La performance de Tessa Virtue et Scott Moir qui leur a valu la médaille d'or en danse sur glace, lundi soir, aux Jeux olympiques de Vancouver, pourrait marquer l'histoire de la discipline comme celle offerte par les Britanniques Jayne Torvill et Christopher Dean aux Jeux de Sarajevo en 1984. C'est du moins l'avis de Benoît Lavoie, président de Patinage Canada.

Mis à jour le 23 févr. 2010
Marc Delbès LA PRESSE CANADIENNE

Virtue, âgée de 20 ans, et Moir, 22 ans, qui patinent ensemble depuis 13 ans, sont devenus les premiers Nord-Américains à rafler l'or olympique en danse sur glace.

«À leur époque, Torvill et Dean ont été des créateurs imaginatifs. Ils ont lancé et développé la danse sur glace, a commenté Lavoie, rencontré lors de la conférence de presse des champions olympiques, mardi matin. Dans le cas de Tessa et Scott, ils peuvent faire avancer le sport encore plus. Peut-être que dans 10 ou 20 ans, d'autres se serviront d'eux pour dire qu'il ont fait la différence.

«Pour moi, ils ont remis sur les rails un train qui était parfois chambranlant.»

Torvill et Dean avaient conquis le public avec une performance inspirée réalisée au son du Boléro de Maurice Ravel pour mériter l'or aux Jeux de 1984.

La danse sur glace n'a pas toujours laissé une bonne impression dans le passé alors que les rangs semblaient déjà établis avant même le début de la compétition. Depuis qu'elle est devenue discipline olympique en 1976, la danse sur glace a souvent été la chasse gardée des Russes.

«Je ne vous cacherai pas que lorsque nous sommes arrivés aux Jeux, nous avions certaines appréhensions, a poursuivi Lavoie. Dans ce sport jugé où il y a une certaine part de subjectivité, nous savions que Tessa et Scott ne pouvaient pas se permettre d'erreur.»

Mais selon Lavoie, la victoire des Canadiens témoigne de la volonté de l'ISU, l'organisme qui régit le sport, d'appliquer un système de pointage qui reconnaît davantage les performances athlétiques. Auparavant, chacun des juges avait l'entière responsabilité de donner à travers deux notes, un rang à un concurrent. Dans le processus, il avait donc l'obligation de comparer un patineur face à un autre.

«Le nouveau système s'articule autour de deux panels de juges, un qui regarde essentiellement l'aspect technique qui n'a pas à se préoccuper d'une note, a expliqué Lavoie. Ils se limitent aux difficultés de l'exécution de chacun des éléments. Les autres juges, eux, évaluent la qualité de l'exécution.

«Avec ce système, personne ne peut plus dire à la fin d'une performance qui est le champion. Il faut regarder le tableau et ce sont les meilleurs qui l'emportent.»

Pour Lavoie, Virtue et Moir incarnent le renouveau de la danse sur glace et il souhaite de tout coeur que cette tendance se maintienne.

«Dans le milieu, on semblait fonder un espoir dans cette nouvelle génération de patineurs qui a grandi avec ce nouveau système de notation. Nous avons de jeunes médaillés d'or. Ils ont démontré une maturité, une maîtrise de leur art et aussi de leur sport.

«Avec Tessa et Scott, nous avons de vrais champions olympiques issus de ce nouveau système et qui ont offert une qualité de patinage différent.»

Et tout au long des trois programmes, ils ont démontré qu'ils méritaient pleinement leur médaille d'or, n'en déplaise au Russe Maxim Shabalin, médaillé de bronze, ou à l'Italien Massimo Scali.

«La danse imposée a confirmé qu'ils se situaient parmi les trois meilleurs couples en danse sur glace au monde, a ajouté Lavoie. La danse originale a démontré qu'ils étaient les meilleurs techniciens en danse. Et la danse libre a fait reconnaître que Tessa et Scott étaient probablement les meilleurs athlètes olympiques qu'on aura jamais connus jusqu'à maintenant.»

Tracy Wilson et Rob McCall avaient procuré au Canada sa seule médaille olympique en danse sur glace, une médaille de bronze en 1988 à Calgary. Shae-Lynn Bourne et Victor Kraatz ont remporté le bronze à quatre reprises aux championnats du monde, de 1996 à 1999, mais ils ne sont jamais montés sur le podium aux jeux.