Sans surprise, Tennis Canada vient de confirmer le report de la Coupe Rogers, prévue initialement début août. Le Stade IGA devait y accueillir les meilleures joueuses du circuit de la WTA. Celles-ci fouleront finalement les courts montréalais en août 2021 seulement. Les hommes attendront 2022 avant de revenir à Montréal.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le directeur du tournoi, Eugène Lapierre, ne se faisait déjà plus trop d’illusion avant de prendre l’inévitable décision samedi midi. « Je le sentais venir depuis quelques semaines, confiait-il samedi après-midi au téléphone. On voyait ce qui se passait en Europe et ça s’en venait de notre côté, je ne voyais pas comment ça pouvait s’éclaircir d’ici la fin de l’été. On savait que le circuit voulait y aller par étapes. J’avais aussi prévenu l’ATP (Association de tennis professionnel) et la WTA (World Tennis Association) que les nouvelles pouvaient arriver du côté gouvernemental chez nous avant celles des circuits et que les mesures gouvernementales auraient préséance. On n’a pas de boule de cristal, mais je serais quand même surpris de voir que les tournois puissent se dérouler normalement d’ici la fin de l’été. »

Les fans de tennis montréalais rêveraient sans doute d’un tournoi à saveur québécoise et canadienne pour compenser, si jamais le contexte le permettrait éventuellement, mais Eugène Lapierre ne parierait pas en faveur de ce scénario à l’heure actuelle. « C’est possible, mais c’est très embryonnaire et ça ne serait pas pour remplacer la Coupe Rogers. Si on faisait un autre truc, déjà, de faire nos frais, ça serait intéressant. Ça donnerait du stock à regarder à la télé ou encore sur place à l’automne, on verra. On peut regarder ça. Mais pour commencer à étudier un scénario, ça prend beaucoup de données. Les athlètes doivent être disponibles, il faut voir comment mettre ça en place, ça veut dire vendre des partenariats, vendre des billets, ou du moins une façon de se brancher sur des plateformes, tout le service aux athlètes qui seraient sur place, la retransmission. Il y a un désir de presque tout le monde, mais ça doit être viable financièrement. Ne parions pas là-dessus. Déjà, pour nous, on vit un coup dur de ne pas pouvoir présenter notre événement. Il ne faudrait certainement pas que ça coûte quelque chose. »

Il faudrait aussi réunir les athlètes canadiens. « Ça dépend jusqu’où on regarde (pour les joueurs à l’étranger en ce moment). Certainement Eugénie (Bouchard), Leylah (Fernandez), Denis (Shapovalov), je ne sais pas où est Milos (Raonic), Vasek (Pospisil) semble être à Vancouver, Félix (Auger-Aliassime) est dans le coin à Montréal, les voyages seraient peut-être possibles pour rentrer à Montréal, ça fait partie de toutes les choses qu’il faudrait regarder. »

Le report de la Coupe Rogers présentée par la Banque Nationale frappe Tennis Canada de plein fouet au plan financier et aura des répercussions négatives pour les prochaines années. « C’est immense. Plus de 90 % de tous nos revenus viennent de la Coupe Rogers et de la Rogers Cup à Toronto. C’est tout le développement qui prend un coup sur la gueule. Ça veut dire une restructuration, revoir ce qu’on va faire à court et moyen terme. Ça va prendre quelques années à nous remettre de ça. Il faut sabrer dans les programmes. Hatem McDadi (vice-président développement chez Tennis Canada) avait déjà commencé son plan. Il faut voir ce qui peut être stoppé, reporté. Ce sont de gros sous sur lesquels on ne pourra pas compter. On verra en détail au fil des prochains mois. »

Eugène Lapierre ne chômera pas pour autant. « Je vais participer à ce travail aussi, peut-être aussi de préparer certaines formes de requêtes aux instances gouvernementales, on a quand même cinq paliers de gouvernement à qui parler. Il faut prévoir aussi l’année prochaine comme telle. Ça va nous donner l’occasion de revoir certaines façons de faire, on ne pourra pas rouler à 100 % comme on l’a fait dans le passé. Il y a tellement de dossiers qu’on aimerait développer, des façons de faire sur le site, des façons de faire avec le stationnement, l’accès au site, la restauration, le service à la clientèle, tout ça, l’équipe va avoir le temps de travailler pour développer de nouvelles façons de faire. »

Tennis Canada regarde aussi comment réduire certains frais d’exploitation. « Il va falloir fonctionner de façon un peu plus légère (au plan financier), avec des salaires amputés, en regardant du côté des postes temporaires. »

Tennis Canada invite les détenteurs de billets à les conserver puisqu’ils seront honorés pour le tournoi présenté en août 2021. L’organisme communiquera rapidement avec tous les détenteurs de billets afin de leur donner des informations plus précises.