« Si les bons joueurs veulent aller jusqu’au bout, il faut qu’ils gagnent leurs matchs. Moi, je n’ai pas de problème avec les résultats, quels qu’ils soient. »

Publié le 13 août
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

C’est la réponse d’Eugène Lapierre, directeur de l’Omnium Banque Nationale, quand on lui demande s’il est déçu d’avoir vu les trois premières têtes de série tomber dès leur premier duel sur le court central du stade IGA.

Ultimement, on a beau faire autant de prédictions qu’on le souhaite avant un tournoi, le fait est que tout peut arriver.

Quand j’arrive au début du tournoi, je dis toujours : “La table est mise, maintenant on n’a plus rien à faire là-dedans. C’est aux athlètes et parfois à la météo de nous dire comment ça va se dérouler, mais ne vous inquiétez pas, il y a toujours plein d’histoires”. Il y a eu, encore une fois, plein d’histoires.

Eugène Lapierre, directeur de l’Omnium Banque Nationale

Nick Kyrgios, qui a vaincu la première tête de série Daniil Medvedev, s’est révélé un des favoris de la foule jusqu’à ce qu’il subisse l’élimination aux mains de Hubert Hurkacz en quart de finale. Le Britannique Jack Draper, 82e au monde, a surpris tout le monde en évinçant Stéfanos Tsitsipás en deux manches.

« Ce n’est pas rien, ça ! lance-t-il. [Jack Draper] est une nouvelle vedette du circuit. »

« Il y a un certain nombre de favoris qui ne passent pas, mais ça veut dire qu’il y en a qui les ont battus », rappelle-t-il.

M. Lapierre affirme que la vente de billets n’a pas souffert du tableau, qui est vite devenu moins intéressant pour une certaine catégorie d’amateurs. Les objectifs ont d’ailleurs été « largement » dépassés, note-t-il.

« Moi, j’étais déçu sur [Carlos] Alcaraz. J’aurais aimé ça qu’il continue. Pour le reste, je vais vous dire, moi, j’aime ça, voir du bon tennis et voir les meilleurs joueurs remporter le match sur le terrain. C’est du sport. Si on voulait juste avoir les bons joueurs, on n’inviterait que huit joueurs, et that’s it. Mais non. C’est ça, la compétition. »

« Je pense que les amateurs comprennent un peu comment ça se déroule. Ils vont apprécier du bon tennis au cours de la fin de semaine, c’est sûr », indique-t-il à La Presse avant les demi-finales du samedi.

L’histoire québécoise

À Montréal, tous les regards étaient surtout tournés vers Félix Auger-Aliassime, un des deux seuls Québécois.

Tout le monde était enflammé. C’est comme si on sentait une tension d’être derrière Félix tout le tournoi.

Eugène Lapierre, directeur de l’Omnium Banque Nationale

Le jeune athlète de 22 ans a amorcé son tournoi avec une première manche difficile, avant d’ouvrir la machine et de vaincre le Japonais Yoshihito Nishioka. Il a ensuite livré une performance sans bavure, éliminant le Britannique Cameron Norrie dans un match expéditif de 72 minutes. Il est devenu à ce moment le premier Québécois de l’ère moderne à atteindre les quarts de finale du tournoi.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Félix Auger-Aliassime

Auger-Aliassime s’est cependant écroulé le lendemain, devant le Norvégien Casper Ruud, quatrième tête de série.

« C’est sa meilleure performance ici, à Montréal, dit M. Lapierre. J’ai l’impression que ça va s’améliorer au fil des ans, chaque fois qu’il va revenir. »

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Le court central du stade IGA était plein pour le match opposant Daniel Evans à Tommy Paul, vendredi soir.

« C’est drôle, [vendredi] en soirée, on avait un stade complètement plein. Ç’a été un match incroyable entre Daniel Evans et Tommy Paul. Les gens applaudissaient, mais je sentais qu’il y avait une tension qui était comme redescendue. On venait apprécier du bon tennis et tout ça. »

C’est ce qu’on va vivre au cours du week-end. Ce sont des joueurs qu’on connaît peut-être moins un peu, que les gens vont apprendre à connaître.

Eugène Lapierre, directeur de l’Omnium Banque Nationale

N’empêche, la présence d’Auger-Aliassime, comme celles d’Eugenie Bouchard ou de Milos Raonic par le passé, ou de Vasek Pospisil, Denis Shapovalov, Bianca Andreescu et Leylah Fernandez cette année, crée une vague d’engouement pour le tennis au Québec.

« C’est comme si maintenant, le Canada, le Québec, devrait avoir perdu ses complexes face au tennis international et à la possibilité de sortir des champions et des championnes », laisse entendre le directeur de l’OBN.

Ça, rappelle-t-il, on le doit principalement au Centre national de haute performance de Tennis Canada, mis sur pied il y a 15 ans.

« C’est ce que Louis Borfiga nous a amené un petit peu. Il nous disait : “Les Canadiens ont des bras et des jambes comme tous les autres, alors ils devraient pouvoir gagner !” Il l’a démontré, en plus. Je pense que ça sert à ça. »

Un personnage

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Hubert Hurkacz

Eugène Lapierre a particulièrement apprécié sa première rencontre avec la 8tête de série, le Polonais Hubert Hurkacz. « Je ne le connais pas beaucoup, mais quand il est arrivé au début, il est entré dans le bureau des officiels, et il m’a dit : “Oh, tu es le directeur du tournoi. Je veux que tu saches que je peux tout faire pour le tournoi : si tu as besoin de moi pour aller faire quelque chose avec les jeunes, ou une signature d’autographes, je suis disponible !” Avec son grand sourire. Super gentil, je n’en revenais pas ! […] Ça fait partie des petites histoires que moi je vis tout au long du tournoi, et j’espère que les amateurs vont apprécier le jeu. »