, un triathlète qui a vu sa passion pour la course le conduire droit dans le mur. « C'est lorsque je suis parti à l'étranger pour ne me consacrer qu'à mon sport que ma vie a basculé, poursuit-il. J'étais rendu à 950 heures d'entraînement par année et je faisais des blocs de 100 jours consécutifs sans jamais prendre de congé. C'est sans compter les 10 à 20 compétitions auxquelles je participais tous les ans. Toute ma vie tournait autour du sport et j'ai fini par crasher. »

« Le début de la fin »

En 2007, Yves vient de conclure un parcours universitaire ponctué de résultats sportifs si convaincants qu'il décide de s'exiler en Australie afin de pouvoir poursuivre son entraînement. Il a en tête un objectif de performance bien précis : franchir le fil d'arrivée d'une compétition Ironman sous la barre des neuf heures.

Même s'il ne regrette pas entièrement l'aventure, il reconnaît que son séjour à l'autre bout du monde aura été des plus éprouvants. Entre blessures et fatigue chronique, il continue d'enchaîner les entraînements et les compétitions à un rythme infernal, faisant fi de signes annonciateurs d'une fin abrupte que lui envoie son corps.

Yves se souvient tout particulièrement de sa participation à l'Ironman d'Australie, duquel il ne garde pas le meilleur souvenir, malgré une performance inspirée. « La veille de la course, j'étais complètement scrap. J'ai tout de même réalisé la meilleure performance de ma vie, mais ça m'aura coûté très cher au bout du compte », raconte-t-il.

« Après la course, mon système nerveux était complètement détraqué et, dans les jours qui ont suivi, mon corps ne répondait plus. Je n'arrivais pas à récupérer. »

- Yves

« Ça a duré plusieurs mois. Et dès que je sentais que j'avais un regain d'énergie, j'essayais de reprendre l'entraînement pour ne replonger que plus profondément par la suite. Ces épisodes de regain et de rechute ont duré près de six ans et ont été de véritables montagnes russes », confie-t-il.

Mais ce n'est que quelques mois plus tard, alors qu'il participe à un camp d'entraînement en Arizona, qu'Yves touche véritablement le fond : « J'ai eu une deuxième pneumonie et je suis rentré à l'hôpital. À partir de là, ça a été le début de la fin. Je suis tombé dans un état de fatigue qui ressemble un peu à un lendemain de brosse, mais qui dure des mois. Tous les matins, je me réveillais et j'avais l'impression qu'un camion m'était passé sur le corps, raconte-t-il. C'est sûr qu'aujourd'hui, avec du recul, je me dis "Bravo, ironbrain !", mais quand j'y pense, j'avais le profil parfait pour tomber là-dedans. »

La bigorexie, ou le syndrome du surentraînement

Dans plusieurs pays du monde, la dépendance au sport porte communément le nom de bigorexie. Ici, Santé Canada restreint la bigorexie à une sous-catégorie du syndrome du surentraînement, la définissant comme l'obsession d'un corps sculpté qui incite une personne à s'entraîner de manière excessive pour développer une masse musculaire accrue.

Mais que l'on dise « bigorexie » ou « surentraînement », la psychologue et directrice des cliniques Change Catherine Senécal explique que les personnes qui pratiquent un sport de manière excessive présentent des profils très similaires : « Ce sont avant tout des personnes dont l'estime d'elles-mêmes est intimement liée à la quantité et à l'intensité des entraînements qu'elles font. Le manque de flexibilité dans l'entraînement est un trait typique ; la pratique devient excessive au point qu'on dirait presque un emploi à temps plein. »

Mme Senécal explique également que le surentraînement ne vient pas sans troubles d'humeur et d'irritabilité puisque beaucoup de pression y est associée.

L'isolement et le déni

Selon Mme Senécal, les personnes bigorexiques vont souvent nier l'intensité de leurs entraînements et de leur comportement excessif. « Souvent, la personne va avoir une sorte de lunette déformante. Elle surinvestit tellement son corps qu'elle ne voit plus la différence entre la réalité et la perception qu'elle a d'elle-même », soutient-elle.

Yves reconnaît que dans sa période la plus creuse, il n'a jamais été capable de se remettre en question. « C'est peut-être un manque de maturité, car tous les signes étaient là : je contre-performais, j'étais fatigué, j'avais des sautes d'humeur et des troubles du sommeil. Tout y était, mais je voulais tout le temps m'entraîner davantage. Je ne comprenais pas pourquoi j'étais fatigué. Mes performances diminuaient et je pensais que c'était parce que je n'en faisais pas assez », explique-t-il.

Mme Senécal rend compte d'un autre symptôme caractéristique du surentraînement : le retrait social.

« La dépendance va affecter la sphère sociale et même la sphère au travail. Finalement, la personne va désinvestir tout ce qui existe à part le sport. »

- Catherine Senécal

Yves admet que ses relations sociales ont effectivement souffert de son obsession, particulièrement sa vie de couple.

Quelles solutions ?

Mme Senécal explique que les personnes qui souffrent du syndrome du surentraînement auront du mal à s'en sortir sans un suivi psychologique, médical et, idéalement, nutritionnel. « Il ne faut pas prendre ce traitement à la légère. Quand on a le triangle, c'est l'idéal », affirme-t-elle.

Yves concède qu'au coeur de sa période de regains et de rechutes, il n'a eu d'autre choix que de consulter un médecin sportif pour retrouver une saine hygiène de vie. Il se dit également privilégié d'avoir pu compter sur un ami qui lui a appris à revoir ses attentes à la fois sportives et personnelles.

« J'ai compris avec le temps que l'entraînement pouvait être bon pour ma forme et ma santé mentale si je le faisais bien. Aujourd'hui, je ne suis plus déçu si je passe une journée sans m'entraîner », assure Yves.

Depuis qu'il a retrouvé la forme, il a recommencé à faire des 50 km de course à pied et il participe à des compétitions de ski fond à l'occasion. Il dit le faire exclusivement pour le plaisir du sport à présent.

* Pour protéger sa vie privée, Yves a demandé que seul son prénom soit publié.




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