Comment réagiriez-vous si l'équipe canadienne de hockey se faisait planter 8-0 par la Norvège? Vous comprenez maintenant comment se sont sentis les Norvégiens samedi à l'issue de la poursuite de 30 kilomètres des Jeux olympiques de Vancouver.

Publié le 22 févr. 2010
Simon Drouin, envoyé spécial LA PRESSE

Ivan Babikov, George Grey et Alex Harvey se sont tous classés parmi les 10 premiers, du jamais vu dans l'histoire du ski de fond canadien. Pendant ce temps, Petter Northug, l'as Norvégien, était relégué au 11e rang. La nouvelle n'est pas passée inaperçue au pays où le ski de fond est roi. Hier matin, Inga Braten, le réputé entraîneur norvégien qui dirige maintenant les fondeurs canadiens, a remarqué ce titre jouissif dans un quotidien de son pays, Dagbladet: «Canada, Canada, Canada, et puis Norvège».

L'anecdote est racontée par Louis Bouchard, entraîneur personnel d'Alex Harvey. «C'est sûr qu'Inga doit rire dans sa barbe, a-t-il dit. C'est simple, hier, toutes les nations sont venues nous féliciter.»

Avant les Jeux, la 14e place de Pierre Harvey aux Jeux olympiques de Calgary, en 1988, représentait le meilleur résultat masculin canadien aux Jeux olympiques. Dès la première épreuve des Jeux de Vancouver, Babikov, un Russe d'origine, a fait mieux avec une huitième place au 15 kilomètres style libre.

Samedi, toute la cavalerie est débarquée par une journée chaude et ensoleillée dans la Callahan Valley: Babikov, cinquième, à six secondes du podium, Grey, huitième, Harvey, neuvième, et Devon Kershaw, 16e. «C'est du jamais vu, et par beaucoup, a fait remarquer Bouchard. C'est un phénomène d'équipe, c'est ça qui est surprenant. À l'époque, il y avait un individu et il s'appelait Pierre Harvey.»

Ski de fond Canada s'est engagé à «livrer» une médaille aux décideurs du programme À nous le podium avant le début des Jeux. «Je pense qu'on sera capable d'atteindre ça et peut-être mieux, a confié Alex Harvey après sa course. Mais on n'a pas de pression. On sait qu'un de nous sera capable de le faire. On ne sait pas qui, on ne sait pas quand, mais on sait qu'au moins un de nous sera capable de le faire. Ce n'est pas une seule personne qui a toute la pression. C'est vraiment réparti sur Sara (Renner), Devon, George, Ivan et moi.»

Sur le plan personnel, Harvey sent sa forme s'améliorer de jour en jour. Sa 62e place à la Coupe du monde de Canmore, il y a une dizaine de jours, est complètement oubliée. En arrivant à Whistler, Bouchard lui avait même proposé de laisser tomber le 15 km style libre pour lui permettre de se reposer.

Le fondeur de 21 ans a refusé, parvenant à prendre le 21e rang, indice indéniable que sa montée en forme était bel et bien amorcée. «Il a dit que le plan avait toujours bien fonctionné et qu'il y croyait», a souligné Bouchard.

Aujourd'hui, Harvey participera au sprint par équipe en compagnie de Devon Kershaw. La possibilité d'aligner deux autres coureurs sur cette épreuve a été considérée, mais rapidement rejetée. Kershaw et Harvey auraient ainsi pu récupérer davantage en vue du relais 4x10 km de mercredi.

«Devon et Alex ont le relais sprint dans la tête depuis longtemps, a expliqué Bouchard. Ils pensent qu'ils ont une chance de médaille, et ce sont les mieux placés pour le savoir.»

Le relais sprint avait permis à Harvey de monter sur un premier podium de Coupe du monde lors de l'épreuve-test de Whistler en janvier 2009. Grey et lui avaient fini troisièmes. À l'époque, Kershaw avait préféré se désister pour refaire ses forces avant son retour en Europe. Comme l'an dernier, il est déjà décidé que Harvey disputera le sprint final.

Mine de rien, les fondeurs canadiens font déjà beaucoup mieux que leurs collègues de l'alpin à Whistler. Pourtant, ils ont reçu la moitié moins de financement de la part d'À nous le podium -4,5 millions de dollars par rapport à 8,7 millions. «Mais c'est sûr que ça prendrait une médaille pour finaliser»,

a convenu Bouchard.

Historiquement, le Canada a gagné trois médailles olympiques en ski de fond, toutes les chez femmes. Beckie Scott est devenue la première Nord-Américaine à réussir l'exploit en raflant l'or à Salt Lake City, en 2002, à la suite du déclassement de deux dopées. À Turin, en 2006, Chandra Crawford a gagné l'or au sprint tandis que Scott et Renner ont remporté l'argent au relais sprint. Cette dernière s'alignera avec la Québécoise Dasha Gaïazova pour le relais sprint d'aujourd'hui.

Si ça ne se passe pas au relais, il restera le 50 km classique masculin de dimanche, à la clôture des Jeux olympiques. Harvey avait pris le troisième rang de cette épreuve à la Coupe du monde de Trondheim, en Norvège, en mars dernier.