Les infirmiers et les mathématiciennes ont un taux de suicide presque deux fois plus élevé que la moyenne au Canada, alors que ce taux est presque deux fois moins élevé pour les mathématiciens et les prêtres. C'est du moins ce que révèle la première étude sur les taux de suicide des différents métiers et professions, publiée la semaine dernière dans le Journal canadien de psychiatrie.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«Il existe dans la société des croyances populaires selon lesquelles certaines professions mènent plus souvent au suicide», explique l'auteur principal de l'étude, Cameron Mustard, de l'Institut pour le travail et la santé de Toronto. «On dit par exemple que les gens qui ont souvent des traumatismes, comme les policiers ou les premiers répondants, sont plus vulnérables. Des études américaines et européennes ont déboulonné ce mythe, mais nous voulions voir s'il tenait la route au Canada.»

 

Le sociologue Mustard n'a pas trouvé de risque particulier dans le cas des policiers, des ambulanciers ou des pompiers, mais il a isolé certains sous-groupes. Les infirmiers, par exemple, ont presque deux fois plus de risque de suicide - mais non les infirmières. Idem chez les horticulteurs et les éleveurs, où le taux est de 50% plus élevé chez les hommes et de 30% moins élevé chez les femmes. Chez les mathématiciens et le personnel de diagnostic médical, c'est le contraire: les femmes ont un taux de deux à trois fois plus élevé que la moyenne canadienne, alors que les hommes ont un taux moins élevé.

Toutefois, les enseignants du primaire ou du secondaire présentent un risque parmi les plus faibles (35% de moins que la moyenne) et égal pour les deux sexes.

«Nous pensons que ces variations ne reflètent pas nécessairement des caractéristiques des métiers en tant que tels, mais plutôt des conditions passagères propres au marché du travail, dit M. Mustard. Par exemple, certaines études ont montré que, dans les professions fortement dominées par un sexe, l'autre sexe a plus de stress et donc plus de risque de suicide. Ça pourrait expliquer ce qu'on remarque chez les infirmiers et les mathématiciennes.»

À l'Union des producteurs agricoles, le relationniste Patrice Juneau souligne que, en 2006, une étude de l'Université Laval avait découvert qu'un agriculteur québécois sur deux souffre de détresse psychologique à un degré élevé. L'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec, quant à lui, souligne qu'un rapport publié en Ontario en mai dernier fait état d'un sentiment de fatigue important chez les infirmières et les infirmiers. La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec préfère ne pas commenter l'étude.

M. Mustard a aussi mesuré le taux de suicide en fonction d'autres paramètres. «Le risque augmente en fonction de la difficulté et du salaire, dit-il. On peut penser que c'est en raison de la plus grande instabilité dans les emplois moins bien payés.»