Diner sur une terrasse à côté d'un fumeur. Sans danger, pensez-vous? Pourtant, la qualité de l'air peut alors atteindre des niveaux de toxicité plus élevés que si vous étiez au coeur d'un incendie de forêt. Même lorsque le vent est de la partie.

Isabelle Dubé LA PRESSE

Le chercheur Ryan Kennedy, de l'Université Johns Hopkins de Baltimore, spécialiste de la fumée secondaire, était à Montréal cette semaine pour étudier les niveaux de qualité de l'air sur différentes terrasses de la métropole.

La Presse l'a suivi dans quelques restaurants et bars de la rue Sainte-Catherine, alors qu'il mesurait le nombre de particules fines, l'un des principaux polluants dans l'air, qui est aussi présent dans la fumée du tabac. Les données enregistrées sont renversantes.

Assis près d'un fumeur sous l'auvent d'une terrasse, l'appareil indique 415 µg/m3. «C'est plus élevé que lors d'un incendie de forêt ou d'une journée de grand smog à Los Angeles, explique le chercheur. Lors des incendies de forêt à Kelowna en Colombie-Britannique, on avait enregistré 80 µg/m3.»

Vous croyez être à l'abri sous un parasol? L'appareil a enregistré pas moins de 1037 µg/m3. Les données du chercheur ont été captées dans une rue sans circulation automobile.

Faire changer la loi

Le Conseil québécois sur le tabac et la santé ainsi que la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac s'inquiètent pour la santé des 273 000 travailleurs à l'emploi des bars et des restaurants. Ils tenteront de convaincre le gouvernement de modifier la loi lors de la Commission de la santé de l'Assemblée nationale, qui aura lieu les 20 et 21 août prochains.

«L'Organisation mondiale de la santé l'a reconnu, il y n'y a aucun niveau sécuritaire quant à l'exposition à la fumée de cigarette», soutient Flory Doucas, de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.

De son côté, l'Union des tenanciers de bars du Québec craint une baisse de la clientèle si l'on interdit de fumer sur les terrasses.