Comment l’ado le plus célèbre du Québec vit-il son confinement ?

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Comme les autres. Depuis six semaines, Félix Auger-Aliassime est avec sa famille, à Montréal. Sans sa blonde. Loin de ses amis et des terrains sportifs. Il joue au hockey-balle dans la cour. Il a repris ses leçons de piano avec sa mère.

Et il s’entraîne. Beaucoup. De la musculation. De l’aérobie. L’athlète de 19 ans souhaite être dans la meilleure forme pour le retour du tennis. Ce sera quand ? Aucune idée. Il sait seulement qu’il s’envolera pour Monaco, le 10 mai, afin de reprendre l’entraînement sur un terrain. D’ici là, il compte profiter du temps passé auprès des siens.

« Normalement, pendant l’année, je ne vois pas beaucoup ma famille », a-t-il raconté mercredi lors d’un entretien vidéo. « Là, j’ai la chance d’avoir passé les dernières semaines avec [elle]. De renouer avec des choses aussi simples que des soupers en famille. Des conversations. Des jeux de société. Ça peut avoir l’air bénin. Mais pour moi, ça fait toute une différence. J’ai redécouvert plein de choses que je faisais dans mon enfance qui me font beaucoup de bien. Ce sont des moments importants. »

Je lui ai demandé si sa vie sociale lui manquait. Un peu, quand même.

« Je ne vois pas beaucoup de monde. Je ne vois pas mes amis. Ma copine n’est pas avec moi. C’est sûr que socialement, ça ajoute une [touche de] complexité. [Mais c’est] la même chose pour tout le monde. »

PHOTO DANIEL COLE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Félix Auger-Aliassime

Un ado comme les autres – pour encore deux semaines. Après, Félix Auger-Aliassime s’envolera pour l’Europe, où il retrouvera son équipe. Sa routine d’entraînement. L’élite du tennis. Une vie tout sauf normale, pour un jeune de son âge.

Une série de belles performances, juste avant la pause, lui ont permis de s’installer au 20e rang mondial. Ça lui assure des invitations pour des tournois à huis clos qui sont en train d’être organisées. Notamment le Ultimate Tennis Showdown, une compétition sur cinq semaines qui doit débuter à la mi-mai.

« On a reçu une invitation [pour le Ultimate]. Je vais rentrer chez moi, à Monaco. Je vais voir les disponibilités, les compétitions qui s’offrent à moi et qui restent dans un cadre sécuritaire. »

La suite ? Il l’ignore.

« La partie difficile, c’est vraiment l’incertitude. Tu regardes ton calendrier, tu vois l’été qui arrive, sans tournoi. Ça fait quand même beaucoup de mois sans tournoi. C’est sûr que je suis ouvert à toutes les compétitions [où je] pourrais jouer à huis clos ou en respectant les règles gouvernementales, pour un peu renouer avec la compétition. »

Plusieurs pensent que le tennis pourrait être l’un des premiers sports à reprendre ses activités chez les pros. Principalement, parce qu’il est possible de maintenir une distance de deux mètres entre les joueurs presque en tout temps. J’en doute. Lors d’un tournoi comme celui de Montréal, il y a plus de 1000 personnes en coulisses. Pour un grand chelem, c’est encore plus. Ça dépasse largement le maximum permis par les autorités de santé publique.

Autre enjeu, spécifique au tennis : les athlètes proviennent d’un grand nombre de pays différents. Ça complique la logistique et augmente les risques de propagation au sein de plusieurs communautés. Stan Wawrinka, 17e joueur mondial, a indiqué au journal L’Équipe, cette semaine, qu’il était « possible » que le reste de la saison soit annulé.

« C’est dur d’imaginer la sortie tout de suite. Le tennis est l’un des sports les plus compliqués à gérer par rapport au coronavirus. Non seulement il faut que les pays s’ouvrent, mais il faut qu’on puisse voyager et se rassembler. Le tennis sera la dernière étape. »

Félix Auger-Aliassime entend comme nous toutes les hypothèses. « Mais à la fin, ce ne sont que des rumeurs. C’est dur pour n’importe qui, présentement. Dans n’importe quel poste. Dans n’importe quel statut. C’est dur d’avoir une opinion claire et concrète sur le futur de la saison. J’espère qu’on pourra jouer, évidemment. Mais je n’ai pas plus d’idées. »

Alors dans l’incertitude, le jeune Québécois se contente de contrôler ce qu’il peut. Et de conserver le moral. « Ma carrière commence tout juste. Je suis jeune. J’aurai la chance de me reprendre malgré l’arrêt. »